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Susan Sontag

Essayiste et romancière américaine

4 min01/01/2024
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Susan Sontag, née Rosenblatt le 16 janvier 1933 à New York et morte dans cette même ville le 28 décembre 2004, est l'une des intellectuelles américaines les plus importantes et les plus influentes du vingtième siècle. Essayiste, romancière et militante, elle a traversé les décennies en laissant une empreinte durable sur la pensée critique, l'esthétique, la politique et la philosophie de la culture.

Ses origines familiales portent la marque de l'histoire tourmentée du vingtième siècle. Sa mère, Mildred, née Jacobson, d'origine polonaise mais née aux États-Unis, était institutrice, tandis que son père, Jack Rosenblatt, né en Estonie, commerçant en fourrures, est mort en Chine lorsque Susan n'avait que cinq ans. Quelques années plus tard, sa mère s'est remariée avec un militaire du nom de Nathan Sontag, dont Susan et sa sœur Judith ont pris le nom sans être légalement adoptées. Issue d'une famille de juifs laïcs, Susan Sontag n'a franchi pour la première fois le seuil d'une synagogue qu'au milieu de la vingtaine.

Son enfance et son adolescence se sont déroulées à Tucson, en Arizona, puis à Los Angeles, en Californie. Lectrice précoce dès l'âge de trois ans, elle a témoigné très tôt d'une soif intellectuelle qui la distinguait de ses contemporains. Elle a entamé ses études universitaires à seize ans, en 1949, au terme d'une enfance qu'elle a elle-même décrite comme peu heureuse. Ses premières années académiques se sont déroulées à l'université de Californie à Berkeley avant qu'elle ne rejoigne l'université de Chicago pour se consacrer à la philosophie, à la littérature et à l'histoire.

À dix-sept ans seulement, Susan Sontag a épousé Philip Rieff, un assistant d'université de vingt-huit ans. À dix-neuf ans, elle donnait naissance à un fils, David, et collaborait avec son mari aux recherches préparatoires de l'ouvrage Freud: The Mind of the Moralist, publié en 1959. Bénéficiant d'une bourse de l'Association américaine des femmes diplômées des universités, elle est partie en 1957 pour le St Anne's College d'Oxford, laissant derrière elle son fils et son mari. Peu séduite par cette expérience, elle a quitté Oxford après un seul semestre pour s'installer à Paris, s'inscrivant à la Sorbonne et vivant au Quartier latin, où elle a même joué comme figurante dans le film Le Bel Âge de Pierre Kast.

À Paris, Susan Sontag a vécu son homosexualité librement et pleinement, abandonnant tout idéal de vie conventionnelle. Elle avait pressenti son attrait pour les femmes dès l'âge de quinze ans et avait eu sa première aventure avec une femme à Berkeley. En 1958, elle a vécu une relation amoureuse avec l'écrivaine et éditrice Harriet Sohmers Zwerling. Elle est tombée amoureuse à Paris de la dramaturge cubaine-américaine María Irene Fornés, figure essentielle du théâtre off-off Broadway. Dans son journal, à la date du 24 décembre 1959, elle écrit ces mots révélateurs : « mon désir d'écrire est lié à mon homosexualité » et « j'ai besoin de cette identité comme d'une arme. »

Revenue à New York en 1959, elle a divorcé de Philip Rieff et vécu avec Fornès, obtenant la garde de son fils David Rieff. À vingt-six ans, elle a enseigné la philosophie des religions à l'université Columbia avant de s'engager dans une longue carrière d'essayiste pour des publications prestigieuses comme Partisan Review, The New Yorker, Granta, le supplément littéraire du Times et The New York Review of Books, tribune qu'elle n'a plus quittée jusqu'à sa mort.

C'est en 1964 que Susan Sontag s'est imposée sur la scène intellectuelle internationale en publiant Notes on Camp, un essai qui décrit l'avènement de l'esthétique camp, caractérisée par l'exagération, le grotesque, le drôlatique, la provocation délibérée et l'ironie. Cette sensibilité culturelle, qui émergeait alors comme une force importante dans la contre-culture californienne et la culture alternative des années 1960, trouvait avec cet essai son analyste la plus perspicace.

Au fil des décennies suivantes, elle a enrichi son œuvre d'essais qui sont devenus des références incontournables de la pensée critique mondiale. Contre l'interprétation, Sur la photographie et Devant la douleur des autres ont imposé sa réflexion sur les rapports entre politique, éthique et esthétique, sur les médias et la culture, sur la représentation de la violence et de la souffrance. Sa critique lucide de l'impérialisme américain et ses prises de position sur les droits de l'homme ont régulièrement alimenté le débat public.

Elle a également écrit sur la maladie avec une acuité particulière, notamment parce qu'elle a elle-même affronté le cancer à plusieurs reprises. Sa réflexion sur le sida a contribué à changer les regards sur une maladie longtemps stigmatisée, tandis que ses engagements politiques l'ont amenée à se confronter publiquement aux pouvoirs en place et à prendre des positions parfois controversées.

Son œuvre romanesque, avec des titres comme L'Amant du volcan et En Amérique, illustre sa capacité à croiser la fiction narrative et la réflexion intellectuelle. Mais ce sont sans doute ses essais qui constituent la part la plus durable de son héritage, tant ils ont irrigué les débats intellectuels des dernières décennies du vingtième siècle et continuent d'alimenter la pensée contemporaine.

Susan Sontag est morte le 28 décembre 2004, à New York, des suites d'une leucémie, à l'âge de soixante et onze ans. Sa disparition a suscité des hommages dans le monde entier, témoignant de l'influence immense qu'elle avait exercée sur plusieurs générations d'intellectuels, d'artistes et de militants. Elle laisse derrière elle une œuvre considérable qui continue d'être lue, étudiée et débattue dans les universités et les milieux culturels du monde entier.

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