Henri d'Orléans, duc d'Aumale, naquit le 16 janvier 1822 à Paris, cinquième fils du roi Louis-Philippe Ier et de Marie-Amélie de Bourbon-Siciles. Destiné à illustrer la branche orléaniste de la maison royale de France, il allait devenir l'une des figures les plus remarquables de son époque, combinant les talents de militaire aguerri, de bibliophile passionné et d'homme politique influent dans un parcours aussi tumultueux que fascinant.
L'histoire de sa fortune commença dès l'enfance avec l'affaire de l'héritage du prince de Condé. En 1830, à la mort du dernier représentant de cette illustre lignée, le jeune Henri, âgé de seulement huit ans, fut institué légataire universel de cet immense patrimoine, estimé à soixante-six millions de francs-or et produisant deux millions de revenus annuels. Cet héritage comprenait l'un des plus importants patrimoines fonciers de France, incluant le magnifique domaine de Chantilly dans l'Oise et d'immenses forêts en Thiérache dans l'Aisne. La manœuvre avait été habilement orchestrée par Talleyrand, qui cherchait à se rapprocher de la famille de Condé tout en favorisant les Orléans. Des voix s'élevèrent pour dénoncer ce qui ressemblait à une captation d'héritage, d'autant que les Rohan pouvaient également prétendre à cette succession. Selon certaines sources, le duc de Bourbon aurait rédigé un testament en faveur du duc de Bordeaux.
L'éducation du jeune prince fut confiée, à partir de 1824, au précepteur Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, qui devint ensuite son secrétaire particulier, nouant avec lui une amitié durable dont témoigne leur riche correspondance, publiée ultérieurement. Henri fit ses études secondaires au collège Henri-IV à Paris, où il se distingua particulièrement en histoire. En 1837, il remporta le prix d'histoire au concours général, stimulé par des professeurs d'exception tels que Jules Michelet et Victor Duruy. Cette passion intellectuelle ne le quitta jamais et devait faire de lui l'un des plus grands collectionneurs de son siècle.
La carrière militaire d'Henri d'Orléans débuta avec une progression remarquablement rapide. Sous-lieutenant le 1er janvier 1837, il gravit les échelons avec une régularité qui témoignait autant du privilège de sa naissance que de ses réelles qualités : lieutenant le 1er janvier 1838, capitaine le 1er janvier 1839, chef de bataillon le 21 août 1839, lieutenant-colonel le 21 juin 1840. Le 24 septembre 1840, il fut nommé directeur de tir à Vincennes.
Son baptême du feu eut lieu en Algérie, théâtre des ambitions coloniales françaises. Affecté au 24e de ligne le 16 février 1841, il participa au combat de l'Affroun le 27 avril, mais dut rentrer en France pour raisons de santé. Promu colonel du 17e léger le 27 mai 1841, il faillit être assassiné lors de son entrée dans Paris par la rue du Faubourg Saint-Antoine, le 13 septembre 1841, quand un extrémiste nommé François Quenisset dit Papart tenta de l'abattre d'un coup de pistolet.
De retour en Algérie le 7 septembre 1842 avec le grade de maréchal de camp, Henri d'Orléans accomplit ce qui allait être son fait d'armes le plus célèbre : la prise de la smala d'Abd el-Kader, le 16 mai 1843. Cette expédition frappa les imaginations en s'emparant de la capitale ambulante de l'émir, surpris à Taguin avec ses milliers de femmes, d'enfants, de guerriers et de richesses. L'événement fut immortalisé par le peintre Horace Vernet, sur commande du roi Louis-Philippe lui-même.
Cette victoire lui valut une promotion au grade de lieutenant-général. Le duc d'Aumale devint gouverneur général de l'Algérie et fut associé à l'un des événements les plus significatifs de la conquête française : la reddition d'Abd el-Kader en décembre 1847. L'émir, traqué depuis des années, finit par déposer les armes devant le duc, marquant symboliquement la fin d'une résistance acharnée qui avait duré plus d'une décennie.
La révolution de 1848 et la chute de la monarchie de Juillet contraignirent Henri d'Orléans à l'exil, comme tous les membres de la famille régnante. Il s'installa en Angleterre, à Chantilly, mais la confiscation de ses biens par le gouvernement de Napoléon III en 1852 lui porta un coup sévère. Ce n'est qu'après la chute du Second Empire en 1870 qu'il put rentrer en France, reprenant possession de ses domaines et de ses collections extraordinaires.
Henri d'Orléans se consacra alors à deux passions qui avaient traversé toute sa vie : la politique et le mécénat culturel. Il siégea à l'Assemblée nationale, où il joua un rôle dans les débats constitutionnels de la jeune Troisième République. Mais c'est comme collectionneur et bibliophile qu'il laissa son empreinte la plus durable. Son domaine de Chantilly abritait l'une des collections d'art et de manuscrits les plus précieuses d'Europe, rivalisant avec les plus grandes bibliothèques royales.
À sa mort le 7 mai 1897 à Giardinello, en Italie, Henri d'Orléans légua le domaine de Chantilly, avec l'ensemble de ses collections inestimables, à l'Institut de France, sous la condition expresse que ni les bâtiments ni les collections ne seraient jamais modifiés ni dispersés. Ce legs exceptionnel est à l'origine du musée Condé, qui accueille aujourd'hui l'une des plus belles collections de peintures, de manuscrits enluminés et d'objets d'art de France, perpétuant la mémoire d'un prince qui fut tout à la fois soldat, bâtisseur d'empire colonial et gardien passionné du patrimoine culturel de sa nation.

