Qabous ibn Saïd naît le 18 novembre 1940 à Salalah, grande ville du Dhofar, dans le sud d'un pays alors connu sous le nom de Mascate et Oman. Descendant de la dynastie Al Saïd, au pouvoir depuis 1744, il est le fils du sultan Saïd ibn Taïmour et de sa seconde épouse Mazoon al-Mashani. L'enfant grandit dans une atmosphère d'austérité et d'isolement presque total : son père, monarque absolutiste et profondément méfiant envers le monde extérieur, lui interdit les jeux ordinaires, les sorties à la plage et toute conversation sur des sujets étrangers à ses études. Cette enfance cloisonnée forge néanmoins en lui une discipline intellectuelle et une curiosité qui s'épanouiront pleinement après son départ pour l'étranger.
À seize ans, Qabous est envoyé en Angleterre pour cinq ans de formation. Il fréquente d'abord une académie privée à Bury St Edmunds dans le Suffolk, où il se révèle être un cavalier d'excellence et développe une passion profonde pour la musique classique qui l'accompagnera tout au long de sa vie. Il entre ensuite à l'Académie royale militaire de Sandhurst, l'une des institutions militaires les plus prestigieuses du monde, dont il sort diplômé en 1962. Il sert pendant une année dans l'armée britannique en Allemagne, en tant qu'officier du régiment des Scottish Rifles, avant d'effectuer un tour du monde qui élargit encore sa vision des sociétés et des modes de gouvernement.
Rappelé en Oman en 1965 par son père, Qabous se retrouve dans une situation humiliante : le sultan le maintient en quasi-détention, l'éloignant des affaires publiques et l'empêchant d'exercer la moindre influence sur la politique du pays. L'Oman de l'époque est alors l'un des pays les plus pauvres et les plus fermés de la péninsule arabique : à peine quelques routes goudronnées, un nombre infime d'écoles, un système de santé quasi inexistant, et un pétrole à peine exploité malgré des réserves considérables. Le pays est en proie à une grave rébellion marxiste dans la région du Dhofar, alimentée par des puissances extérieures et menaçant la cohésion de l'État.
Le 23 juillet 1970, Qabous renverse son père lors d'un coup d'État de palais, événement qui marque le début d'une transformation radicale du sultanat. Soutenu par les forces spéciales britanniques et l'Iran du shah Mohammad Reza Pahlavi, le nouveau sultan s'attaque immédiatement à la rébellion du Dhofar, qui est progressivement écrasée au cours des années suivantes. Les premières années du règne de Qabous voient la réalité du pouvoir rester en grande partie entre les mains des conseillers britanniques : le conseil de défense qui conduit les opérations militaires est composé presque exclusivement de ressortissants britanniques, les officiers de l'armée omanaise et la plupart des fonctionnaires civils étant également d'origine britannique.
Mais Qabous affirme progressivement son autorité personnelle et engage une modernisation spectaculaire du pays. Les revenus pétroliers, désormais exploités intensément, financent la construction d'un réseau de routes, de ports, d'hôpitaux et d'écoles. Une université nationale est fondée. Les villes se développent à un rythme rapide, et le niveau de vie de la population s'améliore de façon spectaculaire en quelques décennies. Le pays s'ouvre au monde sans renoncer à ses traditions, trouvant un équilibre délicat entre modernité et identité culturelle.
Sur le plan politique, Qabous cumule pendant de longues années les fonctions de chef de l'État, de Premier ministre, de ministre des Affaires étrangères, de ministre de la Défense, de chef d'état-major et de directeur de la banque centrale. Cette concentration du pouvoir entre ses mains est caractéristique d'un régime qui, malgré ses apparences modernisatrices, reste fondamentalement autocratique. Le sultan est omniprésent dans la vie publique : son nom est donné au port, à l'université, à l'autoroute de Mascate, son image orne les billets de banque et les affiches dans tout le pays.
Cependant, le sultan œuvre également à une évolution progressive du système politique. En 1996, il promulgue un décret fondamental qui clarifie les règles de succession et institue un Conseil bicaméral doté de certains pouvoirs législatifs, posant les bases d'un État de droit en gestation. En 1995, il accorde le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, une décision qui tranche nettement avec les pratiques de nombreux États voisins. À partir de 2004, des femmes accèdent au rang de ministre, puis d'ambassadrices. La politique sociale du sultanat se distingue également par la mise à prix modique de l'eau, de l'électricité et de l'essence, et par l'absence d'impôts directs, ce qui contribue à maintenir une relative paix sociale.
La politique étrangère de Qabous se caractérise par une neutralité active et une diplomatie discrète mais efficace. L'Oman maintient des relations avec tous ses voisins, qu'ils soient arabes, persans ou occidentaux, refusant de prendre parti dans les conflits qui déchirent la région. C'est notamment par son intermédiaire que des contacts secrets entre les États-Unis et l'Iran ont pu être établis, conduisant aux accords sur le programme nucléaire iranien. Cette vocation médiatrice confère à l'Oman un prestige diplomatique bien supérieur à sa taille et à sa puissance.
Qabous ibn Saïd s'était marié à sa cousine en 1972, mais avait rapidement divorcé, demeurant sans descendance. Sa vie personnelle, relativement discrète, donne lieu à diverses spéculations, certains médias, dont France-Soir en 2011, notant que le sultan ne ressemblait en rien à ses homologues du Golfe et accordait à son peuple une relative liberté dans les domaines religieux et des mœurs. La question de la succession reste longtemps en suspens, le sultan ayant tardé à désigner un héritier clairement identifié.
Qabous ibn Saïd meurt le 10 janvier 2020 à Sib, dans le gouvernorat de Mascate, après cinquante ans d'un règne qui a transformé l'Oman en un pays moderne et influent. Il est remplacé par son cousin Haïtham ibn Tariq Al Saïd, désigné par le conseil de la famille royale conformément aux dispositions successorales. Le bilan de son règne est celui d'une modernisation sans précédent : un pays sorti de la pauvreté absolue pour devenir un État stable, prospère et respecté sur la scène internationale, même si les libertés politiques y restent sévèrement encadrées.