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Bretislav Ier de Bohême

Duc de Bohême

6 min01/01/2024
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Bretislav Ier naît vers 1002 ou 1005, fils naturel d'Ulrich, duc de Bohême à partir de 1012, et d'une femme du peuple nommée Božena, dont son père s'était épris lors d'une chasse dans les forêts de Peruc, la ramenant à Prague au grand scandale de l'aristocratie. Cette naissance hors des canons dynastiques habituels n'empêche pas le jeune Bretislav de s'imposer comme l'héritier de fait de son père, dont il partage le tempérament énergique et la détermination politique. Le chroniqueur Cosmas de Prague, première grande source sur cette période, le mentionne pour la première fois en 1021, à l'occasion d'un épisode qui révèle d'emblée son caractère romanesque et audacieux.

Cette première mention est en effet liée à l'enlèvement de Judith, fille du comte franconien Henri de Schweinfurt, que le jeune prince arrache à son couvent le 7 juillet 1021 pour en faire son épouse. Cet acte, qui ne se conformait pas aux usages diplomatiques attendus d'un prince, illustre la personnalité de Bretislav : impulsif, courageux, décidé à prendre ce qu'il voulait sans attendre la permission des autorités qui l'entourent. Le couple s'installe à Olomouc, en Moravie, où leur premier fils Spytihněv naît en 1031.

Dès les années 1020, Bretislav s'implique dans les affaires militaires de son père, participant notamment aux campagnes qui permettent à la Bohême de reconquérir la Moravie occupée par les Polonais, un territoire convoité par plusieurs puissances régionales dont le grand-prince Iaroslav de Kiev lui-même. Ces opérations militaires constituent pour Bretislav une excellente école de guerre et de stratégie, préparant le chef d'État qu'il est destiné à devenir. Des tensions entre son père Ulrich et l'empereur Conrad II provoquent cependant son expulsion temporaire de Moravie.

La mort d'Ulrich le 9 novembre 1034 et la renonciation de son oncle Jaromir, frère d'Ulrich que ce dernier avait autrefois détrôné pour s'emparer du duché, ouvrent la voie à l'accession de Bretislav au pouvoir sur la Bohême. Il prend rapidement ses marques en allant jurer fidélité à l'empereur Conrad II lors de la diète de Bamberg le 18 mai 1035, obtenant l'investiture impériale indispensable à la légitimation de son autorité. Mais ce geste de soumission formelle ne reflète pas sa véritable ambition politique.

La situation intérieure de la Pologne voisine, plongée dans l'anarchie depuis la fin du règne de Mieszko II Lambert en 1034, lui offre une occasion unique d'expansion territoriale. À l'automne 1038, ses armées envahissent rapidement la Silésie, puis s'emparent de Cracovie. Poznan tombe à son tour, puis Gniezno, la capitale polonaise. L'ivresse de la victoire se mêle à une dévotion religieuse intense lorsque l'armée bohémienne approche du lieu où saint Adalbert de Prague, martyrisé par les Prussiens en 997 et l'un des plus grands saints du monde slave, repose depuis des décennies. Les reliques du saint, ainsi que celles de son demi-frère Radzim Gaudenty, premier archevêque de Gniezno, et des premiers martyrs polonais de l'école d'Adalbert, sont transportées triomphalement à Prague en 1039.

Ce transfert de reliques n'est pas seulement un acte de piété : il est aussi une opération politique de grande envergure. En devenant le gardien des restes de saint Adalbert, l'évêque de Prague peut légitimement solliciter du pape Benoît IX l'élévation de son siège au rang d'archevêché, ce qui permettrait à la Bohême de s'affranchir de la tutelle ecclésiastique allemande. Parallèlement, Bretislav négocie une alliance avec le nouveau roi de Hongrie Pierre Orseolo pour consolider sa position géopolitique. La Pologne est réduite à ses provinces orientales, et c'est autour de la Bohême que semble devoir se reconstituer la grande entité slave occidentale que la politique impériale redoutait depuis des décennies.

Henri III, nouveau roi germanique venant de succéder à Conrad II, ne peut laisser se développer une telle puissance à ses portes. En août 1040, il rassemble une armée et tente de forcer le passage de la Forêt de Bohême pour mater Bretislav. L'armée tchèque lui inflige une défaite cuisante aux portes du pays, près de Domažlice, le contraignant à battre en retraite avec de lourdes pertes parmi ses partisans. Cette victoire auréole Bretislav d'une réputation militaire éclatante et lui vaut le surnom d'Achille, en référence au héros homérique par excellence.

Mais Henri III prépare sa revanche avec méthode. En 1041, son offensive est mieux organisée et il parvient le 8 septembre devant Prague. Acculé, Bretislav doit se soumettre et accepter des conditions humiliantes : il promet de payer 8 000 marks d'argent, de restituer les prisonniers, de démolir les fortifications de la Forêt de Bohême, et de renoncer à la Pologne. Le 22 octobre 1041, à Ratisbonne, il reçoit en fief le duché qu'il gouverne, reconnaissant la suzeraineté impériale qu'il avait espéré secouer. Casimir Ier le Restaurateur rentre dans une Pologne que la domination bohémienne avait ravagée.

Malgré cette capitulation forcée, Bretislav maintient son autorité sur la Bohême jusqu'à sa mort et réorganise ses ambitions dans un cadre plus réaliste. Il introduit la règle de succession dite seniorat, selon laquelle le trône revient au membre le plus âgé de la dynastie plutôt qu'au fils aîné, afin d'éviter les conflits fratricides qui avaient si souvent affaibli les familles régnantes slaves. Bretislav Ier meurt le 10 janvier 1055 à Chrudim, laissant derrière lui une Bohême considérablement renforcée dans ses frontières et son prestige, même si ses rêves hégémoniques sur le monde slave occidental s'étaient heurtés à la puissance impériale germanique. Sa personnalité haute en couleur, mêlant audace romanesque, génie militaire et ambition politique, en fait l'une des figures les plus marquantes de la Bohême médiévale.

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