biografias

Marcel Camus

Réalisateur français

4 min01/01/2024
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Marcel Camus naquit le 21 avril 1912 à Chappes, dans les Ardennes, fils d'un instituteur qui lui transmit le goût de la culture et de l'éducation. Après des études aux Beaux-Arts, il embrassa lui-même la carrière d'enseignant, devenant professeur de dessin dans sa région natale. La Seconde Guerre mondiale allait cependant bouleverser le cours tranquille de cette existence et révéler en lui une vocation artistique que les circonstances les plus éprouvantes contribuèrent à épanouir.

Fait prisonnier pendant le conflit, Camus fut interné dans un camp de prisonniers en Allemagne. C'est là, dans ces conditions d'enfermement et de privation, qu'il découvrit le théâtre. Avec d'autres détenus, il monta des spectacles, occupant tour à tour les rôles de décorateur, d'acteur et de metteur en scène. Cette expérience fondatrice lui révéla une aptitude naturelle à raconter des histoires et à créer des univers visuels, aptitude qu'il allait mettre au service d'une autre forme d'expression : le cinéma.

À son retour de captivité, son oncle Roland Dorgelès, romancier célèbre notamment pour Les Croix de bois, le présenta à plusieurs cinéastes influents. Marcel Camus devint ainsi l'assistant ou le conseiller technique de personnalités aussi diverses que Luis Buñuel, Alexandre Astruc, André Barsacq, Daniel Gélin et Jacques Becker. Cette période d'apprentissage auprès de réalisateurs de première importance lui permit d'acquérir les techniques du métier tout en développant une sensibilité propre, nourrie à la fois de son expérience artistique personnelle et de l'influence de ces maîtres.

Son premier long métrage, réalisé en 1957, fut l'adaptation du roman de Jean Hougron intitulé Mort en fraude. Ce film, qui abordait sans passion ni propagande la politique française en Indochine, fut interdit par la censure dans les territoires d'outre-mer, révélant d'emblée la capacité de Camus à traiter des sujets politiquement sensibles avec une honnêteté qui dérangeait les autorités. Cette interdiction constituait, paradoxalement, une forme de consécration artistique.

En 1958, sur une proposition du producteur Sacha Gordine, Marcel Camus se rendit au Brésil pour y réaliser ce qui allait devenir l'œuvre centrale de sa vie et de sa carrière. Avec l'aide du scénariste Jacques Viot, il adapta une pièce de théâtre du poète brésilien Vinícius de Moraes, Orfeu da Conceição, transposant le mythe antique d'Orphée et Eurydice dans les favelas de Rio de Janeiro, au cœur de l'effervescence du carnaval. Orfeu Negro fut le titre retenu pour ce film envoûtant, tourné avec des acteurs noirs inconnus du grand public, dans une langue et dans un contexte culturel qui étaient alors presque totalement ignorés de l'Europe et de l'Amérique.

Le film séduit simultanément le grand public et la critique, réalisant ce prodige rare d'être à la fois populaire et exigeant. En 1959, Orfeu Negro reçut la Palme d'or au Festival de Cannes, distinction suprême du cinéma mondial. L'année suivante, il obtint l'Oscar du meilleur film étranger, confirmant son rayonnement international. Ces deux récompenses consacrèrent Camus parmi les grands cinéastes de son temps. Sur une célèbre photographie prise sur les marches du Palais des Festivals à Cannes en 1959, il apparaît aux côtés de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Roger Vadim et d'autres représentants de la Nouvelle Vague, génération qui allait révolutionner le cinéma français.

Orfeu Negro eut également le mérite considérable de faire découvrir aux Européens et aux Américains la bossa nova, genre musical brésilien naissant que la bande originale du film contribua à diffuser dans le monde entier. Les compositions de Tom Jobim et Luís Bonfá, portées par les images de Camus, devinrent des classiques instantanés. Marpessa Dawn, l'actrice américaine qui incarnait Eurydice dans le film, devint par ailleurs l'épouse du réalisateur, avant que leur mariage ne prenne fin peu après.

Camus se remaria avec Lourdès de Oliveira, une autre actrice d'Orfeu Negro, et eut avec elle deux fils, Jean-Christophe et Romain, s'ajoutant à Christian, né d'une première relation avec sa chef monteuse Andrée Feix. Ces liens personnels avec le Brésil expliquent en partie la fascination durable que ce pays exerça sur lui tout au long de sa carrière.

Les films qui suivirent Orfeu Negro témoignèrent d'une volonté de prolonger l'exploration des cultures non-européennes. Os Bandeirantes en 1960, tourné à nouveau au Brésil, et L'Oiseau de paradis en 1962, réalisé au Cambodge, furent bien reçus par une partie du public sans toutefois retrouver le retentissement de son chef-d'œuvre. Le Chant du monde en 1965, adaptation de Jean Giono avec Charles Vanel et Catherine Deneuve, témoignait d'un retour vers des territoires plus familiers, avec des résultats comparables. Ses productions ultérieures, comme Le Mur de l'Atlantique en 1970, dernier film de Bourvil, adoptèrent une approche plus commerciale.

Dans les années 1970, Marcel Camus se tourna vers la télévision française, pour laquelle il réalisa plusieurs feuilletons : La Porteuse de pain, Molière pour rire et pour pleurer, Les Faucheurs de marguerites et Voltaire ou ce diable d'homme. En 1976, il revint au Brésil pour adapter un roman de Jorge Amado, Os pastores da noite, sous le titre Otalia de Bahia. Son ultime réalisation fut Féminin pluriel, adapté des œuvres de Benoîte et Flora Groult.

Marcel Camus mourut le 13 janvier 1982 à Paris et fut inhumé au columbarium du Père-Lachaise. Son œuvre, largement éclipsée par la gloire éclatante d'Orfeu Negro, mérite d'être relue dans sa globalité comme le témoignage d'un humaniste sincère, épris d'altérité et de beauté, qui eut le mérite d'ouvrir le cinéma français sur des horizons que peu de ses contemporains avaient osé explorer.

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