Margaret Leighton vit le jour le 26 février 1922 à Barnt Green, un village du Worcestershire, dans les Midlands anglais. Destinée dès l'enfance au théâtre, elle fit ses armes sur les scènes les plus prestigieuses de Grande-Bretagne avant de conquérir Broadway et le cinéma. Son élégance naturelle, la précision de son jeu et l'intensité de sa présence scénique en firent l'une des comédiennes les plus admirées de sa génération, héritière d'une tradition théâtrale britannique d'une exigence absolue.
Sa vie personnelle fut marquée par trois mariages successifs. Elle fut d'abord l'épouse de l'éditeur Max Reinhardt de 1947 à 1955, puis elle s'unit à l'acteur Laurence Harvey de 1957 à 1961. Sa dernière union, contractée en 1964 avec l'acteur Michael Wilding, dura jusqu'à sa mort. Ces relations avec des personnalités du monde du spectacle et de l'édition témoignent d'une femme pleinement immergée dans la vie intellectuelle et artistique de son époque.
Ses débuts sur les planches londonniennes furent fulgurants. En 1946, elle tint plusieurs rôles dans des productions majeures qui illustrèrent d'emblée l'étendue de ses moyens. Elle incarna Lady Percy dans Henry IV de William Shakespeare, prêtant à ce personnage féminin une émotion sobre et contenue. La même année, elle joua Yelena Andreyevna dans Oncle Vania d'Anton Tchekhov, rôle dans lequel la langueur et le désenchantement du personnage tchékhovien trouvèrent en elle une interprète de premier ordre. Elle assura également le rôle de la suivante de Jocaste dans Œdipus rex de Sophocle et celui de Mrs. Dangle dans The Critic de Richard Brinsley Sheridan, démontrant une polyvalence stylistique rare.
C'est entre 1956 et 1957 qu'elle connut l'un de ses plus grands succès scéniques avec Separate Tables de Terence Rattigan, dans lequel elle joua les deux rôles principaux féminins, Mrs. Shankland et Miss Railton-Bell. Cette double performance lui valut une reconnaissance internationale et un Tony Award à Broadway, consacrant définitivement son statut de grande dame du théâtre anglophone. La pièce de Rattigan, exploration subtile de la solitude et des conventions sociales dans un hôtel anglais de province, offrait à ses talents une matière particulièrement riche.
En 1959, elle incarnait Beatrice dans Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare, donnant à ce personnage espiègle et mordant une vitalité communicative. Puis, de 1961 à 1962, elle joua Hannah Jelkes dans La Nuit de l'iguane de Tennessee Williams, une figure de grande dignité morale au milieu de l'orage des passions humaines. Ce rôle lui permit de démontrer sa capacité à habiter les personnages de Williams avec une profondeur psychologique et une retenue d'une grande efficacité dramatique.
De 1962 à 1963, elle défendit le rôle de Pamela Pew-Pickett dans Tchin-Tchin, adapté de la pièce de François Billetdoux par Sidney Michaels, puis en 1964 elle tint le rôle simplement intitulé She dans The Chinese Prime Minister d'Enid Bagnold. En 1966, elle retrouva l'univers de Tennessee Williams avec Slapstick Tragedy, où elle interpréta deux personnages contrastés, Trinket et The Gnadiges Fraulein, explorant les registres du grotesque et du pathétique avec une aisance déconcertante.
Ses dernières grandes créations scéniques l'amenèrent à jouer dans l'adaptation par Lillian Hellman des Quatre Filles du docteur March de Louisa May Alcott, entre 1967 et 1968, où elle tint les rôles de Birdie Hubbard et de Regina Giddens, figures féminines aux personnalités radicalement opposées. Cette capacité à passer d'une psychologie à une autre, d'une époque dramatique à une autre, sans jamais perdre en authenticité, résume bien ce qui faisait la grandeur de son art.
Au cinéma, sa filmographie, bien que moins abondante que sa carrière théâtrale, comprend des titres notables. Elle fut nommée à l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour The Roman Spring of Mrs. Stone en 1962 et pour The Go-Between en 1972, témoignant d'une reconnaissance hollywoodienne qui vint s'ajouter à sa stature de star du théâtre anglais. Son élégance froide à l'écran et l'économie de ses moyens expressifs lui conféraient une présence magnétique.
Margaret Leighton s'éteignit le 13 janvier 1976 à Chichester, dans le Sussex, emportée par la sclérose en plaques qui avait progressivement fragilisé sa santé dans les dernières années de sa vie. Elle n'avait que cinquante-trois ans, un âge qui laisse imaginer tout ce qu'elle aurait encore pu offrir à la scène et à l'écran. Son nom reste associé à une certaine idée de l'excellence théâtrale britannique, faite de rigueur, d'intelligence et d'un sens aigu de la vérité humaine.

