biografias

Sylvanus Olympio

Premier président de la République togolaise

7 min01/01/2024
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Sylvanus Olympio voit le jour le 6 septembre 1902 à Kpando, dans le Togo allemand, une région qui, après la défaite de l'Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, passera sous administration britannique avant d'être rattachée au Ghana lors de l'indépendance de ce dernier. Il appartient à l'une des familles les plus remarquables d'Afrique de l'Ouest. Son père, Epiphanio Elpidio Olympio, né en 1873, est un riche commerçant et planteur de cocoteraies, issu d'une mère yoruba de la noblesse d'Abéokuta et d'un père brésilien, Francisco da Silva Olympio. Sa mère, Fidélia Afé, née en 1862, est de l'ethnie mamprusi de la ville de Dapaong, au nord du Togo. Cette ascendance mêlant influences africaines, brésiliennes et européennes symbolise les brassages complexes qui ont façonné l'Afrique atlantique.

Sylvanus fait ses études primaires à la Mission catholique allemande et à l'école coloniale française de Lomé, puis ses études secondaires dans le système anglais à Kpando, au Togo britannique. En 1920, il quitte l'Afrique pour poursuivre ses études à Londres, où il obtient l'équivalent du baccalauréat français avant de décrocher en 1926 un diplôme en économie politique à la London School of Economics, l'une des institutions universitaires les plus prestigieuses au monde. Il poursuit ensuite des études supérieures en droit international à Dijon, en France, puis à Vienne, en Autriche, se forgeant ainsi une formation intellectuelle d'une remarquable ampleur.

En 1927, à la sortie de ses études, il est recruté par la Lever Brothers Company à Londres. L'année suivante, il rentre en Afrique et est affecté d'abord comme adjoint à l'agent général de la compagnie Unilever à Lagos, au Nigeria, avant d'être muté comme chef de la société à Hô, au Ghana. En 1932, il est nommé directeur général Togo de la United Africa Company, filiale du groupe Unilever en zone française, une position qui lui confère une influence économique considérable dans la région.

Mais c'est sur la scène politique que Sylvanus Olympio va donner toute la mesure de son talent. Il devient le porte-parole de la All Ewe Conference à l'Organisation des Nations Unies, défendant les droits du peuple Ewe, réparti entre le Togo français, le Togo britannique et le Ghana. De 1946 à 1952, il préside l'Assemblée territoriale du Togo, imposant sa stature de meneur naturel. Son anglophilie marquée inquiète les autorités coloniales françaises, qui lui préfèrent Nicolas Grunitzky, leader du Parti togolais du progrès, jugé plus accommodant. Les autorités coloniales vont jusqu'à priver Olympio de ses droits civiques, prenant prétexte d'une affaire douteuse de trafic de devises pour l'écarter de la compétition politique.

Grunitzky devient chef du gouvernement togolais en septembre 1956, mais son règne est de courte durée. En avril 1958, lors des premières élections législatives libres et transparentes, les électeurs togolais votent massivement pour les indépendantistes du Comité de l'unité togolaise. Olympio est amnistié par la nouvelle Assemblée nationale de la République autonome du Togo et nommé Premier ministre. Il prend officiellement ses fonctions le 16 mai 1958 lors d'une cérémonie solennelle à la Chambre des représentants.

En septembre 1958, le général de Gaulle, revenu au pouvoir, propose un référendum pour redéfinir le cadre de la Communauté française et accorder davantage d'autonomie aux peuples des colonies d'Afrique. Olympio, qui ne se sent pas directement concerné par ces dispositions, se rend néanmoins à Paris pour s'entretenir avec de Gaulle, et engage à son retour au Togo le processus d'indépendance du pays. De Gaulle, vexé par ce qu'il perçoit comme un manque de gratitude, lui propose une indépendance immédiate. Olympio accepte. Le Togo proclame son indépendance et, le 15 avril 1961, Sylvanus Olympio devient le premier président de la République togolaise.

Ses deux années de présidence sont marquées par une politique de rigueur budgétaire et d'indépendance affirmée. Il cherche à libérer son pays de la dépendance à l'égard de l'ancienne métropole et entend mener le Togo sur la voie du développement par ses propres moyens. Ces orientations lui valent l'hostilité de certains milieux militaires, notamment d'anciens soldats togolais qui avaient servi dans l'armée française et réclamaient leur intégration dans les forces armées nationales. Olympio, soucieux de maîtriser les dépenses publiques, refuse d'accéder à ces demandes.

Le dénouement tragique survient dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963. Un groupe d'une poignée de soldats, parmi lesquels figure le sergent Gnassingbé Eyadema, déclenche le premier coup d'État militaire de l'Afrique subsaharienne indépendante. Sylvanus Olympio tente de trouver refuge à l'ambassade américaine de Lomé. Il est rattrapé, abattu devant l'enceinte de l'ambassade, et meurt le 13 janvier 1963, à soixante ans. Sa mort brutale marque le début d'une longue instabilité politique au Togo et prive l'Afrique de l'Ouest d'un leader visionnaire. Gnassingbé Eyadema, l'un des hommes qui l'abattirent ce jour-là, gouvernera le Togo pendant trente-huit ans, jusqu'à sa propre mort en 2005.

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