biografias

Jeanne d'Arc

Sainte catholique et héroïne de l'histoire de France (1412-1431)

7 min01/01/2024
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Dans la France déchirée du début du quinzième siècle, une jeune fille d'origine paysanne allait accomplir l'un des destins les plus extraordinaires que l'histoire ait jamais enregistrés. Jeanne d'Arc naquit vers 1412 à Domrémy, modeste village du duché de Bar situé dans ce qui constitue aujourd'hui le département des Vosges en Lorraine. Fille d'un laboureur aisé de son village, elle grandit dans un contexte de guerre permanente, de misère populaire et de désintégration progressive du royaume de France, écartelé entre Anglais et Bourguignons.

Pour comprendre l'irruption de Jeanne dans l'histoire, il faut saisir l'ampleur du chaos qui régnait alors en France. Depuis 1392, le roi Charles VI était sujet à des accès de folie qui le rendaient inapte à gouverner, ouvrant la voie à de féroces luttes de pouvoir au sein de la famille royale. Son frère, le duc Louis d'Orléans, et son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne, se disputaient le contrôle du Conseil royal avec une violence croissante. En novembre 1407, Jean sans Peur fit assassiner le duc d'Orléans, acte déclencheur d'une guerre civile entre les partisans bourguignons et les Armagnacs, fidèles à la maison d'Orléans. Cette division fratricide allait offrir à Henri V d'Angleterre l'occasion rêvée de relancer la guerre contre la France.

En 1415, l'armée anglaise débarqua en Normandie, prit Harfleur et écrasa la chevalerie française à Azincourt dans un carnage qui reste l'un des désastres militaires les plus cuisants de l'histoire française. Henri V entreprit ensuite la conquête méthodique de la Normandie, s'emparant de Rouen en 1419. La catastrophe fut parachevée par le traité de Troyes en 1420, par lequel le roi fou Charles VI désherita son propre fils, le dauphin Charles, au profit du roi d'Angleterre. À la mort de Charles VI en 1422, Henri VI d'Angleterre, nourrisson de quelques mois, était théoriquement roi des deux royaumes, tandis que le dauphin Charles se maintenait péniblement au sud de la Loire, réduit à une portion de territoire et discrédité par des rumeurs persistantes sur sa propre légitimité.

C'est dans ce contexte d'effondrement national que Jeanne affirma, vers 1425, entendre les voix de saint Michel, de sainte Marguerite d'Antioche et de sainte Catherine d'Alexandrie, lui enjoignant de chasser les Anglais de France et de conduire le dauphin au sacre de Reims. Après avoir convaincu le capitaine Robert de Baudricourt de lui fournir une escorte, elle traversa en hiver les territoires ennemis pour rejoindre Chinon, où résidait le dauphin, en février 1429. La rencontre avec Charles VII fut décisive : la jeune fille démontra une connaissance de certains secrets de la cour qui convainquit l'entourage royal de sa sincérité, ou du moins de son utilité politique.

Revêtue d'une armure blanche et portant son étendard, Jeanne rejoignit l'armée française qui tentait de secourir Orléans, assiégée par les Anglais depuis octobre 1428. La ville était un verrou stratégique dont la chute aurait ouvert le chemin du sud au coeur du dernier territoire royal. En quelques jours de combats intenses, du 4 au 8 mai 1429, les troupes françaises galvanisées par la présence de la Pucelle brisèrent le siège, contraignant les Anglais à se retirer. La victoire d'Orléans eut un retentissement immense : elle brisa le mythe de l'invincibilité anglaise et redressa le moral d'un peuple au bord de l'abandon.

Profitant de cet élan, Jeanne conduisit l'armée royale dans une série de victoires rapides le long de la Loire, dégageant la route de Reims. Le 17 juillet 1429, Charles VII fut sacré dans la cathédrale de Reims, accomplissant le principal objectif que Jeanne s'était assigné. Ce sacre avait une importance capitale dans la mentalité médiévale : il conférait au roi une légitimité divine indiscutable, répondant aux doutes qui pesaient sur lui et invalidant symboliquement les prétentions anglaises.

Mais la campagne militaire se prolongea avec moins de succès. L'attaque contre Paris en septembre 1429 échoua, et Jeanne fut blessée. Les mois suivants furent marqués par une guerre d'usure où les victoires se firent plus rares. En mai 1430, lors d'une sortie pour défendre Compiègne assiégée par les Bourguignons, Jeanne fut capturée par les soldats de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, vassal du duc de Bourgogne. Elle fut ensuite vendue aux Anglais pour la somme de dix mille livres, somme considérable qui attestait du prix que les ennemis de la France mettaient à sa neutralisation.

Le procès qui s'ouvrit à Rouen, alors capitale d'une Normandie anglaise, en février 1431, était une mascarade judiciaire dont le verdict était décidé d'avance. Présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et ancien recteur de l'université de Paris, acquis aux Anglais, le tribunal ecclésiastique chercha à condamner Jeanne pour hérésie, ce qui permettrait de discréditer rétrospectivement le sacre de Charles VII obtenu grâce à elle. Après des mois d'interrogatoires épuisants, Jeanne fut condamnée et brûlée vive sur la place du Vieux-Marché de Rouen le 30 mai 1431. Elle avait environ dix-neuf ans.

La condamnation ne résista pas à l'épreuve du temps. En 1455, le pape Calixte III ordonna la révision du procès, et un nouveau tribunal conclut en 1456 à l'innocence complète de Jeanne, annulant solennellement sa condamnation. Le fait que les minutes des deux procès aient été conservées fait d'elle l'une des personnalités médiévales les mieux documentées de l'histoire française. La guerre de Cent Ans s'acheva en 1453 par la victoire française, dans laquelle l'élan insufflé par Jeanne avait joué un rôle décisif.

Béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920, Jeanne d'Arc est devenue l'une des deux saintes patronnes secondaires de la France en 1922. Sa fête nationale, instituée par la loi en 1920, est célébrée chaque année le deuxième dimanche de mai. Figure complexe et universelle, elle a inspiré des générations d'écrivains, de dramaturges, de musiciens et de cinéastes, de Voltaire à George Bernard Shaw, de Verdi à Carl Theodor Dreyer. Son image a été revendiquée par des sensibilités politiques opposées, du nationalisme le plus étroit au féminisme le plus émancipateur, témoignant de la richesse inépuisable d'un destin qui continue de fasciner le monde entier.

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