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Fernand de Magellan

Navigateur et explorateur portugais au service de l'Espagne, fin du XVe - début du XVIe siècle

5 min01/01/2024
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Au début du seizième siècle, alors que l'Europe s'éveillait à l'immensité du monde qui s'ouvrait devant elle, un navigateur portugais passé au service de la Castille allait accomplir l'une des plus grandes aventures maritimes de l'histoire humaine. Fernand de Magellan, né vers 1480, probablement à Porto, grandit dans un Portugal qui était alors la première puissance exploratrice du monde. Il fit ses premières armes dans les expéditions portugaises en Asie, participant notamment à des campagnes en Inde et à la conquête de Malacca en 1511, où il acheta un esclave malais prénommé Enrique, dont le destin allait se mêler étroitement au sien.

Le projet qui allait hanter Magellan était d'une audace sans précédent : atteindre les îles Moluques, uniques productrices de girofle dans le monde connu, en naviguant vers l'ouest à travers l'Atlantique et en contournant le continent américain par le sud, accomplissant ainsi ce qu'avait vainement tenté Christophe Colomb. Ce faisant, il espérait trouver un passage reliant l'océan Atlantique à cet océan oriental qu'il allait baptiser « Pacifique ». Après que le roi du Portugal eut rejeté son projet, Magellan se mit au service du roi d'Espagne Charles Ier, qui accepta de financer l'expédition.

La flotte quitta Séville le 20 septembre 1519, composée de cinq navires — Trinidad, San Antonio, Concepción, Victoria et Santiago — et d'environ deux cent soixante-dix hommes de diverses nationalités. La traversée de l'Atlantique puis la descente le long des côtes d'Amérique du Sud se déroulèrent dans un climat de tensions croissantes entre Magellan et les capitaines espagnols de la flotte, jaloux de cette autorité accordée à un Portugais. En mars 1520, une mutinerie éclata dans la baie de San Julián, en Patagonie : Magellan la réprima avec une fermeté implacable, faisant exécuter l'un des mutins et abandonnant un autre sur le rivage. C'est au cours de cet hivernage en Patagonie qu'il rencontra les Tehuelches, peuple de grande stature qu'il nomma Patagons, contribuant ainsi à alimenter les mythes sur les géants du bout du monde.

La découverte du passage qui porte désormais son nom — le détroit de Magellan — fut l'un des moments clés de l'expédition. Guidé par des pêcheurs indigènes fuégiens qui connaissaient ces eaux labyrinthiques, Magellan s'engagea en octobre 1520 dans ce labyrinthe de canaux battus par des vents furieux qui s'étire entre la pointe méridionale du continent américain et la Terre de Feu. La traversée du détroit, longue de plusieurs centaines de kilomètres, dura environ trente-huit jours. Au cours de cette navigation épuisante, le San Antonio fit demi-tour et repartit vers l'Espagne, réduisant la flotte à quatre navires.

La traversée de l'océan Pacifique fut une épreuve d'une dureté extrême que Magellan n'avait pas anticipée. Cet océan était bien plus vaste qu'il ne l'imaginait, et les provisions s'épuisèrent rapidement. Pendant près de trois mois et demi de navigation, sans trouver de terres habitées susceptibles de les ravitailler — d'où le nom de « Pacifique » donné à cet océan d'un calme trompeur — les hommes de l'expédition souffrirent du scorbut, de la faim et de la soif. Ils en furent réduits à manger du cuir bouilli et des rats. Lorsqu'ils atteignirent enfin les îles Mariannes en mars 1521, puis les Philippines quelques jours plus tard, la flotte était dans un état déplorable.

Aux Philippines, Magellan commit l'erreur fatale de s'impliquer dans un conflit local entre des chefs indigènes. Voulant imposer l'autorité du chef chrétien Humabon sur son rival Lapu-Lapu, il débarqua sur l'île de Mactan avec un groupe restreint d'hommes le 27 avril 1521. Ses adversaires, bien plus nombreux et combattant sur leur propre terrain, repoussèrent l'attaque. Magellan fut tué au combat, à l'âge d'environ quarante et un ans. Sa mort plongea l'expédition dans le chaos.

Après la perte de leur chef et la mort de nombreux officiers dans un guet-apens tendu par Humabon, les survivants se retrouvèrent trop peu nombreux pour manœuvrer trois navires. Ils brûlèrent la Concepción et poursuivirent avec la Trinidad et la Victoria. Ils atteignirent finalement les Moluques en novembre 1521, chargèrent leurs cales d'épices précieuses, puis se séparèrent. La Trinidad tenta de retourner par l'est et tomba aux mains des Portugais. La Victoria, commandée par le Basque Juan Sebastián Elcano, prit la direction de l'ouest, franchit le cap de Bonne-Espérance et rentra à Séville le 6 septembre 1522, après un voyage de trois ans. Elle n'emmenait que dix-huit hommes sur les deux cent soixante-dix partis, mais sa cale était pleine de girofle dont la valeur suffisait à rentabiliser toute l'expédition.

Cette circumnavigation accomplie par Elcano et ses compagnons reste l'une des plus grandes prouesses maritimes de tous les temps. Elle confirma de façon irréfutable la rotondité de la Terre et révéla l'immensité de l'océan Pacifique. Quant à Magellan, bien qu'il n'ait parcouru que la moitié du tour du monde, son rôle de concepteur et de meneur de l'expédition jusqu'aux Philippines lui a valu une place permanente dans le panthéon des grands explorateurs. Une curiosité souvent méconnue : c'est peut-être son esclave Enrique, acheté à Malacca en 1511, qui aurait accompli le premier véritable tour du monde en sens inverse, puisqu'il était originaire d'une région que la flotte atteignit lors du retour. L'histoire de cette expédition nous est parvenue grâce au récit de l'Italien Antonio Pigafetta, l'un des dix-huit survivants, publié à partir de 1526.

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