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Henning von Tresckow

Général allemand

5 min01/01/2024
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Henning von Tresckow est l'une des figures les plus remarquables de la résistance militaire allemande au régime national-socialiste. Né le 10 janvier 1901 à Magdebourg, issu d'une famille de vieille noblesse prussienne dont les traditions militaires et morales allaient profondément façonner son caractère, il grandit dans un milieu protestant d'une observance rigoureuse, entouré de deux frères et de deux sœurs. Son père était général de cavalerie, et son grand-père maternel, le comte Robert von Zedlitz-Trützschler, avait exercé les fonctions de ministre de l'Instruction en Prusse. Il était également le gendre du général von Falkenhayn, chef de l'État-Major général de l'armée allemande entre 1914 et 1916, ce qui témoigne de l'enracinement profond de cette famille dans l'establishment militaire prussien.

Dès le 15 août 1917, à seize ans à peine, Tresckow s'engage comme Fahnenjunker au 1er régiment à pied de la Garde. Sa progression est rapide : il devient l'un des plus jeunes sous-lieutenants de l'armée prussienne en juin 1918, et reçoit la Croix de fer de première classe lors de la seconde bataille de la Marne, démontrant une bravoure précoce sur les champs de bataille de la Grande Guerre.

Après l'armistice, sa trajectoire connaît des détours. Il participe à la répression des spartakistes, puis démissionne de la Reichswehr en 1920 pour se consacrer à des études de droit et d'économie, qu'il ne mènera pas à leur terme. Des raisons familiales le poussent à réintégrer rapidement l'armée, où il retrouve sa vocation. Il sert au sein du 9e régiment d'infanterie et gravit les échelons avec méthode et talent.

Sur le plan opérationnel, son génie stratégique se manifeste dès la Seconde Guerre mondiale. Tresckow collabore avec le général von Manstein pour élaborer le plan d'invasion de la France par les Ardennes en 1940, une manœuvre qui déroute complètement les armées alliées et conduit à la capitulation française en quelques semaines. Si cette contribution lui vaut une reconnaissance professionnelle, elle ne suffit pas à dissimuler les réserves croissantes qu'il nourrit face aux orientations politiques du régime.

Car Tresckow n'est pas un homme sans convictions. Il s'était opposé à l'Anschluss et à l'invasion de la Tchécoslovaquie, même s'il demeurait partisan du rattachement du corridor de Dantzig à l'Allemagne. Affecté successivement dans la 21e division d'infanterie, puis fin 1939 dans la 228e Infanteriedivision, il est transféré en décembre 1940 dans le groupe d'armées B, avant de rejoindre le front de l'Est au sein du groupe d'armées Centre en juin 1941. C'est là que sa conscience morale bascule définitivement.

Sur le front oriental, Tresckow est confronté à l'horreur absolue. Les atrocités commises par les SS contre les populations civiles, le fonctionnement des camps de concentration dont il prend connaissance, le poussent à rompre avec toute passivité complice. Il prend alors contact avec Ludwig Beck, Carl Friedrich Goerdeler et Hans Oster, figures centrales de la résistance militaire et civile au régime hitlérien. Sa conviction est désormais irréversible : Hitler doit être éliminé pour mettre fin à la guerre et sauver ce qui peut encore l'être de l'honneur allemand.

Le 1er avril 1942, promu Oberst à l'état-major du groupe d'armées Centre, puis récompensé le 2 janvier 1943 de la Deutsches Kreuz en or, Tresckow devient l'un des organisateurs les plus actifs des tentatives d'attentat contre le Führer. En mars 1943, il participe à un complot audacieux à Smolensk. L'explosif est dissimulé dans deux bouteilles de cognac placées à bord de l'avion qui doit ramener Hitler à Berlin. L'engin n'explose pas, probablement en raison des températures trop basses dans la soute à bagages. Fabian von Schlabrendorff, qui récupère discrètement les bouteilles à Berlin, ne partage cependant pas entièrement cette explication.

Quelques jours plus tard, le 23 mars 1943, une nouvelle tentative est organisée : le colonel von Gersdorff accepte de faire visiter à Hitler une exposition de prises de guerre, dont il est le commissaire, et se prépare à se faire sauter avec lui. Mais Hitler quitte l'exposition bien plus tôt que prévu, déjouant involontairement le complot. Ces échecs successifs ne découragent pas Tresckow, qui continue de tisser les fils d'une conspiration de plus grande envergure.

L'aboutissement de ces années de clandestinité est l'attentat du 20 juillet 1944, planifié avec Claus von Stauffenberg. Une mallette piégée est déposée dans la salle de conférence du quartier général de Hitler à Rastenburg. L'explosion tue plusieurs officiers présents, mais Hitler survit. Lorsque la nouvelle de l'échec parvient à Tresckow, sa réaction est empreinte d'une grandeur morale saisissante. Il déclare que même si l'attentat avait échoué, il fallait le tenter pour montrer au monde que des Allemands avaient osé s'opposer au tyran.

Le lendemain, le 21 juillet 1944, Henning von Tresckow se rend près d'Ostrow, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie actuelles. Il se fait sauter avec une grenade, simulant une attaque de partisans soviétiques afin de dissimuler son implication dans le complot et d'épargner à sa famille les représailles de la Gestapo. La ruse ne tient pas longtemps : la Gestapo le désigne comme le « spiritus rector », la tête pensante de la conspiration.

La vengeance du régime dépasse la mort. Son corps est exhumé et ses restes brûlés dans le crématorium du camp de concentration de Sachsenhausen, ultime profanation d'un homme qui avait tout sacrifié à ses convictions. Tresckow reste aujourd'hui dans la mémoire collective comme l'un des symboles les plus purs de la résistance allemande au nazisme, un officier qui choisit l'honneur contre l'obéissance aveugle, au prix de sa vie et de sa dépouille.

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