Constantin II naît le 2 juin 1940 au palais de Psychikó, dans la banlieue aisée d'Athènes, au sein d'une famille royale qui traverse l'une des périodes les plus tourmentées de son histoire. Fils du roi Paul Ier et de la reine Frederika de Hanovre, il voit le jour quelques semaines après que la Seconde Guerre mondiale a commencé à menacer les frontières grecques. Lorsque les forces de l'Axe envahissent la Grèce, la famille royale est contrainte à l'exil, trouvant refuge en Afrique du Sud, où le jeune Constantin passe l'essentiel de ses premières années loin de son pays natal.
De retour en Grèce en 1946, Constantin est nommé diadoque — prince héritier — lorsque son père Paul Ier monte sur le trône l'année suivante. Son éducation est confiée au pédagogue Kurt Hahn, fondateur d'une école de pensée qui privilégie l'apprentissage par l'expérience, la responsabilité individuelle et le service à la communauté. Son père l'initie également, dès son adolescence, aux réalités de la vie politique grecque, complexe et passionnée. Le jeune prince se révèle passionné de sport, discipline dans laquelle il s'illustre de façon remarquable.
En 1960, Constantin participe aux Jeux olympiques d'été de Rome, où il obtient une médaille d'or en voile aux côtés de ses coéquipiers Odysséas Eskitzóglou et Geórgios Zaïmis. Cette victoire olympique lui vaut une popularité considérable en Grèce et contribue à asseoir son image publique positive avant qu'il n'accède au trône. Après un entraînement militaire dans les trois armes des forces grecques, il se fiance à la princesse Anne-Marie de Danemark, avec qui il partage une passion pour le sport nautique.
Paul Ier meurt le 6 mars 1964, et Constantin II lui succède à l'âge de vingt-quatre ans, devenant le roi des Hellènes dans un contexte politique intérieur particulièrement agité. Il épouse la princesse Anne-Marie peu après son avènement. Les premières années de son règne sont dominées par une crise politique profonde, alimentée par ses tensions avec le Premier ministre Geórgios Papandréou, chef du Centre-Union et vainqueur des élections de 1964. Convaincu que Papandréou représente un danger pour les institutions monarchiques, Constantin déclenche en 1965 une crise constitutionnelle qui déstabilise durablement le pays en forçant la démission du gouvernement.
Cette ingérence royale dans la vie politique suscite une vive opposition populaire et affaiblit considérablement la légitimité de la monarchie. Pendant deux ans, la Grèce traverse une instabilité politique chronique, les gouvernements se succédant sans parvenir à rétablir une situation normale. Cette fragilité institutionnelle offre le prétexte à une intervention militaire que le roi n'a pas voulu mais que sa propre imprudence politique a contribué à rendre possible.
Dans la nuit du 21 avril 1967, une junte de colonels prend le pouvoir par un coup d'État. Constantin II, pris de court, choisit dans un premier temps la voie de la collaboration, espérant préserver la monarchie et influencer de l'intérieur la politique de la dictature. Mais la réalité du régime des colonels, leur brutalité envers les opposants et leur mépris pour les formes constitutionnelles, le convainquent rapidement que la collaboration est impossible. Le 13 décembre 1967, il tente un contre-coup d'État en se rendant dans le nord du pays pour rallier des unités militaires loyalistes. L'opération échoue rapidement, faute de soutien suffisant au sein de l'armée, et Constantin est contraint de partir en exil avec sa famille en Italie.
La dictature des colonels maintient formellement la monarchie pendant plusieurs années, se servant de l'institution royale comme d'une façade de légitimité, avant de la supprimer en 1973 à la suite d'un référendum organisé dans des conditions de liberté très douteuses. Constantin II s'installe d'abord au Danemark en 1973, puis au Royaume-Uni en 1974, où il vit avec sa femme Anne-Marie et leurs trois enfants : Alexia, née en 1965, Paul, né en 1967, et Nikólaos, né en 1969. Deux autres enfants naîtront en exil : Théodora en 1983 et Phílippos en 1986.
Pendant ce temps, la dictature s'effondre en 1974, après l'échec catastrophique de la politique chypriote des colonels, qui avait conduit à l'invasion turque de l'île. Une transition démocratique s'engage sous la direction de Konstantínos Karamanlís. Le 8 décembre 1974, les Grecs sont appelés à se prononcer par référendum sur la forme du régime : la Troisième République hellénique est approuvée par une majorité claire, confirmant définitivement la déposition de Constantin II et la fin de la monarchie en Grèce.
L'exil de Constantin dure des décennies. Il ne peut rentrer en Grèce qu'à deux reprises : en 1981 pour assister aux funérailles de sa mère, la reine Frederika, et brièvement en 1993 pour des vacances familiales. Le contentieux entre l'ancien roi et l'État grec porte notamment sur la propriété des biens de la famille royale, confisqués par le gouvernement. En 1991, le gouvernement Mitsotákis lui remet 68 tonnes d'objets personnels. En 2002, la Cour européenne des droits de l'homme oblige la Grèce à lui verser 12 millions d'euros en compensation de la confiscation de ses domaines.
Dans les années 2000, son travail pour le Comité international olympique lui permet de retourner en Grèce à plusieurs reprises, contribuant à une normalisation progressive de ses relations avec les autorités républicaines. En 2013, il choisit de revenir vivre dans son pays, s'installant d'abord à Porto Heli puis à Athènes, où il mène une existence relativement discrète. La publication de ses mémoires en 2015 soulève néanmoins des critiques dans une Grèce où la question monarchique reste un sujet sensible.
Privé de la citoyenneté grecque en raison de son refus d'adopter un nom de famille comme le droit grec l'exige, Constantin II voit sa santé décliner à partir de 2016, souffrant de problèmes de mobilité croissants. Il meurt le 10 janvier 2023 à Athènes, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Dernier roi de Grèce, il aura régné officiellement du 6 mars 1964 au 1er juin 1973, son destin résumant à lui seul les contradictions et les tragédies d'une monarchie grecque que l'histoire moderne n'a jamais cessé de fragiliser.