Louis-François de Boufflers appartient à cette génération de grands capitaines français qui servirent Louis XIV pendant les décennies les plus militairement actives de son long règne. Né le 10 janvier 1644 à Caigny, issu de la famille de Boufflers, une noble maison picarde dont les origines remontaient au XIIe siècle, il reçut une formation militaire à l'école des Condé et des Turenne, les deux plus grands chefs de guerre de la génération précédente, ce qui lui donna les bases d'un art militaire rigoureux et adapté aux réalités des guerres européennes de la seconde moitié du XVIIe siècle.
Sa carrière débuta dans les rangs de la cavalerie, où il se distingua comme colonel général des dragons durant la guerre de Hollande, qui opposa la France aux Provinces-Unies et à leurs alliés entre 1672 et 1678. Cette guerre fut le théâtre de ses premières actions d'éclat et lui permit de s'imposer comme un officier de valeur dans un corps d'armée particulièrement exigeant.
Il épousa Catherine Charlotte de Gramont, fille d'Antoine-Charles de Gramont, duc de Gramont, et de Marie Charlotte de Castelnau, une union qui le plaçait dans les cercles les plus élevés de la noblesse française. Le couple eut plusieurs enfants, dont Joseph Marie de Boufflers et Charlotte-Julie de Boufflers, qui devint abbesse d'Avenay.
Nommé gouverneur militaire de la province des Trois-Évêchés, Boufflers se signala en décembre 1687 par une intervention à Metz pour y rétablir l'ordre. Il rendit public le jardin Boufflers, geste qui témoignait d'une sensibilité aux questions civiles rare chez les militaires de son rang. Le 15 octobre 1688, il s'empara de la forteresse de Mayence malgré les nouvelles fortifications que l'archevêque et prince-électeur Anselm Franz von Ingelheim y avait érigées, une prise qui démontra ses talents dans la guerre de siège. En 1690, il contribua à la victoire de Fleurus, l'une des batailles les plus importantes de la guerre de la Ligue d'Augsbourg.
En 1692, succédant au duc de La Feuillade à la tête des Gardes-Françaises, Boufflers assumait l'une des fonctions les plus prestigieuses de l'armée royale. L'année suivante, il prenait Furnes et recevait la dignité de maréchal de France, récompense suprême pour un officier dont la valeur au combat n'était plus à démontrer. Son comté de Caigny fut érigé en duché en 1694, et il obtint la même année le gouvernement de Lille et de la Flandre, succédant ainsi au maréchal d'Humières. Il était également chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit depuis 1692.
La défense de Namur en 1695 constitue l'un des épisodes les plus révélateurs de sa carrière. Chargé de défendre la ville assiégée par Guillaume d'Orange, il s'y retrancha avec ses troupes dans la citadelle que Vauban avait renforcée. Pendant deux mois, les Français résistèrent avec acharnement aux assauts des assiégeants, infligeant de lourdes pertes mais en subissant elles-mêmes d'importantes. La capitulation du 5 septembre 1695, inévitable au vu du rapport de forces, fut négociée avec les honneurs militaires, préservant la dignité des défenseurs.
Lors de la guerre de Succession d'Espagne, Boufflers commanda l'armée des Flandres et s'illustra à la bataille de Nimègue, mais fut ensuite repoussé par le duc de Marlborough, le grand stratège anglais qui dominait les opérations dans les Pays-Bas espagnols. En 1704, il commandait les Gardes du corps du roi, position honorifique qui témoignait de la confiance que Louis XIV lui accordait.
Le moment le plus dramatique de sa fin de carrière fut la défense de Lille en 1708 contre les forces du prince Eugène de Savoie, après le désastre d'Audenarde. Pendant de longs mois, Boufflers tint la ville avec des forces insuffisantes face à l'un des sièges les plus méthodiques de l'époque. Sa retraite, conduite avec une maîtrise remarquable, força l'admiration même de ses adversaires. La même année 1709, il prit le commandement lors de la sanglante bataille de Malplaquet, en remplacement du maréchal de Villars blessé au combat, et dirigea la retraite française avec un sang-froid qui limita les pertes dans une situation désespérée.
Le duc de Saint-Simon, dans ses célèbres Mémoires, dressa un portrait saisissant du retour de Boufflers à Versailles après la chute de Lille, le comparant défavorablement au duc de Vendôme, toujours imbu de lui-même malgré sa défaite à Audenarde, face aux excuses humbles que Boufflers présenta au roi, lui qui venait de conduire une défense héroïque. Cette anecdote illustre la grandeur morale d'un homme que ses contemporains respectaient autant pour son caractère que pour ses talents militaires.
Louis-François de Boufflers mourut le 22 août 1711 à Fontainebleau. Son portrait fut peint par Hyacinthe Rigaud en 1694, contre cinq cents livres, et il fut immortalisé par plusieurs graveurs, dont Nicolas Arnoult et Claude Duflos. Son cénotaphe, attribué à François Girardon, se trouve dans l'église de Crillon dans l'Oise, même si son cœur, qu'il contenait, fut profané en 1794. Le 17 décembre 1711, le père de La Rue, jésuite, prononça son oraison funèbre à Paris, rendant hommage à un serviteur fidèle d'une monarchie qui avait su reconnaître en lui l'un de ses meilleurs défenseurs.