La guerre d'indépendance du Brésil constitue l'un des épisodes les plus décisifs de l'histoire de l'Amérique latine au XIXe siècle. Ce conflit, qui allait arracher le Brésil à l'emprise de la couronne portugaise et lui ouvrir les portes d'une existence nationale autonome, débuta par un acte de défi symbolique et se conclut par le départ des dernières garnisons portugaises du territoire brésilien, en novembre 1823.
Tout commença par ce que l'histoire brésilienne a retenu sous le nom de Dia do Fico — le "jour du je reste". En janvier 1822, le prince héritier Pierre, futur Pierre Ier du Brésil, refusa d'obtempérer aux ordres des Cortes portugaises qui lui intimaient de rentrer au Portugal. Ce refus, acte de rupture fondateur, incarnait le rejet par les élites brésiliennes d'une politique coloniale que Lisbonne cherchait à réimposer après les années d'ouverture qui avaient suivi le transfert de la cour royale portugaise au Brésil en 1808.
La décennie qui précédait l'indépendance avait profondément transformé le Brésil. Lorsque la famille royale portugaise, fuyant les armées napoléoniennes, s'était installée à Rio de Janeiro en 1808, le Brésil avait été élevé au rang de royaume uni au Portugal, bénéficiant d'une administration directe et d'une ouverture aux échanges commerciaux internationaux. Cette période avait développé un sentiment d'identité nationale brésilienne et des aspirations à une plus grande autonomie, que les événements libéraux de 1820 au Portugal allaient brusquement contrarier. Les Cortes portugaises souhaitaient ramener le Brésil à son statut colonial antérieur, ce que les Brésiliens refusèrent catégoriquement.
Le refus de Pierre de rentrer au Portugal transforma l'affrontement politique en conflit armé. Tout au long de l'année 1822 et jusqu'en novembre 1823, la guerre d'indépendance mêla combats terrestres et maritimes, opposant à la fois des forces régulières et des milices armées de part et d'autre. Sur mer, la flotte brésilienne, organisée avec l'aide de l'amiral britannique Lord Cochrane, joua un rôle déterminant en chassant les forces navales portugaises des côtes brésiliennes et en interceptant les renforts et les ravitaillements destinés aux garnisons loyalistes. Sur terre, les combats furent particulièrement intenses dans les provinces du nord et du nord-est du Brésil, où des garnisons portugaises résistèrent bien au-delà du 7 septembre 1822, date à laquelle Pierre proclama officiellement l'indépendance du Brésil sur les rives de l'Ipiranga.
La province de Bahia fut le théâtre de certains des affrontements les plus acharnés. Les forces portugaises s'y maintinrent avec ténacité, soutenues par des loyalistes locaux, avant d'être finalement contraintes à l'évacuation en juillet 1823. D'autres provinces du nord, comme le Maranhão et le Pará, restèrent sous contrôle portugais jusqu'à l'automne 1823, Lord Cochrane menant des expéditions décisives pour y imposer l'autorité du nouvel Empire brésilien.
C'est en novembre 1823 que les dernières garnisons portugaises quittèrent le territoire brésilien, mettant fin à cette guerre d'indépendance qui avait duré près de deux ans. Contrairement aux indépendances hispano-américaines, marquées par des décennies de conflits sanglants et de désintégration territoriale, l'indépendance du Brésil présenta la particularité d'être menée par un membre de la famille royale portugaise elle-même, ce qui conféra au processus une légitimité dynastique singulière et permit au Brésil de rester uni là où l'Amérique espagnole se fragmentait en de nombreuses républiques.
Le traité de reconnaissance de l'indépendance brésilienne par le Portugal, conclu en 1825 sous la médiation britannique, entérina définitivement la séparation. Le Brésil payait une compensation financière à Lisbonne en échange de cette reconnaissance. Pierre Ier, premier empereur du Brésil, allait régner jusqu'en 1831, laissant un pays qui, malgré ses contradictions — dont la persistance de l'esclavage, abolie seulement en 1888 —, s'était imposé comme la plus grande nation de l'Amérique latine. Cette guerre d'indépendance demeure une étape fondatrice de l'identité brésilienne, célébrée chaque année le 7 septembre comme fête nationale.