L'histoire de l'Armée populaire vietnamienne ne saurait se comprendre sans remonter aux origines profondes d'un peuple forgé par des millénaires de résistance. Depuis le troisième millénaire avant Jésus-Christ, les peuples vietnamiens qui habitaient sur le territoire de l'actuel Vietnam développèrent des traditions guerrières propres, ancrées dans la défense d'une identité culturelle menacée par des voisins puissants. Les dynasties chinoises successives, qu'il s'agisse des Song, des Ming ou des Qing, se heurtèrent à une résistance farouche de la part des Vietnamiens, qui remportèrent à plusieurs reprises des victoires décisives contre des forces numériquement et technologiquement supérieures.
Les guerres de la dynastie Trần, qui régna de 1225 à 1400, occupent une place particulière dans cet héritage militaire. C'est sous cette dynastie que les armées vietnamiennes vainquirent les Mongols de Kubilaï Khan, l'un des empires les plus redoutables de l'histoire mondiale, réalisant un exploit comparable à celui du Japon face aux mêmes envahisseurs. Cette capacité à triompher d'adversaires en apparence irrésistibles allait devenir une constante de la culture militaire vietnamienne, une leçon que Võ Nguyên Giáp méditerait des siècles plus tard.
L'histoire moderne de l'armée commence avec l'invasion japonaise de l'Indochine française. Le Japon vainquit rapidement la résistance de l'administration coloniale française, qui était en outre compromise par son obédience envers le régime de Vichy sous la direction du gouverneur général, l'amiral Jean Decoux. Dans ce contexte d'effondrement des structures coloniales, le Parti communiste indochinois, seule organisation véritablement structurée et efficace en Indochine, prit la tête de la résistance. C'est lui qui mit en place les premières actions de harcèlement contre l'occupant japonais, organisant des opérations de renseignement, des sabotages de postes isolés et le sauvetage de pilotes alliés, avec le soutien du Détachement 101 de l'OSS américain à travers l'état-major des forces alliées de Kunming.
La Brigade d'Armée, première force régulière de ce qui allait devenir l'Armée populaire vietnamienne, fut créée le 22 décembre 1944, sur une directive de Hô Chi Minh. Cette date est depuis lors célébrée comme l'acte de naissance de l'armée nationale vietnamienne. À ses débuts, cette formation était composée en grande partie de montagnards de la haute région du Viêt Bac, à la frontière avec le Yunnan chinois, des hommes souvent démunis en armement mais porteurs d'une détermination sans faille. L'OSS américain les appuya de quelques armes légères dans le cadre de l'effort de guerre allié contre le Japon.
Cette brigade constitua le noyau de la révolution d'Août 1945, soulèvement populaire qui aboutit à la déclaration d'indépendance du Vietnam, proclamée le 2 septembre 1945 par Hô Chi Minh sur la place Ba Dinh à Hanoï. Cette date marque la naissance de la République démocratique du Vietnam et l'entrée de l'armée populaire dans l'ère moderne. Võ Nguyên Giáp, le général qui avait organisé et commandé la brigade depuis ses origines, devint l'un des stratèges militaires les plus respectés du vingtième siècle.
Ses deux compagnons, Lê Đức Thọ et Phạm Văn Đồng, jouèrent également un rôle fondamental dans la construction de l'institution militaire et de l'État vietnamien. Ensemble, ils forgèrent une armée qui sut adapter la doctrine militaire aux réalités d'un pays rural, pauvre en moyens matériels mais riche en mobilisation populaire. La guerre du peuple, théorisée et mise en pratique par Giáp, reposait sur l'implication de l'ensemble de la société dans l'effort de défense, effaçant les frontières entre combattants et civils.
Les guerres qui suivirent furent d'une durée et d'une intensité exceptionnelles. D'abord contre la France coloniale qui cherchait à restaurer son empire, puis contre les États-Unis qui s'engagèrent de plus en plus profondément dans le conflit à partir des années 1950 et surtout des années 1960, l'armée populaire vietnamienne démontra une résilience qui stupéfia le monde entier. La bataille de Diên Biên Phu en 1954, qui vit la défaite totale du corps expéditionnaire français, fut l'illustration la plus éclatante de cette capacité à vaincre une puissance militaire moderne.
La piste Hô Chi Minh illustra parfaitement la dimension totale de cet effort de guerre. Ce réseau de sentiers et de routes qui traversait les forêts et les montagnes du Laos et du Cambodge pour ravitailler les forces combattant au Sud-Vietnam fut l'un des exploits logistiques les plus remarquables de l'histoire militaire contemporaine. Soumise à des bombardements incessants, sans cesse reconstruite par des milliers de volontaires, cette piste devint le symbole de la volonté vietnamienne. Après la guerre, elle fut transformée en autoroute Hô Chi Minh, symbolisant le passage de l'état de guerre à la reconstruction nationale.
À la fin des guerres d'indépendance en 1975, l'Armée populaire vietnamienne était devenue l'une des forces armées les plus expérimentées du monde, aguerrie par trente ans de combats quasi continus. Sa devise, « Quyết thắng », qui signifie « détermination de gagner », inscrite en jaune sur son drapeau, résumait parfaitement l'esprit qui l'avait animée. Après la réunification du pays sous la République socialiste du Vietnam, l'armée entama une difficile reconversion, devenant à la fois instrument de défense nationale et acteur du développement économique.
Aujourd'hui, l'Armée populaire vietnamienne est la composante principale des forces armées populaires du Vietnam et comprend les forces terrestres, la marine, l'armée de l'air, les forces de défense des frontières et les garde-côtes. Le Vietnam est reconnu comme la puissance militaire régionale de l'Asie du Sud-Est, héritier d'une tradition guerrière millénaire que l'armée populaire a su porter et perpétuer dans les épreuves les plus extrêmes de l'histoire contemporaine.

