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André Maginot

Homme politique français, du début du XXe siècle

6 min01/01/2024
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André Maginot naît le 17 février 1877 au 31 de la rue Saint-Lazare, dans le 9e arrondissement de Paris, d'un père maître-clerc de notaire originaire de Lorraine, plus précisément de Revigny-sur-Ornain dans la Meuse, et d'une mère professeure d'anglais d'ascendance britannique. Cette double origine, parisienne et lorraine, marque profondément un homme dont le nom deviendra indissociable de la défense du territoire français contre l'Allemagne.

Brillant élève, il entame des études à la faculté de droit de l'université de Paris, où il obtient une licence à vingt ans avant de s'inscrire à l'École libre des sciences politiques en juin 1897, dont il sort major de la section administrative. Un service militaire effectué à Bar-le-Duc, durant lequel ses supérieurs le décrivent ironiquement comme « peu militaire », précède son retour à Paris pour y préparer son doctorat en droit. Il est admis au Conseil d'État, puis suit Charles Jonnart au gouvernement général d'Alger en 1903.

Revenant dans sa Meuse natale, il épouse sa cousine au quatrième degré, Marie Eugénie Charlotte Dargent, née à Revigny-sur-Ornain en 1881, issue d'une ancienne famille bourgeoise. Ce bonheur conjugal sera de courte durée : elle meurt en couches en décembre 1909. Ce deuil, conjugué aux souffrances physiques qu'il connaîtra plus tard, forge un caractère trempé dans l'adversité.

Sa carrière politique débute comme conseiller général de Revigny-sur-Ornain, avant qu'il ne soit élu en 1910 député de Bar-le-Duc, mandat qu'il conservera jusqu'à sa mort. Il remplace à ce poste le nationaliste Henry Ferrette et s'impose progressivement comme une voix lorraine influente au Palais-Bourbon. Secrétaire de la Chambre en 1912 et 1913, il s'abstient lors du vote sur le traité de Fès avec l'Allemagne, fidèle à une sensibilité lorraine particulièrement attentive aux questions de frontières et de sécurité. En 1913, il soutient la loi des Trois ans avant de devenir sous-secrétaire d'État à la Guerre.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, Maginot, pourtant homme politique en vue, demande à s'engager comme simple soldat au 44e régiment territorial. Il rejoint une compagnie sur les Hauts de la Meuse et y crée des patrouilles régulières. Son courage au combat lui vaut de rapidement accéder au grade de sergent. Le 9 novembre 1914, il est grièvement blessé par deux balles à la cuisse gauche. Le canonnier François Coeyman, originaire de Wasquehal, le sauve et le ramène vers les lignes françaises dans un acte d'héroïsme qui restera gravé dans sa mémoire. Après cet épisode, il ne retourne plus au front, mais reçoit la médaille militaire avec citation à l'ordre de l'Armée, après avoir déjà été cité à l'ordre de la division à trois reprises. Les douleurs liées à ses blessures ne le quitteront plus jamais complètement, nécessitant de nombreuses opérations du genou et de longs mois de souffrances.

Cette expérience du front transforme profondément Maginot. Ayant vu de ses propres yeux ce que signifie se battre sur le territoire lorrain, il consacre la suite de sa carrière politique à faire en sorte que la France ne soit jamais à nouveau exposée à une telle vulnérabilité. En 1917, il devient ministre des Colonies et entre dans le comité de la Guerre. Après l'armistice, il refuse la coalition du Bloc national et est réélu, moins confortablement, en 1919. Le 12 mars 1919, il est fait chevalier de la Légion d'honneur pour ses actes au front.

Il prend également la présidence, de 1918 jusqu'à sa mort, de la Fédération nationale des mutilés, association d'anciens combattants fondée en 1888 qui deviendra officiellement la Fédération nationale André Maginot en 1953. Cette engagement illustre sa préoccupation constante pour les hommes qui ont payé de leur corps le conflit mondial. Nommé ministre des Pensions en 1920, poste qu'il crée lui-même, il s'attache à humaniser une bureaucratie souvent indifférente à la détresse des anciens combattants, leur facilitant l'accès à des droits chèrement acquis.

Deux dates symboliques marquent sa carrière de mémoire : le 10 novembre 1920, il préside dans la citadelle de Verdun à la désignation du soldat inconnu, cérémonie fondatrice du souvenir républicain. Le 11 novembre 1923, c'est lui qui allume pour la première fois la flamme sous l'Arc de Triomphe, geste qui deviendra l'un des rites les plus solennels de la République française.

Nommé ministre de la Guerre en 1922, il s'engage dans le projet qui immortalisera son nom. Tirant les leçons stratégiques de la Grande Guerre, persuadé que la France doit se prémunir contre toute nouvelle agression allemande ou italienne, il milite avec acharnement pour la construction d'une ligne de défense permanente le long de la frontière nord-est. Ce projet titanesque, approuvé après des années de débats parlementaires et de négociations budgétaires difficiles, débute sa réalisation dans les années 1929 et 1930. La ligne qui portera son nom, un réseau de fortifications souterraines s'étendant sur plusieurs centaines de kilomètres, représente un effort considérable d'ingénierie militaire.

André Maginot s'éteint le 7 janvier 1932 à Paris, emporté par une fièvre typhoïde, sans avoir vu l'achèvement complet de l'ouvrage défensif qui porte son nom. La ligne Maginot, dont la construction se poursuivit jusqu'au début des années 1940, devint paradoxalement célèbre pour avoir été contournée plutôt que franchie par les armées allemandes en mai 1940. Ce paradoxe de l'histoire ne doit pas faire oublier la sincérité d'un homme qui avait vécu la guerre dans sa chair et consacré sa vie publique à en préserver son pays.

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