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Guerre civile syrienne

Conflit interne syrien (2011-2024)

7 min01/01/2024
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Le 15 mars 2011, quelques centaines de manifestants descendent dans les rues de Deraa, une ville du sud de la Syrie, pour réclamer des réformes politiques et la libération de jeunes détenus. La police du régime tire sur la foule. Ce jour-là, sans que quiconque puisse encore le pressentir, commence l'un des conflits les plus dévastateurs du vingt et unième siècle, une guerre civile qui durera plus de treize ans et transformera un pays entier en ruines.

La Syrie de 2011 est gouvernée depuis décembre 2000 par Bachar el-Assad, qui a succédé à son père Hafez el-Assad après trente ans de règne autoritaire. Le régime du parti Baas, fondé sur une alliance entre minorités confessionnelles, appareil sécuritaire tentaculaire et élites économiques liées au pouvoir, n'a jamais toléré la moindre opposition. Lorsque le Printemps arabe secoue le monde arabe, de la Tunisie à l'Égypte, la contestation gagne inévitablement la Syrie.

Les premières semaines sont celles d'une répression féroce. Les services de sécurité tirent sur les manifestants, arrêtent des milliers de personnes, torturent dans les geôles. Loin d'étouffer le soulèvement, cette violence le répand à travers tout le pays, de Damas à Alep, de Homs à Latakié. En juillet 2011, des officiers et soldats déserteurs fondent l'Armée syrienne libre, premier noyau d'une rébellion armée organisée. En septembre de la même année, l'opposition politique en exil se structure autour du Conseil national syrien, suivi en novembre 2012 par la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution.

Le conflit prend rapidement une dimension internationale. La Turquie, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie, les États-Unis et la France apportent financements et armements à l'opposition. L'Iran, en revanche, se range immédiatement aux côtés de Damas, envoyant des officiers des Gardiens de la révolution islamique et facilitant le déploiement de milices chiites venues du Liban avec le Hezbollah, d'Irak avec l'Organisation Badr, et d'Afghanistan avec la Division des Fatimides. En 2012 et 2013, les rebelles s'emparent de vastes territoires au nord et à l'est du pays, tandis que le régime résiste dans le sud et l'ouest.

Mais la nature du conflit se complique rapidement. L'Armée syrienne libre, fragmentée et mal coordonnée, est progressivement supplantée par des groupes islamistes plus disciplinés. Ahrar al-Cham, Jaych al-Islam et surtout le Front al-Nosra, reconnu en 2013 comme la branche syrienne d'al-Qaïda, prennent une place croissante dans la rébellion. Pendant ce temps, au nord du pays, le Parti de l'union démocratique et sa branche armée, les Unités de protection du peuple, prennent le contrôle des régions à majorité kurde dès 2012.

L'année 2014 marque un tournant avec l'irruption d'un acteur radicalement nouveau. L'État islamique en Irak et au Levant, rebaptisé simplement État islamique, surgit avec une violence stupéfiante, s'emparant de vastes territoires à l'est de la Syrie et au nord-ouest de l'Irak. En juin 2014, il proclame la restauration du califat. Ses exactions d'une cruauté sans précédent et sa capacité à attirer des combattants du monde entier en font une menace d'une nature inédite. En septembre 2014, une coalition internationale menée par les États-Unis commence des frappes aériennes en Syrie, choisissant d'appuyer militairement les forces kurdes.

Cette alliance américano-kurde porte ses fruits. En janvier 2015, après des semaines de combats acharnés, les Unités de protection du peuple remportent la bataille de Kobané, infligeant à l'État islamique sa première défaite symbolique majeure. En octobre 2015, une alliance élargie baptisée Forces démocratiques syriennes est formée. Leur campagne aboutit en octobre 2017 à la chute de Raqqa, capitale syrienne autoproclamée de l'État islamique. Mais cette avancée crée de nouvelles tensions avec la Turquie, qui attaque les Forces démocratiques syriennes en 2018 en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan.

La Russie entre dans le conflit en septembre 2015 en intervenant militairement aux côtés de Damas. Cette intervention change profondément le rapport de forces. Avec le soutien de l'aviation russe et des milices iraniennes au sol, l'armée syrienne engrange des victoires décisives. Alep, deuxième ville du pays, tombe en décembre 2016 après un siège brutal. Homs est reprise en mai 2017, Deir ez-Zor en novembre 2017, la Ghouta orientale en mai 2018, Deraa en juillet 2018. Le régime semble avoir consolidé son emprise sur les principales villes du pays.

Puis vient une longue période de guerre larvée et de front figé, où aucune partie ne semble capable d'imposer une solution définitive. Les négociations internationales patinent, les populations civiles continuent de fuir par millions. Le bilan humain s'alourdit inexorablement : des centaines de milliers de morts, plusieurs millions de déplacés internes, des millions de réfugiés dispersés à travers le monde, dont une grande partie en Turquie, au Liban et en Jordanie.

Fin novembre 2024, le conflit connaît un retournement spectaculaire et inattendu. Hayat Tahrir al-Cham, groupe islamiste dirigeant la région d'Idlib, lance une offensive foudroyante en direction d'Alep. L'armée syrienne, épuisée et rongée par des années de corruption et de démobilisation, s'effondre en quelques jours. Les villes tombent en cascade, comme des dominos. En douze jours seulement, l'ensemble des grandes cités passent aux mains de l'opposition. Le 8 décembre 2024, Bachar el-Assad quitte Damas et s'enfuit en Russie, mettant fin à plus de cinquante ans de règne de la famille Assad sur la Syrie.

La guerre civile syrienne laisse derrière elle un pays ravagé, dont les infrastructures sont détruites à grande échelle et dont le tissu social a été profondément déchiré. Elle aura été le miroir d'un monde multipolaire incapable de s'entendre, un laboratoire tragique des conflits par procuration, et une catastrophe humanitaire parmi les plus graves de l'histoire récente.

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