Le 2 août 1990, les chars irakiens franchissent la frontière koweïtienne dans les premières heures du matin, et en quelques heures, la petite monarchie pétrolière est entièrement occupée. Cet acte d'agression du président irakien Saddam Hussein contre le Koweït déclenche une crise internationale sans précédent depuis la guerre froide et aboutit à l'un des conflits les plus médiatisés du XXe siècle : la guerre du Golfe, qui oppose l'Irak à une coalition de trente-cinq États dirigée par les États-Unis du 2 août 1990 au 28 février 1991.
Pour comprendre les ressorts de cette crise, il faut remonter aux années précédentes. Depuis la révolution de 1958, l'Irak était aligné sur l'Union soviétique, ce qui en faisait un partenaire difficile pour Washington. Les États-Unis l'inscrivent d'ailleurs sur leur liste des États soutenant le terrorisme en décembre 1979. La donne change avec la guerre Iran-Irak, déclenchée en septembre 1980 par l'invasion iranienne : Washington, soucieux d'empêcher la victoire de Téhéran, commence à soutenir discrètement Bagdad, en lui fournissant des ressources, un soutien politique et quelques avions dits non militaires. En mars 1982, face aux succès de la contre-offensive iranienne lors de l'opération Victoire indéniable, les États-Unis intensifient leur aide à l'Irak et le retirent de leur liste noire. En novembre 1983, après l'expulsion d'Abou Nidal vers la Syrie par Saddam Hussein, l'administration Reagan envoie Donald Rumsfeld rencontrer le président irakien en tant qu'envoyé spécial. Même l'attaque accidentelle de la frégate américaine Stark par un avion irakien, le 17 mai 1987, qui coûte la vie à trente-sept marins, ne rompt pas cette coopération militaire qui se prolonge jusqu'en 1988.
La fin de la guerre Iran-Irak en août 1988 laisse Saddam Hussein à la tête d'une armée pléthorique et endettée. Après avoir sollicité en vain l'annulation des dettes contractées auprès des monarchies du Golfe, notamment le Koweït, et accusé ce dernier de voler le pétrole irakien du champ de Rumayla, il décide d'envahir le petit émirat. La réponse internationale est immédiate et sans précédent. Le Conseil de sécurité des Nations unies vote une série de résolutions exigeant le retrait irakien inconditionnel, et la communauté internationale se mobilise pour constituer une coalition sous commandement américain.
La guerre se divise en deux phases distinctes. La première, l'opération Bouclier du désert, s'étend du 2 août 1990 au 17 janvier 1991. Durant cette période, les troupes de la coalition s'accumulent en Arabie saoudite pour protéger le royaume contre une éventuelle offensive irakienne et préparer la riposte. Au pic du déploiement, plus de sept cent mille soldats sont rassemblés dans la région. Des tentatives diplomatiques de dernière minute échouent à obtenir un retrait irakien.
La seconde phase, l'opération Tempête du désert, commence le 17 janvier 1991 par une campagne aérienne et navale d'une intensité sans précédent. Pendant trente-huit jours, des milliers de sorties aériennes frappent les installations militaires, les infrastructures et les forces irakiennes au Koweït et en Irak. L'Irak riposte en lançant des missiles Scud contre des cibles militaires de la coalition en Arabie saoudite et contre Israël, dans l'espoir de provoquer une réaction israélienne qui ferait voler en éclats la coalition arabe. Israël, sous pression américaine, s'abstient de répliquer. Le 24 février 1991, l'assaut terrestre est lancé. Cent heures plus tard, les forces de la coalition ont libéré le Koweït et avancé en territoire irakien. Un cessez-le-feu est déclaré le 28 février 1991.
La guerre du Golfe a marqué l'histoire à plus d'un titre. Elle est la première à avoir été diffusée en direct à la télévision mondiale, principalement grâce au réseau CNN, transformant le conflit en spectacle médiatique planétaire. Elle est également surnommée la « guerre de jeu vidéo » en raison des images de bombardements de précision filmées par des caméras embarquées à bord des aéronefs, donnant l'illusion d'une guerre propre et chirurgicale. La réalité sur le terrain était évidemment tout autre, avec des pertes civiles et des destructions massives.
La décision de la coalition de ne pas marcher sur Bagdad et de ne pas renverser Saddam Hussein demeure l'un des choix les plus débattus de la guerre. Elle fut justifiée par la résolution du mandat de l'ONU, qui n'autorisait que la libération du Koweït, et par la crainte de déstabiliser l'équilibre régional. Saddam Hussein resta au pouvoir pendant encore douze ans, jusqu'à la guerre d'Irak de 2003, qui tient elle aussi ses racines, en partie, dans le conflit inachevé de 1991.