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George Shearing

Musicien de Jazz

4 min01/01/2024
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George Shearing naît le 13 août 1919 à Battersea, dans le quartier populaire de Londres, dernier d'une fratrie de neuf enfants. Son père est livreur de charbon et sa mère femme de ménage, deux professions qui résument l'environnement modeste dans lequel se déroule son enfance. Mais ce qui distingue immédiatement George des autres enfants de son entourage, c'est sa cécité congénitale : il naît aveugle, une condition qui pourrait sembler un obstacle insurmontable, mais qui se révèle ne pas freiner le moins du monde son extraordinaire talent musical.

Dès l'âge de trois ans, Shearing commence à apprendre le piano, démontrant une aptitude précoce qui étonne son entourage. Il passe quatre ans à l'école pour aveugles Linden Lodge, où il reçoit une formation structurée et où son don musical est reconnu et encouragé. Bien qu'on lui propose plusieurs bourses pour poursuivre ses études, le jeune George préfère jouer du piano et de l'accordéon dans un pub de son quartier, choisissant l'expérience concrète de la scène plutôt que l'enseignement académique. À cette époque, il est profondément influencé par les enregistrements de Teddy Wilson et de Fats Waller, deux pianistes de jazz qui définissent le swing américain.

Les débuts professionnels de Shearing sont précoces et rapides. Il commence à enregistrer dès 1937 en compagnie de Leonard Feather, critique et musicien influent de la scène jazz britannique. En 1940, il rejoint le groupe d'Harry Parry, puis est engagé en 1942 pour jouer aux côtés de Stéphane Grappelli, le célèbre violoniste français associé à Django Reinhardt, dont le quartet comprend alors Dave Fullerton à la batterie, George Gibbs et Jack Llewelyn à la guitare. Ces collaborations lui permettent d'affiner son style et de se faire connaître dans les milieux musicaux londoniens. Il remporte à plusieurs reprises des sondages organisés par le prestigieux magazine Melody Maker, qui consacrent sa réputation dans le milieu du jazz britannique.

L'année 1947 marque un tournant décisif dans sa carrière : Shearing débarque à New York, la capitale mondiale du jazz. Son style harmoniquement complexe, qui fusionne le swing, le bebop naissant et les influences de la musique classique, séduit immédiatement le public et les musiciens américains. Il joue avec Oscar Pettiford et Buddy DeFranco, deux figures majeures du jazz d'après-guerre. En 1949, il franchit une étape supplémentaire en formant son premier quintet sous son nom, avec une formation innovante composée de Margie Hyams au vibraphone, Chuck Wayne à la guitare, John Levy à la contrebasse et Denzil Best à la batterie.

Ce quintet enregistre pour les labels Discovery, Savoy et MGM, où il connaît un succès considérable avec le titre September in the Rain, qui s'écoule à 900 000 exemplaires. La formation connaît quelques évolutions de personnel au fil des ans : Margie Hyams au vibraphone est remplacée successivement par Don Elliott puis Cal Tjader, tandis que Chuck Wayne à la guitare cède sa place à un certain Toots Thielemans, présenté alors sous le nom de John Tillman, qui restera sept ans au sein du groupe. En mai 1958, Peggy Lee se joint au quintet pour un engagement à l'hôtel Ambassador de Miami Beach. À l'initiative du producteur Dave Cavanaugh, leur collaboration est enregistrée sous le titre Beauty and the Beat, considéré à l'époque comme le meilleur enregistrement public de jazz, même si des analyses ultérieures établissent qu'il s'agissait en réalité d'un enregistrement en studio.

La signature distinctive de George Shearing sur le plan technique est son utilisation des block chords, une technique pianistique consistant à harmoniser les mélodies en jouant simultanément des accords complets pour souligner chaque note de la ligne mélodique. Cette approche, inspirée du style de Milt Buckner, confère à sa musique une plénitude sonore immédiatement reconnaissable. Son intérêt profond pour la musique classique transparaît dans ses solos, où résonnent des réminiscences d'Erik Satie, de Frederick Delius ou de Claude Debussy, et se concrétise lors de concerts avec des orchestres symphoniques dans les années 1950 et 1960.

Après avoir enregistré pour Capitol Records jusqu'en 1969, Shearing crée son propre label, Sheba, qui fonctionne quelques années. En 1970, il commence à se lasser de la formule du quintet, qu'il finit par dissoudre en 1978. Il retrouve Stéphane Grappelli lors d'un enregistrement intitulé The Reunion en 1976, avec Andy Simpkins et Rusty Jones. Il joue en trio, en solo et en duo avec des partenaires tels que Marian McPartland, Hank Jones, Wes Montgomery et Jim Hall. Sa collaboration avec le chanteur Mel Tormé, initiée en 1979 chez Concord Records, lui vaut deux Grammy Awards en 1983 et 1984, venant couronner une carrière jalonnée de récompenses, parmi lesquelles un Ivor Novello Lifetime Achievement Award en 1994.

George Shearing publie ses mémoires en 2004 sous le titre Lullaby of Birdland. Une chute peu après l'oblige à mettre fin à ses apparitions en public. Il meurt à New York le 14 février 2011, à l'âge de 91 ans, laissant derrière lui une œuvre qui aura façonné durablement le langage du jazz occidental. Sa longévité artistique et sa capacité à traverser les décennies sans jamais perdre de sa pertinence musicale font de lui l'un des pianistes de jazz les plus respectés du vingtième siècle.

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