misterios

Grégoire IX

178e pape de l’Église catholique, de 1227 à 1241

5 min01/01/2024
Anúncio

Ugolino de Anagni, né vers 1145 ou avant 1170, issu de la famille noble des comtes de Segni, gravit les échelons de la hiérarchie catholique avec une ténacité qui annonçait la fermeté de son pontificat futur. Cousin du pape Innocent III et successeur d'Honorius III, il fut élevé au rang d'évêque d'Ostie en 1206, poste qu'il occupa pendant vingt et un ans avant d'accéder au trône pontifical en 1227 sous le nom de Grégoire IX. Il allait régner jusqu'à sa mort le 22 août 1241, devenant le 178e pape de l'Église catholique, laissant une empreinte profonde sur l'institution ecclésiale et sur les rapports entre l'Église et les puissances temporelles de son époque.

Héritier des grandes traditions de Grégoire VII, ce pape s'inscrivit dans la lignée des théocraties pontificales affirmées. Avec son successeur Innocent IV, il reprit les théories de son cousin Innocent III justifiant la souveraineté absolue du pape par des arguments aussi variés que la fausse donation de Constantin, le transfert du pouvoir impérial d'Orient vers l'Occident, ou encore la théorie des deux glaives selon laquelle le pouvoir spirituel prime sur le temporel. Ces fondements théologiques et juridiques allaient sous-tendre ses conflits récurrents avec les grands souverains de son temps.

L'un des premiers actes de son pontificat fut d'une brutalité politique sans ambiguïté : la suspension, puis l'excommunication de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, souverain du Saint-Empire romain germanique. Le prétexte initial était le retard pris par l'empereur à entreprendre la sixième croisade, engagement qu'il avait pourtant solennellement promis. La première excommunication fut prononcée en 1227 dans la cathédrale d'Anagni, accompagnée de menaces de déposition formelle. Frédéric II réagit en se plaignant de ce traitement auprès des autres souverains européens et tenta même une invasion des États pontificaux en 1228, offensive qui échoua. Contraint à plus de souplesse diplomatique, l'empereur dut implorer l'absolution et obtenir la levée de l'excommunication.

Dans un registre intellectuel, Grégoire IX s'illustra en publiant le 13 avril 1231 la bulle Parens Scientiarum Universitas, un document fondateur qui traitait des privilèges et des interdits concernant les universitaires. Cette bulle, adressée à l'Université de Paris, régulait les conditions d'enseignement et d'étude, mais révélait aussi les réticences du pape à l'égard de certains usages de la philosophie. Méfiant vis-à-vis de la dialectique, il limitait le rôle de la logique à celui d'un simple instrument et ramenait la philosophie à sa fonction dialectique en enjoignant aux maîtres de théologie de ne pas faire ostentation de philosophie.

Les relations du pape avec la ville de Rome elle-même furent loin d'être pacifiques. En 1232, les Romains se soulevèrent contre lui, le contraignant à l'exil à Anagni. Ironiquement, il dut alors faire appel à Frédéric II, son adversaire de naguère, pour obtenir son aide contre les citoyens de la Ville éternelle. Cet épisode illustre bien la complexité des jeux d'alliances de l'époque, où les ennemis d'hier pouvaient devenir les alliés du lendemain selon les circonstances.

Une lettre pontificale datée du 2 juillet 1233 permet de mesurer l'étendue de l'autorité spirituelle exercée par Grégoire IX. Ce document précise les abbayes placées sous sa juridiction en France, couvrant des diocèses aussi divers que Bourges, Sens, Meaux, Arras, Orléans, Senlis, Noyon, Rouen et Cambrai, sans oublier des territoires italiens, danois et même anglais. Cette correspondance illustre la portée véritablement internationale du pouvoir papal.

Sur le plan juridique, son pontificat fut marqué par un travail considérable de codification. En 1234, il fit réunir la Nova Compilatio Decretalium, ou Nouvelle compilation des décrétales, recueil systématisant le droit canonique et destiné à servir de référence universelle pour l'Église. Cet effort de rationalisation juridique témoigne d'un pontife soucieux de doter l'institution ecclésiale d'un cadre normatif cohérent et applicable.

Grégoire IX fut également l'auteur de canonisations marquantes. Il canonisa personnellement des figures qu'il avait eu l'occasion de connaître de son vivant, notamment sainte Élisabeth de Hongrie, Dominique de Guzmán, fondateur de l'ordre des Prêcheurs, Antoine de Padoue et François d'Assise, le Poverello d'Assise dont la spiritualité avait profondément marqué son époque. Ces canonisations n'étaient pas seulement des actes de piété ; elles renforçaient également le prestige de l'Église et consolidaient les liens avec les ordres mendiants.

C'est précisément aux franciscains et aux dominicains que Grégoire IX confia en 1231 l'exécution d'une institution dont l'impact allait traverser les siècles : l'Inquisition. En retirant au pouvoir laïque la compétence doctrinale de juger les hérésies, il plaçait cette mission redoutable entre les mains des frères mendiants. Faute d'effectifs suffisants, l'Inquisition dut cependant s'appuyer sur les princes locaux, qui surent habilement tirer parti de cette situation pour renforcer leurs propres pouvoirs.

Parmi ses actes les plus controversés figure la bulle Vox in Rama, promulguée en 1233 à la demande de son inquisiteur en Allemagne, Conrad de Marbourg. Ce document, premier acte pontifical explicitement dirigé contre les sorcières dans l'histoire, décrivait le sabbat des sorciers et leur culte du diable avec un détail saisissant. Fait remarquable, cette bulle désignait le chat et le crapaud comme des incarnations du Diable, engendrant une hostilité institutionnelle envers ces animaux qui contribua à une réduction significative de la population féline dans les années suivant sa publication.

Les hostilités avec Frédéric II reprirent avec une nouvelle vigueur à la fin du pontificat. En 1239, Grégoire IX renouvela l'excommunication de l'empereur, déclenchant une nouvelle guerre dont il ne vit pas l'issue. Il mourut le 22 août 1241, en plein conflit, laissant à ses successeurs le soin de résoudre une opposition qui avait structuré une grande partie de son règne. Son pontificat, riche en contradictions entre le zèle intellectuel et la dureté institutionnelle, entre la canonisation de figures évangéliques et la création de l'Inquisition, demeure l'un des plus significatifs de l'histoire médiévale de l'Église.

Anúncio
Anúncio

Lisez celle-ci et plus de 800 autres histoires dans l’app World in Stories — gratuit

Histoires en vidéo, shorts, mystères et « c’est arrivé un jour comme aujourd’hui ». Téléchargement gratuit, sans carte.

Télécharger l’app — gratuit

iPhone, iPad & Android • PT, EN, ES, DE, FR

Related Stories