John Holbrook Vance naît le 28 août 1916 à San Francisco, en Californie, dans une ville qui porte en elle le mythe de la frontière et de l'aventure. Connu dans le monde littéraire sous le nom de Jack Vance, il publie également sous plusieurs pseudonymes — Peter Held, John Holbrook, John van See, Alan Wade — et rédige même trois romans policiers sous le pseudonyme d'Ellery Queen : The Madman Theory, The Four Johns et A Room to Die in. Cet usage de multiples identités littéraires témoigne de la plasticité créative d'un auteur capable de naviguer entre les genres avec une aisance remarquable.
Les origines de Vance plongent dans la saga de la Californie pionnière : son grand-père serait arrivé en provenance du Michigan une décennie avant la ruée vers l'or et aurait épousé une fille de San Francisco, ancrant ainsi la famille dans cette région du bout du monde américain. La petite enfance de Jack se passe dans la ville qui l'a vu naître, mais la séparation de ses parents le conduit à être emmené par sa mère dans le ranch californien de son grand-père maternel, situé près d'Oakley, dans le delta de la rivière Sacramento. Ce cadre rural, entre ciels immenses et horizons agricoles, développe chez lui un amour durable pour le plein air et lui offre le temps de s'adonner à sa passion de lecteur vorace.
La mort du grand-père prive la famille de sa fortune et contraint le jeune Vance à interrompre ses études pour travailler. Il exerce successivement de nombreux métiers sur de courtes périodes : groom dans un hôtel, ouvrier dans une conserverie, employé sur une drague d'or. Ces expériences variées nourrissent son imagination et lui fournissent une connaissance directe du monde du travail manuel qu'il réinvestira dans son écriture. Il finit par entrer à l'université de Californie à Berkeley, où il étudie le génie minier, la physique, le journalisme et l'anglais pendant six ans. C'est dans ce cadre académique qu'il rédige l'une de ses premières nouvelles de science-fiction pour un devoir de classe, et reçoit de son professeur une réaction méprisante, sa toute première critique négative.
Avant d'obtenir son diplôme en 1942, Vance travaille comme électricien dans les chantiers navals de Pearl Harbor, à Hawaii, pour cinquante-six cents de l'heure. Il quitte l'archipel environ un mois avant l'attaque japonaise du 7 décembre 1941, qui plongera les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Une faible acuité visuelle le dispense du service militaire, mais il s'engage dans l'armée marchande, memorisant au préalable un tableau optique pour tromper les examens médicaux, et devient matelot qualifié en 1943. Ces années de navigation sur des navires de commerce, à travers des eaux potentiellement dangereuses, marquent durablement son œuvre, dans laquelle les voyages en mer et les bateaux reviennent comme motifs récurrents.
C'est pendant cette période nomade qu'il compose ses premières nouvelles, rassemblées dans le recueil Un monde magique. Sa première publication professionnelle, The World-Thinker, paraît en 1945 dans le magazine Thrilling Wonder Stories. En 1946, il rencontre et épouse Norma Genevieve Ingold, une autre Californienne avec laquelle il bâtit une vie à Oakland. Le couple effectue de nombreux voyages à travers le monde, séjournant souvent plusieurs mois à la fois en Irlande, à Tahiti, en Afrique du Sud, à Positano en Italie et en péniche sur le lac Nagin au Cachemire. Ces pérégrinations enrichissent considérablement l'univers imaginaire de Vance, dont les récits sont peuplés de mondes exotiques et de cultures étranges à la crédibilité remarquable.
L'œuvre de Jack Vance s'étend sur plus de soixante ans de production littéraire et couvre aussi bien la science-fiction que la fantasy et le roman policier. Il reçoit le prix Edgar en 1960, le prix Hugo en 1963 et 1967, le prix Nebula en 1966, le prix Jupiter en 1975, le prix Achievement en 1984, le prix GilgamXs en 1988 et le World Fantasy Award en 1990. En 1961, il reçoit le prix Edgar-Allan-Poe pour son roman policier L'Homme en cage. En 1997, la Science Fiction and Fantasy Writers of America lui accorde la distinction honorifique de Grand Maître, la plus haute reconnaissance décernée par cette association professionnelle aux auteurs dont l'œuvre a marqué de manière durable le genre.
L'influence de Jack Vance sur la littérature de genre est profonde et largement reconnue. Sa science-fiction picaresque, peuplée de planètes aux civilisations baroques et d'aventuriers cyniques naviguant dans un univers moralement ambigu, a ouvert des voies nouvelles que des générations d'auteurs ont empruntées après lui. Robert Silverberg, auteur du Château de Lord Valentin, reconnaît sa dette envers Vance. Même le jeu de rôle Donjons et Dragons, dans ses premières éditions, s'est inspiré du système de magie vancéen, dit système Vancéen, dans lequel les sorts sont des connaissances que le lanceur oublie après les avoir utilisés, une idée directement puisée dans les romans de la série The Dying Earth.
Jack Vance meurt le 26 mai 2013 à Oakland, à l'âge de quatre-vingt-seize ans, quelques mois avant son quatre-vingt-dix-septième anniversaire. Il laisse derrière lui une bibliographie monumentale et une vision unique de la fiction spéculative, caractérisée par une prose élégante, un humour raffiné et un sens aigu de l'étrangeté des cultures humaines. Son œuvre continue d'être lue et célébrée par un public international qui voit en lui l'un des maîtres incontestables de l'imaginaire du vingtième siècle.
