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Sheridan Le Fanu

Écrivain irlandais (1814-1873)

6 min01/01/2024
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Joseph Sheridan Le Fanu naquit le 28 août 1814 à Dublin, dans une famille marquée par l'histoire et la littérature. Fils du doyen de l'Église protestante irlandaise, Thomas Philip Le Fanu, il grandit au 45 St Dominic Street, au centre d'une capitale irlandaise traversée par des tensions sociales et religieuses croissantes. Sa sœur aînée Catherine, née en 1813, partageait cet environnement familial cultivé qui allait nourrir l'imaginaire d'un des plus grands auteurs du récit fantastique de langue anglaise.

Ses origines familiales étaient à la fois illustres et singulières. Le patronyme Le Fanu venait d'ancêtres huguenots, ces protestants français d'obédience calviniste qui avaient fui la France après la révocation de l'édit de Nantes par le roi Louis XIV le 18 octobre 1685, promulguée par l'édit de Fontainebleau. Réfugiés en Irlande, ces ancêtres originaires de Caen avaient apporté avec eux une tradition de résistance religieuse et intellectuelle. Joseph était par ailleurs le petit-neveu du célèbre auteur dramatique et homme politique irlandais Richard Brinsley Sheridan, né à Dublin en 1751 et mort à Londres en 1816, auteur notamment de la comédie de mœurs L'École de la médisance en 1777, un fait de famille dont les Le Fanu n'étaient visiblement pas peu fiers.

En 1815, le père de Joseph fut nommé recteur à la Royal Hibernian Military School, à Phoenix Park. L'enfant reçut une éducation privée dispensée par son père, qui lui enseigna l'anglais et le français, deux langues qui allaient structurer sa sensibilité littéraire. En 1816 naquit son frère William, et la famille s'établit dans un contexte de foi protestante et de culture classique. En octobre 1832, Joseph Sheridan Le Fanu entama des études de droit au Trinity College de Dublin, institution prestigieuse où il publia ses premières nouvelles fantastiques, révélant d'emblée l'orientation de sa vocation créatrice.

Il se dirigea ensuite vers le journalisme avec la même énergie qu'il avait mise dans ses études juridiques. En 1838, il publia deux nouvelles dans le Dublin University Magazine : Passage in the Secret of an Irish Countess et The Ghost and the Bone-Setter, deux textes qui montraient déjà la maîtrise du surnaturel et du mystère qui allait caractériser son œuvre. En 1839, il fut admis au barreau de Dublin comme avocat tout en rédigeant parallèlement La Nouvelle Histoire de la famille de Tyrone. Il collaborait également au Dublin Evening Mail, l'un des journaux les plus importants de la capitale irlandaise.

L'année 1841 vit la mort prématurée de sa sœur aînée Catherine, à l'âge de 28 ans, un deuil qui laissa sans doute des traces profondes dans l'âme d'un homme si porté vers les thèmes de la mort et du spectre. Cette même année, il devint directeur et propriétaire du journal The Warder. En 1842, il rencontra Susanna Bennett, qui allait devenir son épouse deux ans plus tard, en 1844. Le couple s'installa définitivement à Dublin, d'abord au 2 Nelson Street, puis au bord de la Liffey, au 1 Warrington Place, ensuite au numéro 15. Ils eurent plusieurs enfants : Eleanor Frances, née le 10 février 1845, Thomas Philip le 3 septembre 1847, et Emma Lucretia le 21 mai 1848. Joseph fut élu membre honoraire au College Historical Society, témoignage de la considération que lui valait son engagement intellectuel.

En 1845, il perdit son père Thomas et publia un roman intitulé The Cock and Anchor. Cette même année voyait débuter en Irlande l'épidémie de mildiou qui provoqua la Grande Famine, catastrophe démographique qui contraignit des centaines de milliers d'Irlandais à l'exil, notamment vers les États-Unis. Le Fanu, bien que figure de l'establishment protestant, ne pouvait demeurer insensible à cette tragédie nationale.

En 1850, il publia anonymement dans le Dublin University Magazine la nouvelle The Mysterious Lodger. L'année 1851 marqua une étape charnière de sa carrière avec la parution de son premier recueil de nouvelles fantastiques, Ghost Stories and Tales of Mysteries, qui posait les jalons d'un genre qu'il allait porter à une hauteur rarement atteinte dans la littérature anglophone. À la suite du décès du père de Susanna, le couple s'installa dans la maison héritée au 18 Merrion Square, adresse que Le Fanu ne quitta plus jamais. C'est dans ce quartier résidentiel chic de Dublin qu'il fit la connaissance du chirurgien irlandais Sir William Robert Wills Wilde et de son épouse Jane Francesca Elgee, dite Speranza, poétesse et nationaliste irlandaise. Ce couple avait un fils appelé à la célébrité mondiale : Oscar Wilde.

La mort de Susanna, le 28 avril 1858, représenta un tournant douloureux dans la vie de l'écrivain. Après ce deuil, Joseph Sheridan Le Fanu se consacra exclusivement à l'écriture romanesque, produisant une série d'œuvres qui allaient fonder sa réputation posthume. Parmi ses enfants, George Brinslay, né le 1er août 1854, devint illustrateur et réalisa les quelques rares portraits de son père qui nous soient parvenus.

Le Fanu mourut le 10 février 1873 à Dublin, dans la maison de Merrion Square qu'il n'avait plus guère quittée depuis ses dernières années, lui qui était devenu un reclus nocturne selon les témoignages de ses contemporains. Son œuvre, longtemps sous-estimée, fut redécouverte et réévaluée au cours du vingtième siècle. Ses romans et nouvelles, notamment Carmilla, récit fondateur du mythe lesbien vampirique, et l'Uncle Silas, exercèrent une influence considérable sur des auteurs aussi importants que Bram Stoker et M.R. James. Joseph Sheridan Le Fanu demeure aujourd'hui l'une des figures majeures de la littérature fantastique et gothique du dix-neuvième siècle.

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