L'histoire de Fouad II d'Égypte est à la fois l'une des plus brèves et des plus singulières de l'histoire des monarchies du monde. Né le 16 janvier 1952 au Caire, ce nourrisson devient roi d'Égypte à l'âge de six mois et dix jours à peine, dans un contexte de bouleversement politique majeur, pour régner moins d'un an avant que la monarchie ne soit balayée par le souffle révolutionnaire des officiers libres.
L'Égypte de 1952 est un pays en pleine crise. La monarchie, représentée par le roi Farouk Ier, est profondément discréditée. La défaite humiliante face à Israël en 1948, la corruption généralisée de la cour, la dépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne et les inégalités sociales béantes ont exacerbé le mécontentement populaire et militaire. Dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952, un groupe d'officiers nationalistes mené par Mohammed Naguib et Gamal Abdel Nasser renverse le régime par un coup d'État militaire.
Face à la pression des officiers libres, le roi Farouk choisit d'abdiquer le 26 juillet 1952. Calculant que sa propre déchéance pourrait satisfaire les révolutionnaires tout en préservant l'institution monarchique, il transfère ses droits à son fils Fouad, alors âgé de quelques mois seulement. Ce calcul politique se révèle rapidement illusoire. Le mouvement républicain ne vise pas la personne du roi, mais la monarchie elle-même comme système de gouvernement.
Fouad II monte donc sur le trône dans des conditions pour le moins inhabituelles pour une telle charge. Trop jeune pour comprendre quoi que ce soit au destin qui lui est imposé, il règne formellement sous la tutelle d'un conseil de régence présidé par le prince Mohammed Abdel Moneim, personnage discret qui avait épousé Fatma Neslişah, petite-fille du dernier sultan ottoman Mehmed VI. Ce lien dynastique avec l'empire ottoman confère une dimension symbolique supplémentaire à une situation déjà chargée d'histoire.
Le règne de Fouad II dure moins d'un an. Le 18 juin 1953, le nouveau régime militaire proclame la république arabe d'Égypte. La monarchie, qui avait gouverné le pays depuis 1805 sous la lignée fondée par Mohammed Ali Pacha, disparaît officiellement. Le jeune roi, déposé à dix-sept mois d'existence, ne conserve de son règne que le titre honorifique et le souvenir d'une couronne qu'il n'a jamais pu porter au sens propre du terme.
Exilé avec sa famille, Fouad II grandit d'abord en France, avant que la famille royale ne s'installe en Suisse, à proximité de Genève. Il y poursuit sa scolarité à l'Institut Le Rosey, pensionnat helvétique d'élite fréquenté par des membres de familles royales et d'aristocraties du monde entier — une institution qui accueille souvent les héritiers de dynasties renversées ou en exil. Cette éducation dans les salons dorés de la Suisse romande façonne un homme éloigné de sa patrie d'origine mais conscient de son héritage.
Sa vie personnelle prend un tournant spectaculaire le 16 avril 1976, lorsqu'il épouse la Française Dominique-France Picard, fille de Robert Loeb et Paule Picard, dans une cérémonie qui se déroule au palais de Monaco, en présence du prince Rainier III et de la princesse Grace. Dominique-France Picard se convertit au sunnisme et prend le nom de reine Fadila d'Égypte, titre symbolique pour une femme devenant l'épouse d'un monarque sans trône. De cette union naissent trois enfants avant le divorce prononcé en 1996 : le prince héritier Mohamed Ali, prince du Saïd, né le 5 février 1979 et qui épousera en 2013 la princesse Noal Zaher d'Afghanistan, petite-fille du roi Mohammad Zaher Shah ; et la princesse Fawzia Latifa Fouad, née le 12 février 1982.
En octobre 2013, Fouad II manifeste publiquement son soutien à la candidature d'Abdel Fattah al-Sissi à la présidence de la République égyptienne, après la destitution de Mohammed Morsi. Ce geste politique inattendu attire brièvement l'attention des médias sur ce prétendant au trône d'une monarchie abolie depuis six décennies. Il illustre la façon dont Fouad II, malgré l'exil et les décennies écoulées, maintient un œil attentif sur les affaires de son pays natal. Sa trajectoire, de l'Égypte révolutionnaire aux palaces de Monaco et aux rives du lac Léman, reste l'une des plus étranges de l'histoire dynastique contemporaine.

