guerras

Front sandiniste de libération nationale

Parti politique socialiste nicaraguayen fondé en 1961

4 min01/01/2024
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Le Front sandiniste de libération nationale, connu sous l'acronyme FSLN, fut fondé en 1961 comme organisation politico-militaire au Nicaragua, dans un pays alors dominé par la dictature de la famille Somoza. Ses fondateurs, parmi lesquels Carlos Fonseca, Sergio Ramírez, Francisco Buitrago, Jorge Navarro, Silvio Mayorga, Pablo Úbeda, Germán Pomares et Tomás Borge, s'inspiraient de la lutte légendaire du général Augusto Sandino, ce guérillero qui avait résisté à l'occupation américaine dans les années 1920 et 1930 et dont l'assassinat en 1934 avait laissé une marque indélébile dans la conscience nationale nicaraguayenne. Le choix de ce nom n'était pas anodin : il ancrait le mouvement dans une tradition de résistance nationale populaire et lui conférait une légitimité symbolique puissante.

Le Nicaragua de l'époque était un pays principalement rural, où le pouvoir économique et politique se concentrait dans les villes, sous la coupe d'une dictature qui reposait sur la Guardia Nacional, sa force armée particulièrement redoutée pour ses exactions et ses violations systématiques des droits humains. Face à cette réalité, le FSLN chercha à organiser à la fois les populations urbaines et les communautés rurales, adoptant une stratégie de guérilla inspirée des expériences cubaine et vietnamienne. Les membres du mouvement étaient formés tant politiquement que militairement, préparés à un affrontement qui s'annonçait long et difficile.

Les premières années furent marquées par des défaites cuisantes. Une opération militaire initiale dans les régions montagneuses du nord, à Raiti et Bocay, se solda par un échec sanglant qui coûta la vie à plusieurs membres fondateurs du mouvement. Loin de se décourager, les survivants tirèrent les leçons de cette expérience et entreprirent de restructurer et de renforcer l'organisation. Le FSLN étendit son travail de mobilisation parmi les étudiants, les intellectuels, les ouvriers et même certains grands propriétaires terriens des régions de Matagalpa et de Chontales. Il créa le Frente Estudiantil Revolucionario, le Front étudiant révolutionnaire, qui effectua un travail de conscientisation et de recrutement dans le milieu universitaire et dans le secteur urbain.

En 1967, une nouvelle opération de guérilla fut lancée à Pancasán, dans le département de Matagalpa. Elle aussi se termina par un échec militaire face aux assauts de la Guardia Nacional, obligeant les combattants à se disperser dans la jungle pour survivre. Ces revers répétés auraient pu briser un mouvement moins déterminé. Mais le FSLN en tira une conviction plus forte encore : la résistance armée devait être précédée et accompagnée d'un travail politique de longue haleine.

En 1969, le mouvement publia son programme historique en quatorze points, qui définissait les grandes lignes de la révolution qu'il entendait mener : réforme agraire, législation du travail, gouvernement révolutionnaire, émancipation des femmes, respect des croyances religieuses, politique extérieure indépendante et solidarité internationale, création d'une armée patriotique populaire et élimination de la Guardia Nacional. Ce document donnait au FSLN une vision cohérente qui dépassait le simple renversement du régime Somoza.

La même année, un épisode dramatique contribua paradoxalement à renforcer la sympathie populaire pour le mouvement. En juillet 1969, la Guardia Nacional découvrit une cellule sandiniste dans une maison de Managua et la cernerait avec trois cents gardes, des chars et des avions. L'unique défenseur de la maison, Julio Buitrago, membre de la Direction nationale du FSLN et chef de la résistance urbaine, résista seul pendant trois heures de combat avant d'être tué et la maison démolie. Le tout fut retransmis en direct à la télévision, suscitant un puissant sentiment de sympathie parmi la population nicaraguayenne. Six mois plus tard, trois autres combattants, dont le poète Leonel Rugama, tombèrent dans des circonstances similaires lors d'un autre affrontement à Managua.

En 1970, après plusieurs opérations — affrontements urbains, braquages de banques — et une vaste répression de la Guardia Nacional qui démantela partiellement l'organisation, le FSLN décida d'entrer dans une « phase silencieuse d'accumulation de forces ». Cette période de relative discrétion fut consacrée au renforcement interne et à l'accumulation de ressources financières, matérielles et militaires. Elle déboucha en décembre 1974 sur deux actions majeures qui marquèrent le retour offensif du mouvement sur la scène nicaraguayenne.

L'accumulation patiente de forces finit par porter ses fruits. En 1979, après des mois d'offensive militaire et de soulèvement populaire généralisé, le FSLN déclencha la révolution populaire sandiniste qui renversa la dictature d'Anastasio Somoza Debayle et prit le pouvoir à Managua. Ce triomphe représentait l'aboutissement de dix-huit années de lutte clandestine, de sacrifices innombrables et d'une ténacité que rien n'avait pu briser. Le FSLN gouverna ensuite le Nicaragua, mettant en œuvre des réformes agraires, éducatives et sociales profondes, tout en faisant face à une guerre de basse intensité financée par les États-Unis.

Au fil des décennies, le FSLN évolua de mouvement révolutionnaire en parti politique participant au jeu démocratique. Il fut membre de l'Internationale socialiste jusqu'en janvier 2019, date à laquelle il en fut exclu en raison d'accusations de violations des droits de l'Homme et des valeurs démocratiques lors des manifestations de 2018 et 2019. Aujourd'hui membre de la COPPPAL, organisation de partis politiques latino-américains, le FSLN représente l'une des histoires les plus complexes du mouvement révolutionnaire latino-américain, oscilant entre l'héritage héroïque de sa fondation et les contradictions de l'exercice du pouvoir.

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