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Guerre civile du Salvador

Guerre civile ayant lieu entre 1979 et 1992

7 min01/01/2024
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Le Salvador, petit pays d'Amérique centrale enclavé entre le Guatemala, le Honduras et l'océan Pacifique, a vécu l'une des guerres civiles les plus meurtrières de la région au cours du XXe siècle. Entre 1979 et 1992, ce conflit a déchiré la société salvadorienne, opposant l'armée gouvernementale et ses alliés paramilitaires à une guérilla de gauche soutenue par des puissances étrangères, dans un contexte où la guerre froide projetait ses ombres sur toute l'Amérique latine.

Pour comprendre les origines du conflit, il faut remonter aux décennies précédant les combats. Le Salvador des années 1970 était une société profondément marquée par des inégalités structurelles d'une violence rare. À peine 0,5 % des propriétaires fonciers détenaient 40 % des terres agricoles, tandis que 60 % des paysans ne possédaient pas un seul lopin de terre. Le taux d'analphabétisme atteignait 45 % de la population, et selon les statistiques de l'Organisation des Nations Unies, la consommation calorique des Salvadoriens était la plus faible de tout le continent américain. Cette misère n'était pas le fruit du hasard : elle était le résultat d'un système politique verrouillé par une oligarchie militaire qui ne tolérait aucune remise en cause de l'ordre établi.

En 1972, l'Union nationale d'opposition, coalition regroupant la Démocratie chrétienne, le Parti communiste et le Mouvement national révolutionnaire, remporta les élections présidentielles. Ce résultat représentait une opportunité historique de réformer le pays par les urnes. Mais l'armée refusa de reconnaître la victoire de l'opposition et perpétra un coup d'État pour évincer les vainqueurs légitimes. Cet épisode marqua un tournant décisif : il démontrait que le changement démocratique était impossible par les voies légales, et il radicalisa une partie de la population qui se tourna vers la lutte armée.

Parallèlement, des groupes paramilitaires proliféraient avec la bénédiction des autorités. L'Orden, Organisation démocratique nationaliste, avait été créée dès 1960 avec le soutien de l'administration Kennedy, destinée à contrecarrer toute influence communiste. À cette organisation s'ajoutèrent ensuite la Main blanche, l'Union guerrière blanche, la Phalange et l'Armée secrète anticommuniste, autant de formations qui menaient une campagne d'assassinats politiques visant syndicalistes, paysans organisés, enseignants et membres de l'Église progressiste.

Face à cette répression systématique, différentes organisations de guérilla virent le jour. Une minorité dissidente du Parti communiste fonda les Forces populaires de libération. Vint ensuite l'Armée révolutionnaire du peuple, d'orientation à la fois socialiste et chrétienne, inspirée par la théologie de la libération. Une scission de cette dernière organisation donna naissance aux Forces armées de la résistance nationale. En 1979, le Parti communiste lui-même, jusqu'alors hostile à la lutte armée, se résolut à constituer les Forces armées de libération nationale. Le 10 octobre 1980, ces différents courants s'unirent sous la bannière du Frente Farabundo Martí de Liberación Nacional, le FMLN, tout en conservant leurs structures propres. Ce front devint le principal mouvement de guérilla du pays, soutenu matériellement par Cuba et le Nicaragua qui lui fournissaient notamment des armes comme les fusils AK-47, les mitrailleuses RPK et PKM.

Le 15 octobre 1979, un groupe d'officiers militaires et de leaders civils avait déjà tenté de prendre les devants en renversant le général Carlos Humberto Romero, qui gouvernait le pays depuis 1977. Cette junte se voulait réformatrice et lança un programme de nationalisation partielle des banques ainsi que d'une partie du marché du café et du sucre. Mais la réforme s'arrêtait à la façade : en janvier 1980, huit ministres et onze secrétaires d'État démissionnèrent en bloc, expliquant que les commandants des forces armées continuaient d'exercer la réalité du pouvoir. Sous pression américaine, la Démocratie chrétienne fut contrainte de rejoindre une seconde junte, et son leader José Napoleón Duarte prit la tête du régime jusqu'aux élections de mars 1982.

C'est dans ce climat que les escadrons de la mort atteignirent leur apogée macabre. Le journaliste salvadorien Oscar Martinez Penate décrivit la réalité quotidienne avec une précision glaçante : chaque matin, sur les chemins et dans les décharges publiques, on trouvait des corps aux yeux crevés, torturés, découpés vivants, décapités, soumis aux pires supplices avant d'être achevés. Des instituteurs étaient assassinés simplement parce qu'ils avaient rejoint un syndicat. La barbarie était telle qu'un militant ne craignait plus la mort elle-même, mais vivait dans la hantise d'être capturé vivant. Ces escadrons s'en prirent également à des personnalités de premier plan, assassinant l'archevêque Óscar Romero en mars 1980, alors qu'il célébrait la messe, après qu'il eut publiquement défendu les droits des paysans et dénoncé les violences de l'armée.

La guerre durait depuis plus d'une décennie lorsque les premières négociations sérieuses s'amorcèrent. Les États-Unis, qui avaient financé et soutenu le gouvernement salvadorien tout au long du conflit en y voyant un rempart contre l'influence cubano-soviétique en Amérique centrale, commençaient à réévaluer leur politique à mesure que la guerre froide touchait à sa fin. Les accords de paix de Chapultepec, signés au Mexique en janvier 1992, mirent officiellement fin à treize ans de combats. Ils prévoyaient le désarmement du FMLN et sa transformation en parti politique légal, ainsi que la réforme des forces armées et la création d'une nouvelle police civile nationale.

La commission de vérité de l'ONU, chargée d'enquêter sur les crimes commis pendant le conflit, rendit un rapport sans appel : les escadrons de la mort pro-gouvernementaux, la police et l'armée salvadorienne étaient responsables de 85 % des actes de violence perpétrés durant la guerre, tandis que la guérilla du FMLN en avait commis 5 %. Ce déséquilibre frappant révélait la nature profondément asymétrique du conflit. Le bilan humain total de la guerre civile salvadorienne dépassa les 75 000 morts et des dizaines de milliers de disparus.

Le legs de cette guerre reste profondément ancré dans la mémoire collective salvadorienne. Les accords de Chapultepec sont souvent cités comme un modèle de négociation pour sortir d'un conflit armé interne, ayant permis une transition politique sans vainqueur ni vaincu. Le FMLN devint un acteur politique majeur du pays et accéda finalement au pouvoir exécutif en 2009 avec l'élection de Mauricio Funes. Mais les inégalités structurelles qui avaient alimenté le conflit demeurèrent en grande partie intactes, et le pays continua de souffrir de violences liées aux gangs, faisant écho à une histoire marquée par la brutalité et l'impunité.

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