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Déclaration de Tachkent

Traité de paix signé entre le Pakistan et l'Inde, qui met fin à la deuxième guerre indo-pakistanaise

4 min01/01/2024
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À l'été 1965, l'Asie du Sud fut le théâtre d'un conflit armé entre l'Inde et le Pakistan qui laissa des milliers de morts sur les champs de bataille. Cette deuxième guerre indo-pakistanaise, qui dura d'août à fin septembre, éclata principalement autour de la question du Cachemire, territoire stratégique dont le statut demeurait disputé depuis la partition du sous-continent en 1947. Les deux pays s'affrontèrent dans des batailles conventionnelles de grande ampleur, faisant intervenir blindés, aviation et artillerie, avant que l'épuisement mutuel et les pressions internationales ne conduisent à un cessez-le-feu. La situation militaire aboutit à un statu quo : ni l'un ni l'autre camp n'avait réussi à modifier substantiellement l'équilibre territorial.

Pour transformer ce cessez-le-feu fragile en paix durable, une médiation internationale s'imposa. L'Union soviétique, qui entretenait des relations d'influence avec les deux pays, proposa d'accueillir des négociations sur son territoire. Le choix se porta sur Tachkent, ville alors chef-lieu de la République socialiste soviétique d'Ouzbékistan, dont la situation géographique en Asie centrale soulignait symboliquement la proximité culturelle avec les protagonistes. Les négociations s'y déroulèrent dans un contexte de tension diplomatique extrême, les positions des deux délégations étant initialement très éloignées l'une de l'autre.

Les deux délégations étaient conduites par des personnalités politiques de premier plan. Du côté indien, le Premier ministre Lal Bahadur Shastri représentait un pays qui sortait de la guerre auréolé d'une certaine confiance, ayant résisté à l'offensive pakistanaise et maintenu ses positions sur le terrain. Du côté pakistanais, le président Muhammad Ayub Khan, général qui avait pris le pouvoir par un coup d'État en 1958, incarnait un régime militaire soucieux de préserver son prestige intérieur tout en obtenant des concessions sur le dossier cachemiri. Ces deux hommes, aux tempéraments et aux arrière-plans politiques très différents, durent trouver un terrain d'entente sous l'égide des médiateurs soviétiques.

La déclaration de Tachkent fut finalement signée le 10 janvier 1966, marquant la fin officielle du conflit. Ses dispositions principales prévoyaient le retrait des forces militaires des deux pays vers les frontières de 1949, qui partageaient le Cachemire en deux zones, ainsi que la reprise des relations économiques et diplomatiques bilatérales. Le texte engageait les deux parties à régler leurs différends par des voies pacifiques et à s'abstenir de recourir à la force dans leurs relations mutuelles. L'accord était présenté comme le début d'une nouvelle ère de coopération entre les deux voisins.

Mais la Déclaration de Tachkent ne tarda pas à susciter des critiques virulentes dans les deux pays, pour des raisons symétriquement opposées. Au Pakistan, l'opposition politique et l'opinion publique reprochèrent à Ayub Khan d'avoir abandonné les revendications pakistanaises sur le Cachemire sans obtenir de contreparties tangibles. Le sacrifice consenti par l'armée pakistanaise, qui avait lancé l'offensive initiale avec l'espoir de modifier le rapport de forces sur la question cachemirie, semblait avoir été accompli en vain. Ces critiques affaiblirent durablement la position politique d'Ayub Khan, contribuant à la montée en puissance de l'opposition qui devait le renverser quelques années plus tard.

En Inde, les critiques portèrent sur un point différent mais tout aussi fondamental : l'absence dans le texte d'un engagement explicite de non-agression de la part du Pakistan. Pour beaucoup d'Indiens, et notamment pour les partis d'opposition, l'accord de Tachkent constituait un texte incomplet qui ne garantissait pas suffisamment contre une nouvelle agression pakistanaise. La modestie des engagements obtenus paraissait disproportionnée au regard des pertes humaines et matérielles de la guerre.

La tragédie personnelle qui accompagna la conclusion de cet accord contribua à lui donner une dimension particulièrement dramatique dans la mémoire collective indienne. Dans la nuit qui suivit la signature de la déclaration, le Premier ministre Lal Bahadur Shastri mourut à Tachkent d'une crise cardiaque, dans des circonstances qui alimentèrent longtemps les rumeurs et les spéculations. Sa mort soudaine, le 11 janvier 1966, priva l'Inde d'un dirigeant qui avait conduit le pays à travers l'épreuve de la guerre avec sang-froid et détermination. Elle ajouta une note de deuil national à ce qui aurait dû être un moment de célébration diplomatique.

La Déclaration de Tachkent reste, avec le recul de l'histoire, un document aux dimensions à la fois symboliques et pratiques importantes. Elle représentait la première tentative sérieuse, après la partition de 1947 et les deux guerres qui avaient suivi, de stabiliser les relations entre l'Inde et le Pakistan sur des bases acceptables pour les deux parties. Si elle ne résolut pas le problème fondamental du Cachemire, elle établit néanmoins un cadre de référence pour les négociations futures et démontra que la médiation internationale pouvait contribuer à éviter l'escalade entre ces deux puissances nucléaires en devenir. Le rôle de l'Union soviétique comme médiateur témoignait également de l'importance stratégique que la guerre froide accordait à la stabilité de cette région charnière entre l'Asie du Sud et l'Asie centrale.

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