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Découverte du Brésil

La découverte du Brésil (portugais : descobrimento do Brasil) par les Européens a lieu en

7 min01/01/2024
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Au tournant du XVIe siècle, le monde atlantique se trouvait à l'aube d'une transformation radicale. Les grandes puissances maritimes de la péninsule ibérique, le Portugal et l'Espagne, rivalisaient pour établir des routes commerciales vers les Indes orientales, convoitant les épices et les richesses de l'Asie. C'est dans ce contexte d'exploration effrénée et de compétition géopolitique que le continent américain allait révéler une nouvelle façade, celle qui deviendrait le Brésil.

La question de savoir si des navigateurs portugais avaient déjà effleuré les côtes de ce qui est aujourd'hui l'Amérique du Sud avant 1500 reste l'une des plus débattues de l'historiographie lusitanienne. Selon certains historiens, le roi Manuel Ier de Portugal aurait confié à Duarte Pacheco Pereira une expédition secrète dès 1498, partie de l'archipel du Cap-Vert et censée explorer les territoires situés au-delà de la ligne de Tordesillas. Dans son ouvrage Esmeraldo de Situ Orbis, Pacheco Pereira évoque lui-même des terres occidentales découvertes à l'ordre du souverain, mentionnant des latitudes qui s'étendent du Groenland au sud du Brésil actuel. Toutefois, cette hypothèse repose exclusivement sur son propre témoignage, et l'historien Damião Peres, qui au XXe siècle avait défendu l'idée d'un secret d'État portugais, n'a pas convaincu la communauté scientifique. En l'absence de traité international à cette époque, il était courant pour les puissances de l'époque de revendiquer publiquement leurs découvertes, ce qui rend peu plausible une politique de dissimulation systématique.

En parallèle, dès 1499, une expédition espagnole commandée par Alonso de Ojeda, accompagné du cartographe Juan de la Cosa, s'élança vers les côtes déjà entrevues par Christophe Colomb lors de son troisième voyage. Parmi les participants se trouvait Amerigo Vespucci, dont le rôle exact reste sujet à discussion. Financier de deux des quatre navires, il fut probablement représentant commercial des investisseurs plutôt que commandant. Des années plus tard, Alonso de Ojeda se souvint que « Morigo Vespuche » avait navigué avec lui comme pilote.

La flotte quitta l'Espagne le 18 mai 1499, fit escale aux îles Canaries, puis atteignit l'Amérique du Sud quelque part dans la région de l'actuel Suriname ou de la Guyane française. Là, la flotte se divisa : Ojeda mit cap au nord-ouest vers le Venezuela actuel, tandis que Vespucci et deux navires poursuivirent vers le sud. Ce navigateur florentin espérait, en s'orientant ainsi, contourner le légendaire cap de Cattigara décrit par le géographe grec Ptolémée et atteindre l'océan Indien par le sud du continent qu'il croyait encore être l'Asie. Il franchit deux fleuves immenses, probablement l'Amazone et le Pará, dont les eaux douces se déversaient dans l'océan sur une distance d'une quarantaine de kilomètres. Après avoir progressé d'environ deux cent quarante kilomètres vers le sud, Vespucci se heurta à un courant contraire trop puissant et dut rebrousser chemin. La flotte remonta alors vers le nord, longea les côtes de l'actuel Venezuela, rejoignit peut-être Ojeda à un moment donné, et fit escale à Hispaniola avant de rentrer en Europe. Ce voyage se conclut par un épisode sombre : un raid aux Bahamas permit la capture de deux cent trente-deux indigènes.

C'est cependant Pedro Álvares Cabral qui entra dans l'histoire officielle de la découverte du Brésil. Le 9 mars 1500, une flotte de treize navires quitta Lisbonne sous son commandement, avec pour mission d'atteindre les Indes en suivant la route inaugurée par Vasco de Gama. Après avoir navigué loin vers l'ouest dans l'Atlantique pour éviter les vents contraires du golfe de Guinée, la flotte aperçut des signes de terre — des herbes flottantes, des oiseaux — puis toucha terre le 22 avril 1500 sur une côte inconnue qu'on nomma d'abord Monte Pascoal. Cabral prit possession de ce territoire au nom du royaume de Portugal.

Le premier contact avec les populations amérindiennes fut consigné avec soin par l'écrivain Pêro Vaz de Caminha dans une lettre destinée au roi Manuel Ier, document devenu l'un des textes fondateurs de la littérature brésilienne. Caminha y décrivit les habitants, leurs coutumes, leur nudité, leur apparente innocence, dans un style qui oscillait entre l'émerveillement et une certaine condescendance coloniale propre à l'époque. La lettre arriva au Portugal en juillet 1500, portée par un navire dépêché spécialement pour l'occasion.

La nouvelle terre fut d'abord appelée Ilha de Vera Cruz, puis Terra de Santa Cruz, avant de recevoir son nom définitif de Brasil, tiré du bois Brésil, un bois précieux aux teintes rougeoyantes qui y abondait et dont le commerce allait rapidement devenir lucratif. Esmeraldo de Situ Orbis, le manuscrit de Pacheco Pereira, était d'ailleurs l'un des premiers textes portugais à mentionner cette abondance de bois Brésil sur la côte.

La découverte officielle de 1500 s'inscrit dans une série de voyages qui, au cours de la même décennie, allaient permettre aux Européens de prendre conscience qu'ils avaient affaire à un continent entièrement nouveau et non aux rivages orientaux de l'Asie. L'apport d'Amerigo Vespucci à cette prise de conscience fut tel que le nouveau continent porterait finalement son prénom.

Pour les peuples autochtones qui habitaient ces terres depuis des millénaires, la venue des navigateurs européens marqua le début d'un bouleversement irréversible. Des nations entières allaient être décimées par les maladies importées, réduites en esclavage ou contraintes à l'exil dans les décennies et les siècles suivants. La découverte du Brésil, célébrée comme un exploit maritime dans les annales européennes, fut aussi l'aube d'une tragédie humaine d'une ampleur considérable.

Le legs de cet événement dépasse largement le cadre géographique ou colonial. Il a engendré une civilisation métissée unique, façonnée par les héritages amérindiens, portugais et africains, qui a donné naissance à la cinquième nation la plus peuplée du monde. Les débats historiographiques sur la priorité de la découverte, qu'il s'agisse de Pacheco Pereira, de Vespucci ou de Cabral, continuent d'alimenter les passions académiques et nationales, témoignant de l'importance symbolique et identitaire que conserve cet épisode pour le Brésil contemporain.

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