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Conjuration Mineira

Révolte coloniale avortée au Brésil '1788)

4 min01/01/2024
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Dans les replis montagneux du Minas Gerais, là où les filons d'or et les alluvions diamantifères avaient fait la fortune du Portugal colonial, naquit à la fin du XVIIIe siècle l'une des premières tentatives de rébellion organisée contre la domination portugaise au Brésil. La conjuration Mineira de 1789, avortée avant même de se déclencher, marqua pourtant un tournant dans la conscience politique de la colonie lusitanienne et légua à la mémoire nationale un martyr dont le nom reste associé à l'idéal de liberté.

Pour comprendre les ressorts de cette conjuration, il faut mesurer l'ampleur de l'exploitation fiscale qui pesait sur la capitainerie de Minas Gerais. Depuis des décennies, la couronne portugaise prélevait le quinto, le cinquième de toute l'or extrait, mais la production minière avait considérablement décliné depuis son apogée des premières décennies du XVIIIe siècle. Entre 1774 et 1785, le quinto ne représentait en moyenne que soixante-huit arrobes d'or par an, loin des cent arrobes dues théoriquement au Trésor royal. Cette dette accumulée formait ce qu'on appelait la derrama, une taxe extraordinaire que la couronne pouvait exiger pour combler le déficit.

En 1788, le nouveau gouverneur de la capitainerie, Furtado de Mendonça, arriva à Ouro Preto avec l'ordre explicite de lever la derrama. La somme en souffrance atteignait trois cent quatre-vingt-quatre arrobes, un montant colossal qui, si exigé, aurait ruiné une grande partie des habitants, des marchands et des propriétaires de la région. Le gouvernement précédent de Cunha Meneses, déjà célèbre pour ses excès et son arbitraire, avait considérablement fragilisé la confiance des colons dans les institutions coloniales. L'annonce de la derrama fut perçue comme une mesure intolérable et provoqua une fermentation politique intense dans les cercles cultivés d'Ouro Preto et des localités voisines.

C'est dans ce contexte que Joaquim José da Silva Xavier prit la tête d'un mouvement conspiratif. Personnage atypique et attachant, il cumulait les compétences : connaissances médicales et dentaires, notions de géologie et d'hydraulique, expérience militaire en tant qu'officier de cavalerie. Son surnom, Tiradentes, « l'arracheur de dents », témoignait d'une de ses activités civiles. Homme de terrain plutôt que de salon, il portait un projet politique ambitieux pour son époque : renverser la domination portugaise, proclamer une république libre et rendre la terre à ceux qui la travaillaient.

Tiradentes n'agissait pas seul. Parmi les conjurés se trouvaient des hommes de lettres, des magistrats, des ecclésiastiques et des militaires. Trois des plus grands poètes de la littérature brésilienne d'expression portugaise furent compromis dans le complot : Claudio Manuel da Costa, Alvarenga Peixoto et Tomás Antônio Gonzaga, dont les odes et les sonnets allaient traverser les siècles. Ces hommes partageaient des idéaux nourris par les Lumières européennes, par l'exemple de la révolution américaine de 1776 et, à un moindre degré, par les échos encore récents de la révolution française. Tiradentes lui-même affirmait avoir l'appui de puissances étrangères, notamment de la France, pour soutenir le soulèvement.

Mais la conspiration était encore à l'état de projet lorsqu'elle fut dénoncée. Un contratador, c'est-à-dire un entrepreneur qui détenait des licences de perception fiscale et devait de grosses sommes à l'État colonial, livra les conjurés aux autorités. La trahison avait un prix : la remise de ses dettes. Tiradentes fut arrêté à Rio de Janeiro le 10 mai 1789. Les autres membres du groupe furent rapidement appréhendés dans le Minas Gerais.

L'instruction judiciaire fut longue et minutieuse. Les autorités coloniales cherchèrent à dresser un tableau complet de la conspiration, à identifier ses ramifications et à évaluer la gravité de la menace. Finalement, plusieurs conjurés furent condamnés à mort, mais la plupart bénéficièrent d'une commutation de peine en exil en Afrique. Un seul refusa de se défiler : Tiradentes, qui assuma seul la responsabilité de l'insurrection et ne désavoua pas ses convictions devant ses juges.

Le 21 avril 1792, Joaquim José da Silva Xavier fut pendu à Rio de Janeiro. Son corps fut ensuite écartelé et ses membres exposés en différents points du territoire minier, selon le rituel d'intimidation que la justice coloniale réservait aux traîtres. Cette mise en scène de la terreur visait à décourager tout velléité de résistance. Elle produisit l'effet inverse : Tiradentes devint un martyr, et sa mémoire enflamma les générations suivantes.

Aujourd'hui, le 21 avril est férié national au Brésil, jour de Tiradentes. La portée historique de la conjuration Mineira dépasse largement l'échec militaire et politique immédiat. Elle fut le premier mouvement organisé en faveur de l'indépendance brésilienne, le premier à avoir articulé un projet républicain, et le premier à avoir payé de sang le rêve d'une nation libre. Les poètes compromis dans la révolte, par leurs œuvres préservées, contribuèrent à inscrire cet épisode dans la grande littérature de la résistance coloniale.

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