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Pierre Ier (empereur du Brésil)

Empereur du Brésil (1822 - 1831) et roi de Portugal (mars- mai 1826)

5 min01/01/2024
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Né le 12 octobre 1798 au palais de Queluz à Lisbonne, Pierre Ier porta tout au long de sa vie des titres multiples qui reflétaient les paradoxes d'une existence tiraillée entre deux continents et deux couronnes. Quatrième enfant du régent Jean de Portugal et de l'infante Charlotte-Joachime d'Espagne, membre de la maison de Bragance, il allait devenir à la fois le libérateur d'un empire nouveau et le restaurateur d'une monarchie ancienne, avant de mourir épuisé le 24 septembre 1834 dans le même palais qui l'avait vu naître.

L'enfance de Pierre fut brusquement interrompue par les tourments de l'histoire européenne. En 1807, les armées de Napoléon envahirent le Portugal, et la famille royale se résolut à fuir vers le Brésil, la plus riche et la plus développée des possessions lusitaniennes. Le jeune prince grandit ainsi à Rio de Janeiro, dans un environnement colonial en pleine mutation. Même après la libération du Portugal en 1811 et la chute de l'Empire napoléonien en 1815, les Bragance choisirent de demeurer dans le Nouveau Monde. En cette même année 1815, le Brésil fut élevé au rang de royaume, formant avec le Portugal et les Algarves une union politique sans précédent.

La révolution libérale qui éclata à Porto en 1820 contraignit toutefois la famille royale à rentrer en Europe. Le roi Jean VI, avant de partir en avril 1821, confia à son fils Pierre la régence du Brésil. Le jeune régent se retrouva immédiatement confronté à une situation complexe : les Cortes portugaises, dominées par des idées centralisatrices, souhaitaient ramener le Brésil à son ancien statut de simple colonie, tandis que les troupes coloniales portugaises cherchaient à le réduire à un rôle de chef d'État fantoche. Pierre parvint à mater l'insubordination militaire, mais la pression des Cortes ne fit que s'accentuer.

Sommé de rentrer au Portugal, le prince répondit par un refus historique : « je reste », le Fico. Puis, le 7 septembre 1822, au bord du ruisseau d'Ipiranga, il proclama l'indépendance du Brésil dans un geste devenu légendaire. Quelques semaines plus tard, le 12 octobre, il fut couronné premier empereur du Brésil. La guerre d'indépendance qui s'ensuivit dura deux ans de combats sporadiques contre les forces portugaises encore présentes sur le territoire. Le Brésil obtint officiellement sa reconnaissance internationale le 29 août 1825, au terme d'un traité que le Royaume-Uni contribua à faciliter.

Les premières années du règne de Pierre Ier furent marquées par des tensions intérieures persistantes. En 1824, une révolte dans les provinces du Nordeste tenta d'établir une Confédération de l'Équateur indépendante ; l'empereur la réprima dans le sang. Plus au sud, la province de Cisplatine, correspondant à l'actuel Uruguay, entra en sécession début 1825, soutenue par les Provinces-Unies du Rio de la Plata, c'est-à-dire l'Argentine. La guerre de Cisplatine qui s'ensuivit se conclut en 1828 par la reconnaissance de l'indépendance uruguayenne, un revers diplomatique et militaire qui ébranla le prestige impérial.

La mort de son père Jean VI en mars 1826 ouvrit une nouvelle crise. Pierre hérita brièvement de la couronne portugaise sous le nom de Pierre IV, mais il comprit rapidement l'impossibilité politique de cumuler les deux trônes. Il abdiqua en faveur de sa fille aînée, la future Marie II, dès mai 1826. Son frère Michel profita néanmoins de la situation pour usurper la couronne et se faire acclamer roi absolu, plongeant le Portugal dans une guerre civile dynastique.

Sur le plan personnel, le règne de Pierre Ier fut entaché par des scandales. Sa liaison publique avec Domitila de Castro, qu'il éleva au rang de marquise de Santos, suscita un vif ressentiment à la cour et dans la population. La mort de sa première épouse, l'archiduchesse Marie-Léopoldine d'Autriche, en 1826, fit l'objet de rumeurs cruelles que ses ennemis politiques ne se privèrent pas d'amplifier. Accusé de conservatisme, de favoritisme et de trop s'impliquer dans les affaires portugaises au détriment du Brésil, Pierre vit sa popularité s'effondrer.

Le 7 avril 1831, sous la pression des libéraux et d'une partie de l'armée, Pierre Ier abdiqua la couronne brésilienne en faveur de son fils âgé de cinq ans, le futur Pierre II. Il quitta le pays avec sa seconde épouse, la princesse Amélie de Leuchtenberg, et prit le titre de duc de Bragance. De retour en Europe, il organisa depuis les Açores une armée de partisans et envahit le Portugal en juillet 1832, déclenchant une longue guerre civile. La victoire finale des constitutionnalistes en faveur de Marie II ne survint qu'après de longues années de combats.

Pierre ne survécut pas longtemps à ce triomphe. Miné par la tuberculose, il s'éteignit le 24 septembre 1834 au palais de Queluz, dans la même pièce où il était né trente-six ans plus tôt. Cette coïncidence biographique semblait répondre à une symétrie tragique, comme si la vie de ce prince d'exception, fondateur d'empire et restaurateur de monarchie, avait été une boucle que seule la mort pouvait clore.

Son héritage reste considérable et controversé. Au Brésil, il est célébré comme le père de la patrie, celui qui proclama l'indépendance et permit à la nation de naître. Au Portugal, il est honoré comme un défenseur du libéralisme constitutionnel contre la tyrannie absolutiste de son frère. Surnommé le Libérateur, le Roi-Soldat et le Roi-Empereur, Pierre Ier incarna une époque de transformations révolutionnaires dans l'espace atlantique lusophone.

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