À deux heures trente du matin, le 2 décembre 1825, dans le palais de Saint-Christophe à Rio de Janeiro, vint au monde celui qui allait régner sur le Brésil pendant plus d'un demi-siècle. Pierre II, de son nom complet Pedro de Alcântara João Carlos Leopoldo Salvador Bibiano Francisco Xavier de Paula Leocádio Miguel Gabriel Rafael Gonzaga, était le septième enfant de l'empereur Pierre Ier et de l'impératrice Marie-Léopoldine d'Autriche. Son prénom était un hommage à saint Pierre d'Alcántara. Par sa mère, il était petit-fils du dernier empereur du Saint-Empire romain germanique, cousin de François-Joseph Ier d'Autriche et, par alliance, neveu de Napoléon Ier. Une constellation de titres et de lignages qui annonçait une existence hors du commun.
Les premières années de sa vie furent marquées par des deuils successifs qui allaient façonner durablement son caractère. L'impératrice Léopoldine mourut le 11 décembre 1826, quelques jours après avoir donné naissance à un enfant mort-né, alors que Pierre n'avait qu'un an. Le 7 avril 1831, son père Pierre Ier abdiqua brusquement en faveur de son fils et quitta le Brésil pour l'Europe, laissant derrière lui un enfant de cinq ans et deux de ses sœurs. À cet âge, Pierre II se retrouvait officiellement souverain d'un empire en crise, seul et privé de ses parents.
Son enfance et son adolescence furent solitaires et studieuses. Des tuteurs lui enseignèrent les langues, les sciences, la philosophie et les arts, préparant un souverain instruit plutôt qu'un prince de cour. Les intrigues politiques et les rivalités de factions qu'il observa dans les premières années de son règne, alors que des conseils de régence se succédaient, lui donnèrent un sens aigu de la prudence et une méfiance instinctive envers les ambitions personnelles de ceux qui l'entouraient. Officiellement reconnu héritier du trône le 6 août 1826, il fut déclaré majeur par l'Assemblée générale en juillet 1840, à l'âge de quatorze ans, pour mettre fin à l'instabilité chronique de la régence.
Le règne de Pierre II, qui s'étira de 1831 à 1889, soit cinquante-huit ans, fut l'un des plus longs de l'histoire des Amériques. Héritant d'un empire au bord de la désintégration, secoué par des révoltes régionales et des tensions séparatistes, il réussit à maintenir l'unité du territoire brésilien. Son régime politique, une monarchie constitutionnelle représentative, se distinguait dans un continent dominé par des républiques agitées et des caudillos. Sous son règne, la liberté d'expression, le respect des droits civiques et la stabilité institutionnelle firent du Brésil une exception remarquable en Amérique latine.
Pierre II engagea son pays dans trois conflits internationaux. La guerre de la Plata, la guerre uruguayenne et la guerre de la Triple-Alliance contre le Paraguay, qui dura de 1864 à 1870, furent toutes remportées par le Brésil. Cette dernière, en particulier, fut l'une des guerres les plus dévastatrices de l'histoire de l'Amérique du Sud : le Paraguay perdit une proportion considérable de sa population masculine adulte. Pierre II, qui avait soutenu l'effort de guerre tout en répugnant personnellement à la violence, sortit de ces conflits avec un prestige international accru mais un empire financièrement affaibli.
Curieux de nature, l'empereur entretenait des amitiés avec les plus grands esprits de son époque. Il correspondit avec Charles Darwin, Victor Hugo et Friedrich Nietzsche. Il se lia d'amitié avec Richard Wagner, Louis Pasteur, Alexander Graham Bell, Claude-Henri Gorceix et Henry Longfellow. Il finança des expéditions scientifiques, soutint la création d'institutions culturelles et fut un ardent partisan de l'instruction publique. Son comportement sobre, studieux et désintéressé suscitait l'admiration à l'étranger mais parfois l'incompréhension chez ses propres sujets, qui attendaient d'un souverain plus de faste et moins de retenue.
Sur la question de l'esclavage, Pierre II se montra un abolitionniste sincère mais prudent. Il poussa progressivement vers la suppression de l'institution, soutenant les lois qui libérèrent les enfants d'esclaves en 1871 et les esclaves âgés en 1885. La loi finale d'abolition, signée par sa fille Isabelle en 1888, porta néanmoins un coup fatal à la monarchie : les fazendeiros, frustrés de n'avoir reçu aucune compensation, rejoignirent massivement le camp républicain.
Le 15 novembre 1889, un coup d'État militaire mené par un groupe de généraux mit fin à l'Empire. L'événement se déroula sans effusion de sang, presque dans l'indifférence. Pierre II, vieillissant et malade, ne chercha pas à résister. Selon ses propres mots, il était fatigué d'exercer la souveraineté. Il s'embarqua pour l'exil en Europe quelques jours plus tard, vivant ses dernières années à Paris dans une simplicité proche de la pauvreté.
Il mourut le 5 décembre 1891 dans le 8e arrondissement de Paris, trois jours après son soixante-sixième anniversaire. Des décennies plus tard, ses restes furent rapatriés au Brésil, où il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands personnages de l'histoire nationale. Réhabilité par la postérité, Pierre II incarne un idéal de monarque éclairé, libéral et ami des arts, qui contraste avec les violences et les instabilités politiques qui suivirent son règne.
