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Bataille de Stalingrad

Bataille majeure et décisive de la Seconde Guerre mondiale

7 min01/01/2024
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Au tournant de 1942 et 1943, dans une ville dévastée sur les rives de la Volga, se joua l'une des batailles les plus sanglantes et les plus décisives de l'histoire militaire mondiale. La bataille de Stalingrad, qui s'étendit du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, opposa les forces de l'Union soviétique à celles du Troisième Reich et de ses alliés dans un affrontement titanesque qui coûta la vie à des centaines de milliers de combattants et de civils, et qui marqua un tournant stratégique irréversible dans la Seconde Guerre mondiale.

L'origine de la bataille se trouve dans la deuxième grande offensive stratégique allemande en URSS, l'opération Fall Blau, lancée le 28 juin 1942. Son objectif principal était la conquête des champs de pétrole du Caucase, essentiels à la machine de guerre nazie. Mais pour protéger le flanc nord de cette offensive, le front devait s'appuyer sur deux grands fleuves, le Don et la Volga. Stalingrad se trouvait précisément à l'endroit où la distance entre ces deux fleuves était la plus étroite, faisant de la ville un point stratégique de premier ordre. De plus, Stalingrad était un nœud de communications ferroviaire et fluvial dont la prise aurait coupé les principales voies nord-sud soviétiques, et une partie de l'aide américaine transitait par la Volga.

Voyant leurs troupes progresser plus vite que prévu dans un premier temps, les commandants allemands commirent l'erreur de vouloir mener simultanément l'offensive vers le Caucase et celle vers Stalingrad, dispersant leurs forces et affaiblissant les deux axes. La priorité accordée au ravitaillement des troupes engagées dans le Caucase fragilisa notablement l'offensive vers la Volga. Les Soviétiques profitèrent de ce répit pour envoyer des renforts massifs. Début août, ils montèrent une gigantesque contre-offensive blindée qui échoua malgré les impressionnants moyens déployés, mais qui ralentit considérablement la progression allemande.

Le 23 août 1942, l'avant-garde allemande atteignit le nord de Stalingrad. Des milliers de civils avaient déjà quitté la ville, mais une grande partie de la population resta, contrainte par les autorités soviétiques. La Luftwaffe lança des bombardements dévastateurs qui transformèrent la cité en un champ de ruines. Les Soviétiques lancèrent de furieuses contre-attaques pour briser l'isolement de la ville, les sanglantes offensives de Kotlouban qui durèrent jusqu'à fin septembre et échouèrent à rejoindre la ville mais empêchèrent les corps d'armée allemands de consacrer toutes leurs forces à l'assaut urbain.

Les combats de rue qui s'ensuivirent sont devenus légendaires pour leur férocité et leur intensité. Dans un enchevêtrement de ruines, de caves et d'immeubles éventrés, des groupes de soldats se disputèrent pendant des semaines chaque pièce, chaque couloir, chaque enjambée de terrain. Le général Vasili Tchouïkov, commandant la 62e armée soviétique défendant la ville, développa des tactiques de combat rapproché visant à annuler la supériorité aérienne et en matériel des Allemands. Les snippers soviétiques, dont le plus célèbre fut Vassili Zaïtsev avec ses nombreuses victimes, devinrent des symboles de cette résistance acharnée.

Pendant que les combats urbains se poursuivaient, l'état-major soviétique préparait en secret une vaste opération de contre-offensive. L'opération Uranus, lancée le 19 novembre 1942, fut un chef-d'œuvre opérationnel. Deux puissants groupes blindés soviétiques percèrent les lignes des armées roumaines, italiennes et hongroises qui flanquaient la 6e armée allemande du général Friedrich Paulus, beaucoup plus vulnérables que les unités allemandes de ligne. En quelques jours, les deux pinces soviétiques se rejoignirent à Kalatch, encerclant quelque 330 000 soldats de l'Axe dans ce qu'on appela le Kessel, le chaudron.

Hitler refusa catégoriquement toute tentative de percée et ordonna à la 6e armée de tenir sur place, promettant un ravitaillement par voie aérienne que la Luftwaffe fut incapable de fournir en quantité suffisante. Une tentative de déblocage menée par le groupe d'armées Don sous le maréchal von Manstein échoua en décembre 1942, faute de renforts suffisants et face à la résistance soviétique. Progressivement, l'étau se resserra sur les soldats encerclés, décimés par le froid sibérien, la faim et les combats incessants. En janvier 1943, les Soviétiques lancèrent l'opération Anneau pour réduire la poche.

Le 31 janvier 1943, Paulus, qui venait d'être promu maréchal dans ce qui ressemblait à une invitation au suicide honorable, capitula avec son état-major. Le 2 février, les dernières résistances allemandes dans la ville s'éteignirent. Sur les quelque 330 000 hommes encerclés, environ 91 000 furent faits prisonniers, dont vingt-quatre généraux et Paulus lui-même. Seuls quelques milliers d'entre eux survécurent à la captivité et rentrèrent en Allemagne après la guerre, parfois dix ans plus tard.

Le bilan humain total de la bataille dépasse l'entendement. Environ 1 130 000 soldats soviétiques furent tués ou blessés, et les troupes allemandes, roumaines, italiennes, hongroises et croates perdirent de l'ordre de 760 000 hommes, dont 244 000 prisonniers. Les pertes civiles soviétiques furent de l'ordre de 100 000 personnes. En cumulant toutes ces pertes, la bataille fit près de 2 millions de victimes. Côté soviétique, les pertes matérielles furent également colossales : 4 300 chars, 15 700 canons et 2 700 avions, contre 150 chars, 1 800 canons et 650 avions du côté allemand.

La bataille de Stalingrad constitua avec la bataille de Moscou en décembre 1941 et avant la bataille de Koursk en juillet 1943, l'une des grandes défaites de l'armée allemande sur le front de l'Est et un tournant stratégique majeur de la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois, une armée allemande entière fut encerclée et capitula. Le mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht fut définitivement brisé. En Allemagne, le deuil national proclamé par Goebbels marqua les esprits comme aucun autre événement depuis le début de la guerre.

La bataille de Stalingrad reste dans les mémoires pour l'ampleur des destructions, la férocité des combats urbains, les conditions hivernales extrêmes et ses impacts psychologiques et symboliques considérables. Elle symbolise à la fois la brutalité absolue de la guerre totale et la capacité de résistance des peuples face à l'agression. Le nom de Stalingrad, rebaptisée Volgograd en 1961, demeure associé dans toutes les mémoires à la notion de sacrifice et de point de bascule historique.

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