Alexandre le Grand est sans conteste l'un des personnages les plus extraordinaires que l'histoire de l'humanité ait jamais produit. Né le 21 juillet 356 avant notre ère à Pella, capitale du royaume de Macédoine, il mourut le 11 juin 323 avant notre ère à Babylone, à l'âge de trente-deux ans seulement, après avoir conquis un empire s'étendant de la Grèce jusqu'aux rives de l'Indus, soit l'un des plus vastes qu'un homme ait jamais soumis à son autorité en si peu de temps.
Fils de Philippe II, roi de Macédoine, et d'Olympias, princesse d'Épire, Alexandre grandit dans un environnement façonné par la guerre et la politique. Son père avait transformé la Macédoine en première puissance militaire de la Grèce, développant une armée d'une efficacité redoutable grâce notamment à la phalange macédonienne et à l'usage combiné de l'infanterie et de la cavalerie. Alexandre bénéficia par ailleurs d'une formation intellectuelle d'exception : le philosophe Aristote lui-même fut son précepteur pendant plusieurs années, lui enseignant la philosophie, la médecine, les sciences naturelles et la rhétorique. Cette double formation — martiale et intellectuelle — allait définir un souverain capable à la fois de diriger une armée et de s'interroger sur le sens de ses conquêtes.
Lorsque Philippe II fut assassiné en 336 avant notre ère, Alexandre hérita d'un royaume puissant et d'une armée aguerrie, mais aussi d'une situation politique délicate. Des révoltes éclatèrent dans plusieurs cités grecques qui espéraient profiter de la mort du père pour s'émanciper de la tutelle macédonienne. Alexandre les réprima avec une rapidité et une brutalité qui établirent immédiatement son autorité : la destruction de Thèbes, dont seules les maisons du poète Pindare et les temples furent épargnés, envoya un message sans équivoque au monde grec. Ayant consolidé sa position en Macédoine et en Grèce, il entreprit la réalisation du projet panhellénique que son père avait conçu : la guerre contre l'Empire perse.
En 334 avant notre ère, Alexandre traversa l'Hellespont avec une armée d'environ quarante mille fantassins et cinq mille cavaliers, démarrant une campagne qui allait durer dix ans et transformer le monde antique. Sa première grande victoire fut remportée au Granique, en Anatolie, contre les satrapes perses qui lui barraient la route. Cette bataille lui ouvrit les portes de l'Asie Mineure, et de cité en cité, les Grecs d'Asie accueillirent souvent leurs libérateurs avec soulagement. En 333 avant notre ère, il affronta le roi perse Darius III en personne à Issos, en Cilicie. Malgré une infériorité numérique significative, sa tactique de choc — charger personnellement avec la cavalerie des Compagnons vers le centre adverse — provoqua la déroute des Perses et la fuite de Darius, qui abandonna sa famille et son trésor sur le champ de bataille.
Plutôt que de poursuivre immédiatement Darius vers l'Est, Alexandre préféra sécuriser ses arrières en neutralisant les grandes cités de la côte phénicienne. Le siège de Tyr, considérée comme imprenable sur son île, dura sept mois mais se solda par la victoire macédonienne. Alexandre rejoignit ensuite l'Égypte, où il fut accueilli comme un libérateur du joug perse. Les prêtres égyptiens le reconnurent comme pharaon et fils du dieu Amon, et il fonda à l'embouchure du Nil la cité qui porterait son nom : Alexandrie, destinée à devenir l'une des plus grandes métropoles du monde antique et le foyer intellectuel de la Méditerranée pendant des siècles.
La bataille de Gaugamèles, en 331 avant notre ère, en Mésopotamie, fut le coup de grâce porté à l'Empire perse. Darius III, qui avait rassemblé une armée colossale, fut une nouvelle fois vaincu et contraint à la fuite. Alexandre entra ensuite dans les capitales perses — Babylone, Suse, Persépolis — et fit brûler le palais de Persépolis, geste symbolique qui marquait la vengeance de la Grèce pour l'incendie de l'Acropole d'Athènes par Xerxès un siècle et demi auparavant. Darius fut assassiné par ses propres satrapes en 330, et Alexandre n'eut plus qu'à recueillir les fruits d'une victoire déjà consommée.
La conquête se poursuivit vers les régions orientales de l'ancien empire perse : la Bactriane et la Sogdiane, correspondant approximativement à l'actuel Afghanistan et à une partie de l'Asie centrale, opposèrent une résistance acharnée. C'est là qu'Alexandre épousa Roxane, une princesse bactrienne, geste qui illustrait sa politique délibérée d'intégration des élites vaincues. Il adopta certaines coutumes persanes, ce qui lui valut les critiques de ses compagnons macédoniens, habitués à considérer les Perses comme des barbares inférieurs. La proskynèse — la prosternation devant le roi, coutume perse — fut notamment une source de tensions avec son entourage proche.
La campagne de l'Inde, menée entre 327 et 325 avant notre ère, poussa l'armée macédonienne jusqu'au Pendjab actuel. La bataille de l'Hydaspe, en 326, contre le roi indien Poros, fut la dernière grande victoire militaire d'Alexandre. Mais ses soldats, épuisés par des années de marche et de combats, refusèrent d'avancer plus loin vers l'Est. Alexandre dut accepter leur mutinerie et entamer le chemin du retour, un chemin qui allait se révéler particulièrement meurtrier à travers les déserts de Gédrosie.
Alexandre mourut à Babylone en juin 323 avant notre ère, probablement d'une fièvre — peut-être la typhoïde, peut-être une pneumonie aggravée par une blessure et par ses excès de boisson — laissant un empire sans héritier désigné. Ses généraux, les Diadoques, se disputèrent la succession pendant des décennies, divisant finalement l'empire en royaumes distincts qui constituèrent les monarchies de l'époque hellénistique. Son héritage dépasse cependant le simple cadre militaire : la diffusion de la culture grecque à travers l'Asie, le développement des échanges commerciaux entre l'Europe et l'Orient, la fondation d'une vingtaine de cités hellénistiques, dont Alexandrie d'Égypte, ont profondément transformé le visage du monde antique. Ce brassage culturel, que les historiens nomment hellénisme, allait influencer la civilisation romaine, les débuts du christianisme et l'essor de la science islamique médiévale.
