Albert II, également connu sous le nom d'Albert V de Habsbourg ou d'Autriche, et surnommé le Magnanime, naquit le 16 août 1397 à Vienne. Il mourut le 27 octobre 1439 à Neszmély, en Hongrie, laissant derrière lui un règne bref mais décisif dans l'histoire de la maison de Habsbourg et du Saint-Empire romain germanique. Fils du duc Albert IV d'Autriche et de Jeanne-Sophie de Bavière, issue de la maison de Wittelsbach, il avait également une sœur, Marguerite, née en 1395, qui se maria en 1412 avec le duc Henri XVI de Bavière.
La jeunesse d'Albert fut marquée par la mort prématurée de son père, survenue le 14 septembre 1404 lors d'une expédition militaire aux côtés de Sigismond de Luxembourg contre ses cousins Jobst et Procope de Moravie. Albert n'avait que sept ans. Il demeura sous la tutelle de ses cousins léopoldiniens, d'abord Guillaume jusqu'en 1406, puis Léopold IV et Ernest Ier, jusqu'à sa majorité en 1411. Cette période de tutelle coïncida avec un nouveau partage des possessions habsbourgeoises : Albert conserva le duché d'Autriche proprement dit, au bord du Danube, ligne de la branche albertinienne, tandis que ses deux cousins survivants se partagèrent le reste des terres, Ernest recevant l'Autriche intérieure — les duchés de Styrie, de Carinthie et de Carniole — et Frédéric IV l'Autriche antérieure avec le Tyrol.
Depuis le traité de Neuberg conclu en 1379 entre les ducs Albert III et Léopold III d'Autriche, les territoires héréditaires des Habsbourg avaient été divisés entre deux branches de la dynastie. Albert IV et son fils appartenaient à la branche albertinienne qui régnait sur le duché d'Autriche. Dès qu'il prit en main ses affaires, Albert se montra un prince énergique et déterminé, soucieux de consolider et d'étendre l'influence de sa maison.
Le tournant décisif de sa vie fut son mariage, le 28 septembre 1421, avec Élisabeth de Luxembourg, née en 1409, fille de l'empereur Sigismond. Cette union lui conféra des droits de succession sur plusieurs trônes d'Europe centrale. Il s'engagea aux côtés de son beau-père dans les guerres hussites, participant notamment à une embarrassante défaite à Domažlice, où les forces du Saint-Empire, pourtant largement supérieures en nombre, subirent une cuisante déroute face aux troupes hussites, laissant plusieurs milliers de morts sur le terrain.
À la mort de Sigismond, survenue sans héritier mâle le 9 décembre 1437, l'héritage dynastique s'ouvrit en cascade pour Albert. Il fut élu roi de Hongrie par les nobles à Pozsony le 18 décembre 1437, sous le nom d'Albert Ier, et fut couronné le 1er janvier suivant. Simultanément, il devint roi de Bohême le 24 décembre 1437, où il bénéficiait du soutien des catholiques et des hussites modérés, bien que les hussites radicaux — les taborites et les partisans de Jean de Rokycana — eussent offert la couronne de Bohême au prince polonais Casimir Jagellon. Son couronnement à Prague eut lieu le 29 juin 1438.
Le 18 mars 1438, Albert dut quitter la Hongrie pour être élu roi des Romains sous le nom d'Albert II, accédant ainsi à la dignité la plus haute de la hiérarchie féodale germanique. Cette absence provoqua un mécontentement parmi la noblesse hongroise, irritée par cet éloignement inopiné. Pour s'attirer les faveurs des nobles, Albert accepta de leur consentir des gages lors de la Diète de Buda. Son couronnement en tant que roi des Romains eut lieu le 31 mai 1438 dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. Son règne trop bref ne lui permit pas d'aller recevoir à Rome la couronne impériale des mains du pape, couronnant ainsi formellement son pouvoir sur le Saint-Empire.
Albert II incarna une figure centrale dans la résistance à l'expansionnisme ottoman, menace croissante qui pesait sur l'Europe centrale. C'est dans ce contexte qu'il s'engagea dans une campagne militaire visant à libérer la Serbie de la pression ottomane. Mais avant que cette expédition n'atteigne ses objectifs, il fut terrassé par une infection intestinale contractée au cours de la campagne et mourut le 27 octobre 1439 à Neszmély, en Hongrie, à l'âge de quarante-deux ans.
Bien qu'il soit mort sans avoir pu consolider son immense héritage, le règne d'Albert II fut décisif pour l'avenir de la maison de Habsbourg. Son accession au trône du Saint-Empire, même avortée par son décès prématuré, établit un précédent qui permit à la maison de Habsbourg, puis à la maison de Habsbourg-Lorraine, de régner sur le Saint-Empire romain germanique de manière quasi ininterrompue jusqu'à la dissolution de cette institution en 1806. Ce fut donc un homme dont le règne éphémère porta les germes d'une domination dynastique qui allait durer près de quatre siècles et façonner l'histoire de l'Europe centrale de manière indélébile.