L'Empire byzantin, officiellement désigné comme l'Empire romain d'Orient, constitue l'une des entités politiques les plus durables et les plus fascinantes de toute l'histoire humaine. Héritier direct de la Rome antique, il survécut pendant plus d'un millénaire après la chute de l'Occident romain, adaptant continuellement ses structures, sa culture et sa diplomatie face à des siècles de crises, d'invasions et de transformations profondes. Les historiens débattent encore de sa date de naissance précise : certains retiennent l'année 330, lorsque l'empereur Constantin Ier fonda Constantinople sur le site de l'ancienne Byzance et en fit la nouvelle capitale de l'Empire ; d'autres préfèrent l'année 395, lorsque la mort de Théodose Ier entraîna la division définitive de l'Empire romain entre ses deux fils.
Constantinople, bâtie sur un promontoire triangulaire dominant le détroit du Bosphore, à la jonction entre l'Europe et l'Asie, occupait une position géographique d'une valeur stratégique et commerciale incomparable. Protégée par ses remparts théodosiens d'un côté et par la mer de l'autre, la ville résista pendant des siècles à d'innombrables sièges, devenant le symbole de la résistance byzantine face à des ennemis venus de tous les horizons. Sa population, qui atteignit plusieurs centaines de milliers d'habitants à son apogée, en faisait la plus grande ville du monde chrétien médiéval.
En 476, lorsque le dernier emperor d'Occident, Romulus Augustule, fut déposé par Odoacre, l'empereur byzantin se retrouva seul souverain légitime de l'ensemble de l'Empire romain en titre. Cette situation nourrit une ambition de reconquête qui s'incarna de manière spectaculaire sous le règne de Justinien Ier, qui gouverna de 527 à 565. Justinien, secondé par son brillant général Bélisaire, lança de vastes campagnes militaires qui permirent de récupérer l'Afrique du Nord aux Vandales, l'Italie aux Ostrogoths et une partie du sud de l'Espagne aux Wisigoths. L'Empire semblait un instant avoir retrouvé ses anciennes frontières impériales. Justinien fit également accomplir à la civilisation byzantine une œuvre législative monumentale avec la codification du droit romain, le Corpus juris civilis, qui allait influencer les systèmes juridiques européens pendant des siècles.
L'Empire byzantin présentait une identité culturelle originale et composite, mêlant trois héritages essentiels : la tradition politique et juridique romaine, la culture grecque — dont la langue devint progressivement la langue dominante de l'administration et de la société — et le christianisme orthodoxe, qui imprégnait toutes les dimensions de la vie sociale, artistique et intellectuelle. La mosaïque de Sainte-Sophie, les icônes aux fonds d'or, les chants byzantins — tout exprimait cette civilisation singulière dont la beauté formelle cachait une profonde spiritualité.
À partir du VIIe siècle, l'empire fut soumis à des pressions extérieures d'une intensité nouvelle. L'expansion foudroyante de l'islam arracha à Byzance la Syrie, la Palestine et l'Égypte en l'espace de quelques décennies, amputation dramatique qui priva l'empire de ses provinces les plus riches et les plus peuplées. Simultanément, les Slaves et les Avars menaçaient les Balkans, et les Lombards consolidaient leur emprise sur l'Italie. L'Empire dut se réorganiser profondément, adoptant un système militaro-administratif fondé sur des thèmes, grandes circonscriptions où pouvoir civil et pouvoir militaire étaient réunis entre les mêmes mains.
La crise iconoclaste, qui déchira l'Empire de 726 à 843 autour de la question de la licéité du culte des images saintes, représenta une période de bouleversements intenses, mais elle déboucha finalement sur un renforcement de l'identité orthodoxe et sur une nouvelle vague d'expansion. Sous Basile II, dit le Tueur de Bulgares, qui régna de 976 à 1025, l'Empire atteignit son apogée médiéval, étendant son autorité sur les Balkans, une grande partie du Caucase et les frontières orientales jusqu'à l'Euphrate. C'est sous son règne que la conversion des Slaves orientaux au christianisme orthodoxe, avec la Russie de Vladimir Ier, fut consolidée, semant les graines d'un héritage byzantin qui perdure jusqu'à nos jours dans l'espace orthodoxe.
Le tournant dramatique vint en 1204, lorsque les croisés de la quatrième croisade, détournés de leur objectif initial par les intérêts commerciaux vénitiens et les querelles dynastiques byzantines, s'emparèrent et pillèrent Constantinople. L'Empire fut disloqué, remplacé par un éphémère Empire latin et plusieurs États grecs successeurs. L'empire se reconstitua en 1261 sous les Paléologues, mais dans un état de faiblesse chronique qui le rendait vulnérable à la fois aux ambitions des républiques italiennes de Gênes et de Venise, qui contrôlaient le commerce de la Méditerranée orientale, et à la montée en puissance des Ottomans dans les Balkans et en Anatolie.
La chute finale vint le 29 mai 1453, lorsque le sultan Mehmed II s'empara de Constantinople après un siège de cinquante-trois jours. Le dernier emperor byzantin, Constantin XI Paléologue, mourut au combat lors des ultimes défenses de la ville. La grande cathédrale Sainte-Sophie fut transformée en mosquée, et un empire millénaire s'éteignit. Son héritage fut pourtant immense : la conservation et la transmission de la culture grecque antique à l'Occident au moment de la Renaissance, le développement d'une civilisation artistique et théologique d'une grande originalité, et la diffusion du christianisme orthodoxe dans tout l'espace slave et balkanique, dont les effets se font encore sentir dans la géopolitique contemporaine.