Au début du XIIIe siècle, sur les steppes balayées par les vents de l'Asie centrale, un chef de guerre nommé Temüdjin accomplit ce que nul n'avait réussi avant lui : unifier sous une autorité unique les tribus nomades mongoles, perpétuellement divisées par des rivalités claniques et des cycles de vengeance sans fin. En 1206, lors d'un grand conseil tribal appelé kurultai, il reçut le titre de Gengis Khan, que l'on peut traduire approximativement par « souverain universel ». De cette désignation naquit l'embryon de ce qui allait devenir le plus grand empire terrestre contigu de toute l'histoire humaine, connu sous le nom d'ikh mongol ulus, le Grand État mongol.
Les Mongols s'inscrivaient dans une longue tradition de peuples nomades des steppes d'Eurasie. Descendants des Xianbei, liés culturellement et linguistiquement aux proto-mongols qui parlaient le khitan, ils étaient des pasteurs éleveurs et des guerriers d'une mobilité exceptionnelle. Leurs ancêtres les Xiongnu, premiers pasteurs nomades à avoir constitué un empire des steppes et à avoir installé une capitale, Long Cheng, avaient établi dès le IIe siècle avant notre ère la tradition des grands États nomades. Au IVe siècle, le Kaghanat Rouran avait contrôlé une vaste région du Xinjiang à la Sibérie, ses dirigeants portant le titre de Khagan, supérieur au simple titre de Khan — une hiérarchie que les Mongols allaient à leur tour reprendre et amplifier.
La force militaire mongole reposait sur plusieurs innovations tactiques décisives. La cavalerie légère mongole, capable de parcourir des distances considérables en très peu de temps, pratiquait des manœuvres enveloppantes et des retraites simulées qui déstabilisaient les formations adverses. Les guerriers mongols étaient formés dès l'enfance au maniement de l'arc composite, qui pouvait être utilisé à toute allure depuis la selle. Mais Gengis Khan sut également incorporer à son armée les techniques de siège apprises des populations conquises, recrutant des ingénieurs chinois et perses capables de construire et manœuvrer des catapultes et des béliers contre les villes fortifiées.
Les conquêtes s'étendirent à une vitesse qui stupéfia le monde connu. Après avoir soumis les peuples voisins des steppes, Gengis Khan lança ses armées contre l'empire Jin de Chine du Nord à partir de 1211, puis contre le puissant empire Khwarezm en Asie centrale à partir de 1219, après que son sultan eut commis l'erreur fatale de massacrer des ambassadeurs mongols. Les représailles furent d'une violence qui frappait les contemporains de stupeur : des villes entières comme Samarkand, Merv et Nishapur furent rasées, leurs populations massacrées ou réduites en esclavage. Gengis Khan mourut en 1227, probablement lors de la campagne contre les Tangut, laissant un empire qui s'étendait de la mer Caspienne à la Chine du Nord.
Ses successeurs poursuivirent et amplifièrent les conquêtes. Ses fils et petits-fils soumirent la Russie kiévienne dans les années 1237-1241, ravageant des villes comme Kiev, Vladimir et Moscou. Ils s'avancèrent jusqu'en Pologne et en Hongrie, battant les chevaliers européens à Legnica et sur la rivière Sajó. La mort du grand Khan Ögedei en 1241 seule stoppa une avancée qui aurait pu atteindre l'Europe de l'Ouest. À la fin du XIIIe siècle, l'empire s'étendait de la rive orientale de la Méditerranée à l'océan Pacifique, englobant la Chine entière, la Corée, la Perse, l'Irak, une grande partie de la Russie, l'Asie centrale, le nord de l'Inde et la Mongolie.
Cet empire colossal devint rapidement impossible à gouverner comme une entité unifiée. À partir de 1260, sous le règne du petit-fils de Gengis Khan, Kubilai Khan, il se divisa en quatre grandes régions : la Horde d'or dans les steppes russes, gouvernée par les descendants de Djötchi ; les Ilkhans de Perse, issus de Hülegü ; le khanat de Djaghataï en Asie centrale ; et la Chine de la dynastie Yuan, fondée par Kubilai lui-même et décrite au monde occidental par Marco Polo dans son célèbre récit de voyage. Ces quatre entités entretinrent entre elles des relations tantôt coopératives, tantôt conflictuelles, chacune évoluant vers une synthèse culturelle avec les populations qu'elle dominait.
L'impact des conquêtes mongoles sur l'histoire de l'Eurasie fut considérable à double titre. D'un côté, la destruction fut massive : des régions entières comme l'Asie centrale et la Perse mettront des siècles à se remettre démographiquement et économiquement des ravages mongols. De l'autre, l'empire unifié facilita une période de circulation intense des personnes, des marchandises, des idées et des épidémies le long des routes commerciales de la Pax mongolica. La Route de la Soie connut une renaissance remarquable, permettant des échanges sans précédent entre la Chine, l'Inde, la Perse et l'Europe. Certains historiens voient dans la Pax mongolica un précédent de mondialisation médiévale, même si cette ouverture facilita également la propagation de la peste noire vers l'Europe dans les années 1340.
Après la dissolution de l'empire unifié, le rêve de le reconstituer hanta les dirigeants centro-asiatiques pendant des générations. Tamerlan, à la tête de l'Empire timouride à la fin du XIVe et au début du XVe siècle, tenta de reconstituer cet empire sans jamais y parvenir pleinement. Les grands Moghols, qui régnèrent sur l'Inde du nord de 1526 à 1857, revendiquèrent une ascendance mongole bien que d'origine turcique. Certaines principautés, ou khanats, issues de l'empire mongol maintinrent une continuité dynastique jusqu'aux années 1920. L'héritage de Gengis Khan, fascinant et terrible à la fois, continue d'habiter l'historiographie mondiale et la mémoire collective de nombreux peuples d'Asie et d'Europe orientale.
