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Abd al-Rahman III

Émir puis calife omeyyade de Cordoue (912-961)

8 min01/01/2024
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Dans l'Espagne du dixième siècle, dominée en grande partie par la civilisation islamique rayonnante d'al-Andalus, un souverain se distingue par son exceptionnelle longévité au pouvoir et par sa capacité à transformer un émirat au bord du chaos en un califat prospère et influent. Abd al-Rahman III, né à Cordoue le 7 janvier 891, incarne à lui seul l'apogée de la civilisation omeyyade en Occident.

Sa naissance illustre déjà la singulière complexité ethnique et culturelle d'al-Andalus. Il est le fils de Muhammad, lui-même fils du septième émir omeyyade indépendant Abd Allah ben Muhammad, et d'une concubine basque et chrétienne prénommée Muzna. Sa grand-mère paternelle est également basque et chrétienne, l'infante royale Onneca Fortúnez, fille du roi de Navarre Fortún Garcés. Par cette ascendance proche, le jeune prince est aux trois quarts basque, ce qui se manifeste physiquement par ses yeux bleus, sa peau claire et ses cheveux roux, que l'histoire relate qu'il teignait en noir pour se donner une apparence plus arabe et affirmer ainsi son identité dynastique omeyyade.

La mort précoce de son père laisse Abd al-Rahman orphelin très jeune, et c'est son grand-père Abd Allah qui l'élève et le forme. Lorsque ce dernier meurt en 912, le jeune homme accède au trône à l'âge de vingt et un ans. L'émirat qu'il hérite est dans un état critique. Des décennies de guerres civiles et de rébellions provinciales ont fragmenté l'autorité du pouvoir central. Des gouverneurs dissidents contrôlent des territoires entiers, des familles locales se comportent en seigneurs pratiquement indépendants, et l'ensemble de la péninsule est parcourue de conflits permanents.

Dès les premières années de son règne, Abd al-Rahman tranche clairement avec la politique de son prédécesseur. Là où Abd Allah se contentait d'un tribut annuel des gouverneurs rebelles, le jeune émir annonce fermement qu'il n'hésitera pas à reconquérir par la force toute province qui lui résistera, tout en promettant un pardon généreux à ceux qui se soumettraient pacifiquement. Cette combinaison de fermeté et de clémence s'avère remarquablement efficace. En 913, la ville de Jaén, échappée à l'autorité du sultan depuis plus de vingt ans, est reprise, ses forteresses adjacentes se rendent sans combattre. Les provinces d'Elvira et de Jaén sont rapidement pacifiées.

La reconquête est néanmoins jalonnée d'épreuves. En 914, Carmona est reprise, mais en 915, une terrible famine frappe Cordoue, contraignant Abd al-Rahman à suspendre ses campagnes. Les ennemis les plus obstinés subissent néanmoins une répression implacable : la forteresse de Tolox, qui résiste longuement, voit une partie de sa population exécutée en représailles. Séville et la puissante famille d'Ibrahim banu Hadjadj, qui avait proclamé son indépendance, se rendent le 20 septembre 913. Ces victoires successives impressionnent les seigneurs encore rebelles, qui déposent les armes les uns après les autres sans engager le combat. La pacification du pays va durer de nombreuses années, mais la tendance est clairement établie.

La politique d'Abd al-Rahman se distingue par une remarquable équité envers les populations soumises. Son comportement juste et prévisible envers les musulmans comme envers les chrétiens qui déposaient les armes facilite considérablement son œuvre de reconquête et témoigne d'une vision politique sophistiquée. Il ne cherche pas simplement à dominer mais à gouverner des populations diverses dans un cadre stable et prévisible.

En 917, l'émirat est suffisamment unifié pour qu'il puisse se consacrer à la consolidation du pouvoir central. La prospérité revient progressivement dans les territoires pacifiés. Puis vient la décision la plus symboliquement chargée de tout son règne. En 929, constatant que les califes abbassides de Bagdad ne représentent plus qu'une autorité théorique affaiblie, et refusant de continuer à se considérer comme leur vassal politique ou religieux, Abd al-Rahman rompt définitivement avec leur tutelle. Il se proclame calife, prenant les titres d'Amir al-Mu'minin, le commandeur des croyants, et d'al-Nasir li-din Allah, le partisan de la religion de Dieu. Ce geste fonde officiellement le califat de Cordoue et marque l'entrée d'al-Andalus dans une ère de pleine souveraineté.

Le califat de Cordoue sous Abd al-Rahman III devient rapidement l'une des entités politiques les plus puissantes et les plus brillantes de son temps. La capitale cordouane rivalise avec Bagdad et Constantinople par sa splendeur architecturale et intellectuelle. La ville abrite des bibliothèques immenses, des philosophes, des médecins, des astronomes et des poètes que le calife attire et protège. La construction de la cité palatiale de Madinat al-Zahra, joyau architectural aux portes de Cordoue, traduit visuellement l'ambition et la richesse du nouveau califat.

Abd al-Rahman III règne jusqu'à sa mort survenue le 15 octobre 961 à Madinat al-Zahra, après quarante-neuf ans de gouvernement. Son fils Al-Hakam II lui succède et poursuit l'œuvre culturelle et politique de son père. Le calife laisse derrière lui un État unifié, prospère, et reconnu sur la scène internationale, qui entretient des relations diplomatiques avec l'Empire byzantin, les royaumes chrétiens du nord de la péninsule Ibérique, et les puissances de tout le monde connu. Son règne reste à ce jour l'une des périodes les plus remarquables de l'histoire de l'Espagne médiévale, symbole d'une coexistence des cultures et d'une excellence intellectuelle que l'Europe n'oubliera pas.

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