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Edmond de Lancastre

Prince anglais

4 min01/01/2024
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Edmond de Lancastre, né le 16 janvier 1245 à Londres, fut l'un des princes anglais les plus actifs et les plus influents du XIIIe siècle. Second fils survivant du roi Henri III d'Angleterre et d'Éléonore de Provence, il grandit dans l'ombre de son frère aîné, le futur Édouard Ier, tout en forgeant son propre destin à travers des croisades, des guerres dynastiques et des alliances matrimoniales d'une grande portée politique.

Dès sa jeunesse, le jeune prince fut l'objet de nominations symboliques mais révélatrices des ambitions papales et royales de l'époque. En 1253, le pape Innocent IV l'investit comme souverain du royaume de Sicile et des Pouilles, une désignation qui demeurait largement théorique tant que le roi Conrad IV des Romains, le véritable souverain sicilien, était encore en vie. À peu près au même moment, Edmond reçut le titre de comte de Chester, qui fut toutefois rapidement attribué à son frère aîné. Ces gestes témoignaient néanmoins de l'importance que la papauté et la couronne anglaise accordaient à ce jeune prince.

Le tournant décisif de sa carrière survint en 1265, dans le sillage de la déchéance de son oncle Simon de Montfort, comte de Leicester. Après l'écrasement de la révolte des barons et la mort de Montfort à la bataille d'Évesham, Edmond hérita de titres et de terres considérables. Il fut nommé comte de Leicester et comte de Lancastre, devenant ainsi lord-grand-intendant d'Angleterre et recevant les terres de Segrave. Cette accumulation de titres et de domaines fit de lui un grand seigneur féodal dont la puissance était désormais indiscutable.

En 1267, Edmond consolida encore davantage sa position en obtenant le domaine de Builth, après s'être opposé à Llywelyn ap Gruffydd, le dernier prince celtique du pays de Galles. Pour l'aider à étendre son emprise sur les marches galloises, son frère aîné lui octroya également les seigneuries des domaines contigus de Skenfrith, de Grosmont et du château Blanc, ainsi que celle de Monmouth. Cette même année, il fut nommé shérif de Lancashire, renforçant encore son autorité dans le nord-ouest de l'Angleterre.

En 1271, Edmond accompagna son frère Édouard lors de la neuvième croisade en Palestine. C'est de cette expédition qu'il tira son surnom de Crouchback, terme qui, dans le vieil anglais, signifiait littéralement « dos croisé », faisant allusion à la croix cousue sur les vêtements des croisés — le terme latin correspondant étant crucesignatus. Ce sobriquet, parfois interprété à tort comme une référence physique, était en réalité un signe de piété et de dévotion chevaleresque.

À son retour de croisade, Edmond semble avoir fait du château de Grosmont son lieu de résidence favori, y entreprenant d'importants travaux de reconstruction. C'est probablement en ce château gallois que naquit en 1281 son fils Henri, qui allait devenir le 3e comte de Lancastre. Cette résidence au cœur des marches galloises témoignait de l'importance stratégique que les domaines de l'Ouest représentaient pour le prince.

Sur le plan matrimonial, Edmond connut deux unions aux destins bien différents. Le 8 avril 1269, il épousa en premières noces Aveline, fille de Guillaume de Forz, comte d'Albemarle. Cette jeune épouse mourut exactement quatre ans après leur mariage, à l'âge de quinze ans seulement, et fut inhumée à Westminster. Le couple n'eut pas d'enfants, bien que certaines sources évoquent la possibilité qu'Aveline soit décédée lors d'un accouchement ou peu après une fausse couche.

Sa seconde union fut bien plus fructueuse et politiquement significative. Le 3 février 1276, Edmond épousa à Paris Blanche d'Artois, veuve du roi Henri Ier de Navarre et comte de Champagne et de Brie, et fille de Robert, comte d'Artois, et de Mathilde, duchesse de Brabant. Ce mariage fit de lui, jure uxoris, comte de Champagne, élargissant ainsi considérablement son influence au-delà des frontières anglaises. De cette union naquirent trois fils : Thomas de Lancastre, né vers 1278, qui allait devenir le 2e comte de Lancastre avant d'être exécuté le 22 mars 1322 ; Henri de Lancastre, né vers 1281 et mort le 22 septembre 1345, qui hérita du comté ; et Jean de Lancastre, seigneur de Beaufort et de Nogent-l'Artaud.

Les dernières années d'Edmond furent marquées par les conflits militaires en France. Nommé chef de l'armée anglaise en Guyenne dans le cadre de la guerre qui opposait l'Angleterre à la France, il tenta de reprendre Bordeaux par un siège qui s'avéra infructueux. Contraint de battre en retraite, il se réfugia à Bayonne, ville qui allait devenir le lieu de sa mort le 5 juin 1296. Son corps fut rapatrié en Angleterre avec les honneurs dus à son rang, et il fut inhumé le 15 juillet 1296 à l'abbaye de Westminster, nécropole royale par excellence.

Edmond de Lancastre laissa derrière lui un héritage dynastique considérable. En tant que fondateur de la maison royale de Lancastre, il posa les bases d'une lignée qui allait jouer un rôle capital dans l'histoire anglaise des siècles suivants. Son fils Thomas, malgré son destin tragique, et son fils Henri perpétuèrent cette lignée, dont les descendants allaient revendiquer la couronne d'Angleterre lors de la guerre des Deux-Roses. Guerrier, croisé, administrateur et diplomate, Edmond de Lancastre incarne les multiples facettes du prince médiéval au service de la monarchie Plantagenêt.

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