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Bayinnaung

Empereur de la dynastie Taungû

4 min01/01/2024
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Bayinnaung naquit le 16 janvier 1516 dans ce qui est aujourd'hui la Birmanie, et son destin allait en faire l'un des plus grands conquérants que l'Asie du Sud-Est ait jamais connus. Son nom birman, qui se prononce approximativement /bəjɪ̰ɴ nàʊɴ/ et signifie littéralement "le frère aîné du roi", lui fut donné par son beau-frère le roi Tabinshwehti après la bataille de Naungyo. Les Portugais le connurent sous le nom de Braginoco, les Thaïlandais sous celui de Burinnaung ou Burengnong. Il régna sur la Birmanie de 1550 à 1581 comme troisième souverain de la puissante dynastie Taungû, laissant derrière lui un empire qui s'étendait bien au-delà des frontières de son pays natal.

La route du pouvoir fut semée d'embûches. Après l'assassinat de son beau-frère Tabinshwehti par des Môns de sa cour de Pégou en 1550, Bayinnaung se retrouva face à un royaume disloqué et des territoires en rébellion. Il lui fallut d'abord reconquérir ce qui avait été perdu. Il reprit Taungû et Prome en 1551, puis s'empara de Pégou, Martaban et Pathein en 1552. En 1555, il réunit sous son autorité l'ancienne capitale Ava, consolidant sa domination sur la Haute et la Basse-Birmanie. En quelques années seulement, il avait reconstruit l'unité d'un royaume que le meurtre de son prédécesseur avait semblé condamner à l'effondrement.

Mais l'ambition de Bayinnaung dépassait de loin les frontières du cœur birman. Fort de sa puissance retrouvée, il lança des expéditions contre les États Shan du Nord-Ouest, région montagneuse habitée par des peuples farouches. Il s'empara successivement de Mong Mit, Thibaw, Yawnghwe, Mong Yang et Mogaung en 1557, étendant son empire vers le nord et l'est. L'année 1558 le vit poursuivre vers le sud-est, marchant sur Mong Nai puis sur Chiang Mai, la Zin Mè birmane, capitale du royaume de Lanna. Ces deux cités tombèrent entre ses mains, intégrant le nord de la Thaïlande actuelle dans son vaste empire.

En 1563, Bayinnaung soumit l'État sino-thaï de Mong Mao, puis entreprit une campagne de grande envergure contre le puissant royaume d'Ayutthaya, déclencha une guerre qui dura de 1563 à 1564. Malgré une résistance farouche des Siamois, qui défendirent leur territoire avec acharnement, il réussit finalement à prendre la capitale d'Ayutthaya en 1569. Des milliers de captifs furent déportés en Birmanie, et le Siam devint un État vassal du royaume Taungû. Cette vassalité ne dura pas éternellement : le Siam se libéra en 1584, sous le règne de Maha Tammaratchathirat Ier, mais l'événement illustre l'étendue extraordinaire de la puissance qu'avait atteinte Bayinnaung à son apogée.

La renommée du conquérant attira des visiteurs venus de loin. À la fin des années 1560, plusieurs voyageurs européens, parmi lesquels Cesar Fedrici et Gaspero Balbi, se rendirent à Pégou, la capitale impériale. Leurs récits détaillés constituent des témoignages précieux sur la richesse, l'organisation et la puissance du royaume de Bayinnaung, offrant à l'Europe des images saisissantes d'une civilisation florissante au cœur du continent asiatique.

Dans les années 1570, Bayinnaung porta ses armes plus loin encore, attaquant le royaume de Lan Xang, le "Million d'éléphants", dans l'actuel Laos. Le roi Setthathirat et ses sujets, refusant la soumission, s'enfuirent dans la jungle avec leurs trésors et leurs forces, transformant la guerre en une guérilla épuisante contre un ennemi insaisissable. Sans victoire décisive possible dans ces forêts impénétrables, Bayinnaung dut se résoudre à quitter le pays. De retour au Lan Xang en 1574, il tenta de reconstruire le royaume avec un souverain de son choix, mais le pays demeura difficile à contrôler. En 1576, il dut encore lancer une expédition pour réaffirmer son autorité sur l'État Shan de Mogaung, montrant que même les territoires conquis de longue date exigeaient une vigilance permanente.

Au moment de sa mort, le 10 octobre 1581, Bayinnaung s'apprêtait à lancer une nouvelle attaque contre le royaume d'Arakan. Son fils Nandabayin lui succéda sur le trône d'un empire qui s'étendait du nord de la Thaïlande jusqu'aux confins du Laos, le plus vaste jamais constitué en Asie du Sud-Est continentale. Son héritage dépassa les frontières de son temps : en Thaïlande, une chanson populaire intitulée Pu Chanah Sip Tit, signifiant "Conquérant des Dix Directions", perpétue sa mémoire. Il est également le protagoniste de la campagne birmane dans l'extension Rise of the Rajas du jeu vidéo Age of Empires II : The Age of Kings, signe que sa légende continue de traverser les cultures et les siècles. Vénéré en Birmanie comme un bâtisseur d'unité nationale, Bayinnaung demeure l'incarnation du conquérant visionnaire qui sut transformer un royaume fragmenté en un empire régional dominant.

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