François II de Bourbon naquit le 16 janvier 1836 à Naples, au cœur d'un royaume qui portait encore les fastes de l'ancienne splendeur méridionale. Fils du roi Ferdinand II et de sa première épouse Marie-Christine de Savoie, il vint au monde dans des circonstances tragiques : sa mère mourut en le mettant au monde, laissant un nourrisson privé de chaleur maternelle dès ses premiers instants. Cette femme pieuse fut béatifiée en 2014, un siècle et demi après sa mort, témoignage de la dévotion que lui vouèrent les générations suivantes.
L'orphelin fut confié aux soins de l'archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg-Lorraine-Teschen, seconde épouse de son père, qui se chargea de son éducation. Femme profondément conservatrice et anti-révolutionnaire, elle transmit à son beau-fils une vision du monde fondée sur la religion, l'ordre et la tradition monarchique. Des pères jésuites furent chargés de son instruction, façonnant un prince attaché aux valeurs catholiques et hostile aux idées libérales qui agitaient l'Europe de son temps.
Le 3 février 1859, François II épousa à Bari Marie-Sophie en Bavière, sœur de l'impératrice d'Autriche Élisabeth. Ce mariage allait révéler une femme d'une trempe exceptionnelle, capable d'une résistance héroïque que son époux, de tempérament plus effacé, n'aurait peut-être pas pu afficher seul. De cette union naquit une seule enfant, Christine Pia Marie Anne Isabelle Nathalie, qui vit le jour au palais Farnèse à Rome le 24 décembre 1869 et s'éteignit trois mois plus tard, le 28 mars 1870. Le pape Pie IX et Marie-Anne de Sardaigne avaient tenu le bébé sur les fonts baptismaux le 29 décembre.
François II monta sur le trône à vingt-trois ans, en 1859, à la mort prématurée de son père. Il hérita d'un royaume fragilisé, gouverné dans l'ombre par sa belle-mère autoritaire, à un moment où la péninsule italienne entrait dans une phase de bouleversements sans précédent. En mars 1860, seuls trois États subsistaient dans ce qui allait devenir l'Italie : le royaume de Piémont-Sardaigne, les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles. L'empire d'Autriche de François-Joseph conservait encore de solides positions dans la péninsule, notamment en Vénétie, dans le Trentin, le Frioul et la région de Mantoue.
La situation géopolitique était extraordinairement complexe. La France de Napoléon III jouait un double jeu ambigu : elle protégeait le pape tout en se posant comme le principal allié du Piémont-Sardaigne. Cette ambiguïté conférait à l'empereur des Français une influence décisive sur les affaires italiennes. Napoléon III bloqua toute action piémontaise contre l'Autriche en refusant son soutien, et s'opposa explicitement à toute avancée vers Rome. Il ne restait donc pour le Piémont qu'une seule cible viable : le royaume des Deux-Siciles.
L'histoire du Mezzogiorno était marquée par une longue série de soulèvements. L'insurrection de 1820, la révolution calabraise de 1847, la révolution indépendantiste sicilienne de 1848, l'insurrection calabraise de la même année, et le mouvement constitutionnel de Naples avaient tous été réprimés par les Bourbons. Sur le plan militaire, les liens avec l'Autriche avaient été fondamentaux pour la survie de la dynastie : par deux fois, les Bourbons avaient retrouvé leur trône grâce aux armées autrichiennes. En 1815, le général autrichien Federico Bianchi avait défait Joachim Murat, beau-frère de Napoléon, à la bataille de Tolentino, et en 1821, Johann Maria Philipp Frimont avait écrasé les insurgés libéraux.
C'est dans ce contexte que Giuseppe Garibaldi débarqua en Sicile en mai 1860 avec ses célèbres Mille volontaires en chemises rouges. La résistance des troupes bourboniennes s'avéra insuffisante face à l'élan révolutionnaire et à la complicité d'une partie de la population locale. En quelques mois, Garibaldi s'empara de la Sicile, traversa le détroit de Messine et marcha sur Naples. François II, incapable de résister à l'avancée des forces piémontaises et garibaldines, abandonna Naples et se réfugia à Gaëte avec ses troupes fidèles.
C'est là, dans la forteresse côtière de Gaëte, que le dernier roi des Deux-Siciles et son épouse Marie-Sophie livrèrent leur ultime combat. La reine se révéla d'une bravoure remarquable, parcourant les remparts sous les obus, encourageant les soldats, refusant de plier face à l'envahisseur. Le siège dura plusieurs mois, mais la résistance ne put être maintenue indéfiniment. En février 1861, Gaëte capitula. Le royaume des Deux-Siciles avait cessé d'exister, et avec lui, le règne de François II, qui n'avait duré que deux ans.
Après la défaite, François II et Marie-Sophie trouvèrent refuge à Rome, sous la protection du pape Pie IX. Ils y maintinrent un gouvernement en exil reconnu par certaines puissances catholiques, notamment l'Espagne, l'Autriche et la Bavière, qui refusaient d'accepter la légitimité du nouveau royaume d'Italie. Cette reconnaissance diplomatique partielle leur permettait de conserver une façade de souveraineté, même si leur pouvoir réel était inexistant.
La situation du gouvernement en exil se dégrada progressivement avec l'affaiblissement de l'Autriche sur la scène internationale. En 1866, lors de la guerre austro-prussienne, la défaite autrichienne face à la Prusse de Bismarck transforma profondément l'équilibre européen. L'Autriche perdit la Vénétie, qui fut annexée par l'Italie, et son influence dans la péninsule se réduisit considérablement. Privé de son principal soutien, François II renonça à maintenir son gouvernement en exil.
En 1870, alors que les troupes garibaldines marchaient sur Rome, François II quitta la ville avant l'occupation. La prise de Rome par les forces italiennes le 20 septembre 1870 marqua la fin définitive du pouvoir temporel de la papauté et l'achèvement de l'unification italienne. L'ancien roi s'installa alors dans les territoires de l'Autriche-Hongrie, finissant ses jours à Arco, dans le Trentin, où il mourut le 27 décembre 1894, à cinquante-huit ans, déchu de tout pouvoir mais jamais de son titre.
Le destin de François II illustre les convulsions du Risorgimento et la disparition inexorable des anciens équilibres monarchiques devant la montée des nationalismes. Personnage effacé, dominé par une belle-mère autoritaire et éclipsé par le courage de son épouse, il reste dans l'histoire comme le dernier gardien d'un royaume millénaire, emporté par le torrent de l'unification italienne sans avoir pu lui opposer une résistance durable.