Le Zollverein, dont le nom complet est Deutscher Zollverein, soit littéralement « union douanière allemande », représente l'une des réalisations économiques les plus décisives du XIXe siècle européen. L'acte fondateur de cette union commerciale entre États allemands fut signé le 22 mars 1833, et l'union entra effectivement en fonction le 1er janvier 1834. Dominée par le royaume de Prusse, elle remplaçait plusieurs structures antérieures plus fragmentaires, notamment l'union douanière Prusse-Hesse, l'union douanière sud-allemande et l'union commerciale de l'Allemagne centrale.
Pour comprendre l'importance du Zollverein, il faut mesurer le chaos commercial qui régnait dans l'espace germanique au tournant du XIXe siècle. Durant la période du Saint-Empire romain germanique, les États allemands étaient extrêmement nombreux et leurs territoires géographiquement éparpillés. En 1790, pas moins de 1 800 frontières douanières existaient à l'intérieur de cet espace. Dans le seul royaume de Prusse, 67 tarifs douaniers différents étaient en application au début du XIXe siècle. Entre Königsberg et Cologne, les marchands devaient se soumettre à 80 contrôles douaniers distincts. Ce morcellement constituait un frein considérable au développement du commerce et de l'industrie.
La période napoléonienne apporta un premier souffle réformateur. Dans la confédération du Rhin, un marché unique fut mis en place dès 1800. La Bavière unifia l'ensemble de son territoire sous un seul tarif douanier entre 1799 et 1808, ce tarif étant le plus libéral de l'époque. Le royaume de Wurtemberg suivit cet exemple en 1810, puis le grand-duché de Bade en 1811. Ces réformes visaient à la fois à intégrer économiquement les nouveaux territoires réorganisés par Napoléon et à augmenter les recettes fiscales des États concernés, car en l'absence d'impôt sur le revenu, les droits de douane constituaient une source de revenus indispensable.
Des voix s'élevèrent à cette époque pour réclamer un libre-échange intérieur à l'Allemagne associé à une barrière douanière commune vis-à-vis de l'extérieur. Parmi ces promoteurs d'une intégration économique, on comptait des personnalités comme Joseph Görres et Heinrich Friedrich Karl vom Stein. Pourtant, la Confédération germanique fondée en 1815 ne parvint pas à unifier les règles douanières à son échelle. L'article 19 de son acte constitutif prévoyait certes de traiter ultérieurement les questions commerciales, mais les négociations de 1819 et 1820 pour une unification douanière échouèrent. Ce fut donc par des accords directs entre États que le problème fut progressivement résolu.
Les membres fondateurs du Zollverein, outre la Prusse, étaient le Landgraviat de Hesse-Cassel, le royaume de Bavière, le royaume de Wurtemberg, le royaume de Saxe et l'ensemble des États de Thuringe. L'union s'élargit rapidement : jusqu'en 1836, le grand-duché de Bade, le duché de Nassau et Francfort-sur-le-Main la rejoignirent. En 1842, le Luxembourg, le duché de Brunswick et la principauté de Lippe adhérèrent à leur tour, suivis en 1854 par le royaume de Hanovre et le grand-duché d'Oldenbourg. À la veille de la fondation de la Confédération de l'Allemagne du Nord en 1867, le Zollverein couvrait un territoire d'environ 425 000 kilomètres carrés.
Les objectifs du Zollverein étaient clairement définis : créer un marché intérieur unique et harmoniser les règles fiscales et économiques entre les États membres. En supprimant les barrières internes et en établissant un tarif extérieur commun, l'union permit une circulation beaucoup plus fluide des marchandises, des capitaux et des personnes à l'intérieur de l'espace germanique. Les effets économiques furent substantiels : le commerce interrégional se développa, l'industrialisation s'accéléra et les économies d'échelle devinrent possibles.
Au-delà de ses dimensions économiques, le Zollverein eut des implications politiques majeures. En plaçant la Prusse au centre de l'intégration allemande, il contribua à renforcer son leadership sur l'ensemble des États germaniques, au détriment de l'Autriche qui en restait exclue. Cette dynamique orienta la résolution de la question allemande vers ce que les historiens ont appelé la « solution petite-allemande », c'est-à-dire une unification autour de la Prusse sans l'Autriche, qui se réalisa avec la fondation de l'Empire allemand en 1871. Dès lors, les fonctions de l'union furent transférées au nouvel État impérial. Un cas particulier mérite d'être signalé : le grand-duché de Luxembourg, bien que non intégré au nouvel État allemand, demeura dans l'espace douanier allemand de 1842 jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale, et l'Alsace-Moselle annexée se retrouva également dans le Zollverein de 1871 à 1918. Le Zollverein demeure ainsi un précédent historique fascinant de coopération économique qui annonçait, à sa manière, les grandes constructions d'intégration régionale du XXe siècle.