L'histoire des souverains d'Écosse s'étend sur près de neuf siècles de règne ininterrompu, de la fondation légendaire du royaume jusqu'à l'union politique avec l'Angleterre en 1707. Ce long défilé de monarques, portant le titre de « roi des Écossais » — King of Scots en anglais, rex Scottorum en latin —, reflète les turbulences, les alliances et les transformations qui ont façonné la nation écossaise au fil du temps.
Avant que le royaume ne prenne sa forme définitive, le territoire de l'actuelle Écosse était occupé par des peuples distincts aux cultures et aux langues radicalement différentes. Les Pictes dominaient les terres du nord et de l'est, les Bretons du royaume de Strathclyde tenaient le sud-ouest, les Scots gaéliques venus d'Irlande s'étaient établis à l'ouest dans le royaume de Dál Riata, les Anglo-Saxons du Northumbrie contrôlaient le sud-est, et les Vikings scandinaves avaient colonisé les îles et les côtes septentrionales. De cette mosaïque ethnique et politique allait naître, progressivement, une monarchie unifiée.
La date traditionnellement retenue pour la fondation de la royauté écossaise est 843, moment où le roi gaélique Cináed mac Ailpín — connu aussi sous le nom anglicisé de Kenneth MacAlpin — aurait étendu son autorité sur les Pictes. Que cet événement ait représenté une véritable conquête, une fusion dynastique ou une succession par les femmes reste débattu par les historiens, mais la tradition a retenu cette date comme l'acte fondateur. Les prédécesseurs immédiats de Cináed portaient encore les titres de « roi des Pictes » ou « roi de Fortriú ».
Le premier souverain à être désigné dans les sources contemporaines comme rí Alban, « roi d'Alba », fut Domnall mac Causantín, mort au château de Dunnottar en 900. Le terme Alba, dont la signification oscillait à cette époque entre Grande-Bretagne et Écosse, marquait une évolution identitaire significative : le royaume ne se définissait plus par référence aux Pictes vaincus, mais par un nom nouveau exprimant une réalité politique émergente.
Durant les premiers siècles, la succession au trône écossais obéissait au principe de la tanistrie, une pratique celtique ancienne selon laquelle la couronne alternait entre les descendants de deux branches issues des fils de Cináed mac Ailpín. Ce système, qui permettait d'éviter de placer un enfant sur le trône en faisant succéder un parent adulte au défunt, était source d'une remarquable instabilité : il multipliait les prétendants légitimes et favorisait les assassinats politiques. Ce régime fut progressivement abandonné à partir du règne de Máel Coluim mac Cináeda, mort en 1034, au profit du principe de primogéniture qui allait devenir la norme féodale.
La mort sans héritier direct de Marguerite, la Demoiselle de Norvège, en 1290, plongea l'Écosse dans une grave crise de succession qui dura près de deux ans. Pas moins de treize prétendants firent valoir leurs droits au trône. Pour trancher ce différend, les magnats écossais eurent recours à l'arbitrage du roi d'Angleterre Édouard Ier, qui profita habilement de la situation pour imposer sa suzeraineté. Sa décision en faveur de Jean de Balliol ouvrit une période de domination anglaise qui allait déclencher les guerres d'indépendance écossaises et susciter des figures héroïques comme William Wallace et Robert Bruce.
La maison Stuart, dont le nom français fut adopté par Marie Stuart lorsqu'elle devint reine de France au XVIe siècle — la forme originale Stewart étant considérée difficile à prononcer en français —, occupa le trône écossais à partir de 1371 et marqua profondément l'histoire du pays. En 1603, Jacques VI d'Écosse, fils de la malheureuse Marie reine d'Écosse exécutée par Élisabeth Ire, hérita par succession des trônes d'Angleterre et d'Irlande, créant une union personnelle entre les trois royaumes. Les deux pays conservèrent cependant des institutions séparées.
La période des guerres civiles anglaises du XVIIe siècle eut des répercussions profondes sur l'Écosse. Après la défaite de Charles II à la bataille de Worcester en 1651, l'Écosse fut placée sous un gouvernement militaire dirigé par le général George Monck. En vertu du Tender of Union de 1652, le pays fut rattaché au Commonwealth d'Angleterre, son Parlement dissous. L'Écosse se trouva ainsi gouvernée par le Lord Protecteur Oliver Cromwell de 1653 à 1658, puis brièvement par son fils Richard jusqu'à sa démission en 1659 et la Restauration qui suivit.
L'union des parlements, consacrée le 1er mai 1707, mit fin à la monarchie écossaise en tant qu'institution distincte. Les souverains de la maison Stuart, puis de la maison de Hanovre, régnèrent désormais sur la Grande-Bretagne unifiée. Toutefois, la monarchie britannique continua d'utiliser en Écosse des emblèmes, des titres et des symboles royaux spécifiques à l'ancien royaume. L'histoire des monarques écossais reste ainsi une mémoire vivante, célébrée dans les châteaux, les ballades et l'identité nationale d'un pays qui n'a jamais tout à fait oublié ses anciennes dynasties.


