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William Laud

Archevêque de Canterbury

7 min01/01/2024
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Dans l'Angleterre tourmentée du XVIIe siècle, peu de figures ecclésiastiques ont suscité autant de passions contraires que William Laud. Archevêque de Cantorbéry sous le règne de Charles Ier, il incarna à la fois l'ambition réformatrice d'une Église d'Angleterre cherchant à affirmer sa propre identité liturgique et l'arrogance d'un prélat qui ne tolérait guère la contradiction. Son destin tragique, qui le mena de la plus haute dignité ecclésiale à l'échafaud, illustre les tensions explosives entre la couronne, l'Église et le Parlement qui allaient déboucher sur la guerre civile anglaise.

William Laud naquit le 7 octobre 1573 à Reading, dans le Berkshire, fils unique de William Laud, drapier, et de Lucy, née Webbe, veuve d'un autre drapier local nommé John Robinson. Par sa mère, il était le neveu de William Webbe, qui allait devenir maire de Londres. Des origines bourgeoises solides, donc, mais sans la noblesse qui ouvrait alors naturellement les portes des hautes charges ecclésiastiques. C'est par son mérite intellectuel et ses fréquentations habiles que Laud allait gravir les échelons de la hiérarchie anglicane.

Il fit ses études à la Reading School avant de rejoindre en 1589 le St John's College d'Oxford, où il s'inscrivit le 17 octobre. Il eut pour professeur le docteur Thomas Holland, puis, parmi ses autres enseignants, John Buckeridge, qui deviendrait président du St John's College en 1605 et exercerait une influence durable sur sa formation intellectuelle. Laud obtint sa licence Bachelor of Arts en 1594, son Master of Arts en 1598 et son doctorat en divinité en 1608. Il fut ordonné diacre le 4 janvier 1601 et prêtre le 5 avril de la même année, le 4 mai 1603 le voyant accéder au rang de procureur de l'année.

La carrière universitaire de Laud fut marquée par une lutte d'influence mémorable. Lorsque Buckeridge quitta le St John's College en 1611, Laud brigua la présidence de l'établissement. Son rival, John Rawlinson, bénéficiait du soutien de Lord Ellesmere, à la fois chancelier de l'université et Lord grand chancelier d'Angleterre. Laud, lui, était aumônier de Richard Neile, qui occupait la charge de Clerk of the Closet. La bataille fut âpre, mais le roi Jacques Ier trancha en faveur de Laud, balayant les irrégularités de l'élection d'un revers de la main. Ce soutien royal allait être déterminant pour la suite de sa carrière.

Devenu doyen de Gloucester en 1616, Laud commença immédiatement à appliquer ses vues liturgiques. À la cathédrale de Gloucester, il s'attaqua à la position de la table de communion, qui se trouvait traditionnellement au milieu de la chorale selon l'usage local des paroisses, et non à l'extrémité orientale du choeur, comme c'était la pratique dans les cathédrales. Cette réforme lui valut l'hostilité de son évêque, Miles Smith, mais elle annonçait les grandes batailles liturgiques à venir. Malgré la réticence initiale du roi à son égard, qu'il considérait comme un fauteur de troubles, Laud reçut à la fin de 1621 l'évêché de St David, une position modeste mais qui lui permettait de continuer à gravir la hiérarchie.

Sa montée en puissance s'accéléra grâce à son rapprochement avec George Villiers, premier duc de Buckingham, le favori du roi. La famille Buckingham employait comme aumônier un jésuite répondant au nom de John Percy, alias Fisher, et le roi souhaitait contrecarrer les rumeurs, fort bien fondées, selon lesquelles Percy faisait des convertis catholiques au sein de l'entourage ducal. En 1622, Laud participa à une série de débats privés de trois jours avec Percy, défendant le point de vue protestant le dernier jour, et des pamphlets s'ensuivirent qui lui valurent une certaine notoriété théologique. Il fut ensuite nommé conseiller religieux du duc aux côtés de John Preston, un changement qui devint clair vers décembre 1624.

En 1633, Charles Ier nomma William Laud archevêque de Cantorbéry, la plus haute charge de l'Église anglicane. Le laudianisme, nom donné à l'ensemble des règles liturgiques et rituelles qu'il imposa, visait à maintenir un culte uniforme en Angleterre et au pays de Galles, conformément aux préférences du roi. Ces réformes s'inscrivaient dans la tradition de la Haute Église et faisaient de la beauté du rituel et de l'ordre cérémoniel des piliers de la pratique religieuse. Mais elles se heurtèrent à l'hostilité farouche des puritains, qui voyaient dans ces innovations une dangereuse proximité avec le catholicisme romain. Laud était également accusé d'arminianisme, c'est-à-dire de rejeter la prédestination calviniste, ce qui le plaçait en opposition directe avec la majorité des ecclésiastiques et des laïques puritains anglais.

Sa personnalité n'arrangeait rien : autocratique et susceptible, il était connu pour son irritabilité face aux moqueries sur sa petite taille. Archibald Armstrong, le bouffon officiel de la cour, lui avait d'ailleurs lancé une boutade demeurée célèbre : « donnez de grands éloges au Seigneur et le petit Laud au diable », un jeu de mots en anglais sur son nom qui circula dans tout le royaume. Par ailleurs, Laud cultivait des contacts oecuméniques avec l'Église orthodoxe grecque, ce qui ajoutait à l'inquiétude de ses adversaires quant à ses orientations théologiques. Grand protecteur des érudits et important collectionneur de manuscrits, il dota notamment la bibliothèque Bodléienne d'Oxford d'une remarquable collection.

Son introduction du nouveau livre de prières en Écosse en 1637 déclencha une rébellion qui aboutit aux guerres des Évêques et força le roi Charles Ier à convoquer le Parlement. Ce Parlement, hostile à l'archevêque, le fit arrêter en 1640. Laud fut emprisonné à la Tour de Londres et son procès traîna pendant des années, les accusateurs peinant à établir une charge de haute trahison convaincante. La Chambre des communes finit par voter un acte d'attainder pour le condamner sans procès régulier. William Laud fut décapité le 10 janvier 1645 à Londres, à l'âge de soixante et onze ans, devenant ainsi l'un des martyrs de la cause royaliste anglicane que la Restauration de 1660 devait réhabiliter.

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