Humberto Ortega Saavedra est né le 10 janvier 1947, selon les sources, à La Libertad ou à Juigalpa, au Nicaragua, dans un pays alors dominé par la longue dictature de la famille Somoza. Figure militaire centrale de la révolution sandiniste, frère cadet du futur président Daniel Ortega, il a joué un rôle déterminant dans la chute de ce régime autoritaire et dans la construction de l'État nicaraguayen post-révolutionnaire, avant de devenir, dans les dernières années de sa vie, une voix critique du régime de son propre frère.
Dès les années 1970, Humberto Ortega s'engage résolument dans la lutte armée contre la dictature des Somoza. En 1975, il cofonde, aux côtés de Daniel Ortega et de Victor Tirado López, la tendance terceriste du Front sandiniste de libération nationale, le FSLN. Cette faction se distingue par sa stratégie insurrectionnelle qui mise sur une alliance avec des secteurs non marxistes de la société nicaraguayenne, cherchant à élargir la base sociale de la révolution au-delà des seuls militants d'extrême gauche.
C'est Humberto Ortega qui conçoit et élabore, parmi d'autres dirigeants sandinistes, la stratégie d'insurrection urbaine qui déclenche la guerre civile au Nicaragua en octobre 1977. Cette offensive marque un tournant décisif dans le rapport de forces entre le FSLN et le régime Somoza, fragilisant progressivement les fondations d'une dictature qui semblait pourtant solidement établie. Deux ans plus tard, en juillet 1979, la dictature de la famille Somoza s'effondre, ouvrant la voie à la prise du pouvoir par les sandinistes.
Après la victoire révolutionnaire, Humberto Ortega est nommé ministre de la Défense dans le gouvernement de reconstruction nationale. Il assume ce poste sous trois présidences successives : d'abord sous le gouvernement révolutionnaire, puis sous la première présidence de son frère Daniel Ortega, élu en 1985, et enfin sous la présidence de Violeta Barrios de Chamorro, qui avait battu Daniel Ortega aux élections de 1990. Cette continuité remarquable dans ses fonctions militaires, même après l'alternance politique, témoigne du poids considérable qu'il exerçait au sein des institutions nicaraguayennes.
En tant que ministre de la Défense pendant la décennie sandiniste, Humberto Ortega supervise la constitution et l'organisation de l'Armée populaire sandiniste, l'EPS, et dirige les opérations militaires contre les factions Contra, soutenues notamment par les États-Unis dans le cadre de la politique étrangère américaine de l'époque. Ces années de guerre sont marquées par des sacrifices humains considérables et laissent des cicatrices profondes dans la société nicaraguayenne.
L'année 1990 marque la défaite électorale des sandinistes face à Violeta Barrios de Chamorro. Malgré ce revers politique, Humberto conserve le commandement de l'armée, illustration de son indépendance relative par rapport au destin électoral du FSLN. C'est précisément cette même année que des accusations graves sont portées contre lui : des gardes du corps d'Ortega auraient tiré et tué un jeune homme de seize ans, prénommé Jean Paul, alors qu'il tentait de dépasser le cortège du général, le 28 octobre 1990. Une enquête est ouverte en novembre 1990 par l'Assemblée nationale et des experts vénézuéliens, mais la plupart des preuves se révèlent circonstancielles. L'affaire est finalement classée en juillet 1992 par le bureau du procureur militaire, non sans avoir entaché la réputation du général.
En 1995, Humberto Ortega prend sa retraite et cède le commandement de l'armée à son second, Joaquín Cuadra. Il avait entrepris, dans les dernières années de sa carrière, une transformation significative de l'institution militaire, cherchant à faire de l'Armée populaire sandiniste une armée nationale nicaraguayenne dépourvue d'affiliation partisane, un processus complexe dans un pays où l'armée avait été intimement liée à un mouvement politique.
En décembre 2004, il publie un ouvrage intitulé La epopeya de la insurrección, fruit de dix heures de travail quotidien pendant deux ans, dans lequel il reconstitue l'histoire de la lutte révolutionnaire à partir de ses propres dossiers, notes de réunion et archives personnelles. Cet ouvrage, parmi d'autres livres qu'il a signés, dont 50 años, représente une contribution mémorielle importante à l'historiographie de la révolution sandiniste.
Dans les dernières années de sa vie, Humberto Ortega prend ses distances avec le régime de son frère Daniel, revenu au pouvoir en 2007. Il critique publiquement les arrestations arbitraires d'opposants politiques, encourageant le gouvernement à libérer les détenus qu'il considère non comme des terroristes, mais comme des adversaires politiques légitimes. En décembre 2019, il demande formellement la libération d'au moins 168 opposants détenus. En réponse, Daniel Ortega l'accuse indirectement d'être un bradeur de la patrie, sans le nommer explicitement. Pour avoir qualifié le régime de son frère de dictatorial, Humberto est placé en résidence surveillée. Dans un enregistrement diffusé depuis sa résidence, il se dit prisonnier politique et craint une issue fatale liée au stress de cet emprisonnement injuste.
Hospitalisé à partir de juin 2024, Humberto Ortega Saavedra s'éteint le 30 septembre 2024 à Managua. Sa mort marque la disparition d'une figure emblématique de la révolution nicaraguayenne, dont le parcours illustre à la fois les espoirs de la lutte anti-dictatoriale et les contradictions douloureuses d'une révolution qui a fini par dévorer l'un de ses propres enfants.



