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Vassili Golovnine

Explorateur russe

4 min01/01/2024
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Vassili Mikhaïlovitch Golovnine naît le 19 avril 1776 dans le village familial de Goulinki, situé dans ce qui constitue aujourd'hui l'oblast de Riazan, en Russie. Issu d'une famille de noblesse ancienne mais appauvrie, d'origine serbe et novgorodienne, il hérite d'une tradition militaire profondément ancrée dans sa lignée. Son père, le capitaine Michel Vassilievitch, exerce les fonctions d'assesseur de collège, et sa mère, Alexandra Ivanovna Verderevsky, appartient également à la noblesse de Riazan.

Conformément à la coutume familiale, Golovnine intègre dès l'âge de six ans le régiment Préobrajensky, l'un des plus anciens et des plus prestigieux de la garde impériale russe. Mais le destin en décide autrement : le décès prématuré de ses deux parents en 1785 le contraint à démissionner du régiment et à se présenter à l'École navale. Il en sort diplômé en 1792, armé d'une formation rigoureuse qui le prédispose à une carrière maritime exceptionnelle. Sa maîtrise de l'anglais, du français et du suédois lui confère un avantage considérable dans ses futures missions diplomatiques et scientifiques.

Après de brillants états de service lors de la guerre russo-suédoise, Golovnine est détaché auprès de la flotte britannique, où il sert de 1801 à 1805. Cette expérience à bord des navires de la Royal Navy lui permet d'acquérir des techniques de navigation avancées et d'observer les méthodes d'organisation d'une marine de guerre moderne. À son retour en Russie, il met immédiatement ses connaissances au service de l'Empire en établissant un code des signaux de la marine qui sera utilisé jusqu'en 1832, témoignant de sa rigueur intellectuelle et de son pragmatisme.

En 1807, Golovnine prend le commandement du Diana pour un voyage autour du monde qui durera jusqu'en 1809. Cette circumnavigation lui permet d'explorer et de cartographier des régions peu connues des Européens, d'établir des contacts avec diverses populations et d'accumuler des observations scientifiques précieuses. Un second tour du monde à bord du Kamtchatka, accompli entre 1817 et 1819, vient confirmer sa réputation de navigateur hors pair et enrichir encore les connaissances géographiques de son époque.

L'épisode le plus dramatique de sa carrière survient en 1811, lors d'une mission d'exploration et de cartographie des îles Kouriles. Tandis qu'il décrit et cartographie cet archipel depuis le détroit de Hope jusqu'à la rive orientale de l'île Itouroup, Golovnine débarque sur l'île Kounachir, connue des Japonais sous le nom de Kunashiri. Les autorités japonaises, méfiantes à l'égard des étrangers dans un pays pratiquant la politique d'isolement quasi total, l'arrêtent et le retiennent prisonnier pendant deux ans.

Cette captivité, loin d'être une expérience stérile, se révèle extraordinairement féconde sur le plan intellectuel. Golovnine observe avec attention les mœurs, les institutions, les pratiques agricoles et les structures sociales du Japon féodal, consignant minutieusement ses observations dans un journal. Une fois rentré en Russie et publié, ce récit connaît un retentissement considérable à travers toute l'Europe et les États-Unis, où il fait l'objet de nombreuses traductions et réimpressions. À une époque où le Japon reste l'un des pays les plus fermés du monde aux étrangers, le témoignage de Golovnine constitue l'un des rares documents fiables accessibles aux lecteurs occidentaux.

De retour dans la hiérarchie navale russe, Golovnine gravit rapidement les échelons. En 1821, il est nommé directeur adjoint du collège naval, puis intendant général de la flotte en 1823. Sous sa supervision efficace, plus de deux cents navires sont construits, dont le premier bateau à vapeur russe, témoignage de son ouverture aux innovations technologiques de son temps. Homme de grande culture et esprit indépendant, il forme plusieurs navigateurs qui deviendront célèbres, parmi lesquels l'amiral Pyotr Ricord, l'amiral-comte Fiodor Petrovitch von Litke, l'amiral-baron Ferdinand von Wrangel et l'amiral Fiodor Matiouchkine.

En 1824, Golovnine rédige un rapport sur l'état de la marine russe qui prend les allures d'un pamphlet courageux. Dans ce document, il dénonce sans ménagement les carences administratives, la corruption et les vices structurels qui affaiblissent la flotte impériale. Ses critiques n'épargnent pas l'Empereur lui-même, ce qui aurait pu lui valoir de sévères représailles. Pourtant, Nicolas Ier lui témoigne sa confiance en l'élevant au rang de vice-amiral en 1830, signe que ses qualités professionnelles l'emportent sur les susceptibilités politiques. Chevalier de l'Ordre impérial et militaire de Saint-Georges depuis le 26 novembre 1807, il épouse en 1819 Eudoxie Stépanovna, qui partage avec lui les dernières années de sa vie.

Vassili Golovnine meurt du choléra le 11 juillet 1831 à Saint-Pétersbourg, emporté par l'épidémie qui ravage alors la Russie. Sa tombe se trouve au cimetière Mitrofanievskoïe. Son héritage scientifique et humain demeure considérable : son nom a été donné à un détroit entre les îles Kouriles, à une montagne au Kamtchatka, à une caldéra de l'île Kounachir et à un cap de la Nouvelle-Zemble. Un brise-glace russe porte également son nom. Tout au long de l'ère impériale et jusque sous l'Union soviétique, ses deux circumnavigations et sa vie entièrement consacrée à l'étude scientifique plutôt qu'aux plaisirs mondains servent d'exemple aux générations de marins qui lui succèdent.

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