Etta McDaniel naît le 1er décembre 1890 à Wichita, dans l'État du Kansas, au sein d'une famille qui allait marquer à sa façon l'histoire du spectacle américain. Les McDaniel sont une fratrie d'artistes : ses frères Otis, né en 1882, et Sam, né en 1886, ainsi que sa sœur cadette Hattie, née en 1895, ont tous embrassé une carrière dans le monde du divertissement. Leurs parents possèdent une compagnie théâtrale itinérante, et c'est dans ce milieu ambulant et populaire que tous les enfants McDaniel font leurs premières armes artistiques, apprenant dès l'enfance les codes d'un spectacle qui se joue devant des publics variés aux quatre coins du pays.
Le vaudeville et le minstrel show constituent les premières scènes de la famille. Ces formes de spectacle populaire américain, héritières des traditions de l'Amérique du dix-neuvième siècle, offrent aux artistes noirs une visibilité dans un secteur du divertissement encore très ségrégationniste. Pour les McDaniel comme pour des centaines d'autres familles afro-américaines, ces circuits représentent à la fois un gagne-pain et une école de l'art scénique, forgeant des performeurs capables de s'adapter à toutes les situations et à tous les publics.
La transition vers le cinéma parlant s'effectue dans les années 1930. Etta McDaniel fait ses débuts sur grand écran à l'occasion du film King Kong, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, sorti en 1933. C'est un petit rôle non crédité, mais ce premier contact avec le septième art ouvre la voie à une carrière cinématographique qui va s'étaler sur plus d'une décennie. King Kong, avec Fay Wray, Robert Armstrong et Bruce Cabot, est l'un des films les plus célèbres de l'histoire du cinéma, et même une apparition non créditée dans une telle production témoigne d'une présence reconnue dans le milieu hollywoodien.
Au fil des années trente et du début des années quarante, Etta McDaniel accumule les apparitions dans des productions variées. Elle joue dans The Virginia Judge en 1935, puis enchaîne en 1936 avec une série de films incluant La Brute magnifique de John G. Blystone, Les Verts Pâturages de Marc Connelly et William Keighley, Au seuil de la vie de W. S. Van Dyke, et Je n'ai pas tué Lincoln de John Ford, avec Warner Baxter et Gloria Stuart. Cette même année, elle apparaît également dans La Chevauchée solitaire de Joseph Kane, Le Rayon invisible de Lambert Hillyer et Mysterious Crossing d'Arthur Lubin.
L'année 1937 lui apporte une expérience particulièrement significative : elle partage l'écran avec sa sœur Hattie dans Stella Dallas de King Vidor, avec Barbara Stanwyck et John Boles. Ce film, portrait poignant d'une mère prête à tous les sacrifices pour sa fille, est l'une des œuvres majeures du mélodrame hollywoodien des années trente. Jouer aux côtés de Hattie, qui s'imposait alors comme l'une des actrices noires les plus reconnues d'Hollywood, devait avoir une résonance particulière pour Etta.
Sa carrière se poursuit au tournant des années quarante avec des films comme L'Inspiratrice de William A. Wellman en 1942, avec Barbara Stanwyck et Joel McCrea, et Son of Dracula de Robert Siodmak en 1943, avec Lon Chaney Jr., une incursion dans le registre du film fantastique et d'horreur qui témoigne de la polyvalence de cette actrice capable d'évoluer dans des genres très différents. Ces apparitions ne lui offrent généralement que des rôles secondaires ou des compositions brèves, mais elles dessinent le portrait d'une professionnelle fiable et régulièrement sollicitée.
En tout, Etta McDaniel contribue à soixante et un films américains au cours de sa carrière. C'est un chiffre remarquable pour une actrice qui n'a jamais accédé aux premiers rôles et qui évoluait dans les marges d'un système hollywoodien particulièrement rigide dans sa représentation des personnages noirs. Elle incarne, aux côtés de sa sœur Hattie et de quelques autres figures de sa génération, ce que l'Amérique du spectacle offrait de mieux aux artistes afro-américains à une époque où les barrières raciales restaient omniprésentes.
Hattie McDaniel, quant à elle, remportera l'Oscar du meilleur second rôle féminin en 1940 pour Autant en emporte le vent, devenant la première Afro-Américaine à recevoir cette distinction. Cette consécration illustre le talent exceptionnel de la famille tout en soulignant les limites d'une industrie qui ne réservait aux artistes noirs que des rôles stéréotypés, quelles que fussent leurs qualités.
Etta McDaniel s'éteint le 13 janvier 1946 à Los Angeles, en Californie, à l'âge de cinquante-cinq ans. Son dernier film, un court métrage, sortira plusieurs mois après sa mort en septembre 1946, ultime témoignage d'une carrière discrète mais fidèle à son époque. Son nom reste lié à celui de sa sœur Hattie et à l'histoire d'une famille qui, à travers les scènes de vaudeville et les plateaux d'Hollywood, porta avec dignité et talent le flambeau d'une communauté à laquelle l'Amérique refusait encore de reconnaître toute sa place.



