Le 13 janvier 2021, la Chambre des représentants des États-Unis a voté la mise en accusation de Donald Trump pour « incitation à l'insurrection », faisant de lui le premier président de l'histoire américaine à avoir été impeaché deux fois. Cet événement sans précédent est directement lié aux violences du 6 janvier 2021, lorsque des partisans du président sortant ont pris d'assaut le Capitole alors que le Congrès certifiait les résultats de l'élection présidentielle de 2020.
Pour comprendre la mécanique qui a conduit à cet impeachment historique, il faut remonter à la campagne électorale de 2016. Dès lors, Donald Trump avait refusé de s'engager publiquement à accepter les résultats d'un éventuel scrutin défavorable. Il avait également déclaré, en contradiction avec les données officielles, qu'il avait remporté le vote populaire face à Hillary Clinton, alors que celle-ci l'avait devancé de près de trois millions de voix, même si Trump l'avait battue avec trois cent six voix de grands électeurs contre deux cent trente-deux.
Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé le monde en 2020, la question du vote par correspondance est devenue centrale dans la campagne présidentielle américaine. Pour permettre à des millions d'Américains d'éviter les files d'attente devant les bureaux de vote lors d'une crise sanitaire sans précédent, de nombreux États ont étendu massivement cette modalité de vote. Dès le mois de mai 2020, Trump a commencé à attaquer vigoureusement ce système, affirmant que les votes par correspondance seraient « substantiellement frauduleux » et que l'élection serait truquée.
Ces allégations ont été réfutées par de nombreuses études rigoureuses, notamment celle du Brennan Center for Justice de la faculté de droit de l'université de New York, qui a compilé des dizaines de travaux académiques. Ces recherches ont démontré que les erreurs dans le vote par correspondance étaient infimes, comprises entre 0,0003 et 0,0025 pour cent des bulletins. Mais Trump et ses alliés ont persisté dans leurs accusations jusqu'au jour du scrutin, le 3 novembre 2020, alors que plus de cent millions d'Américains avaient choisi cette option.
Lors de la nuit électorale, une fracture prévisible s'est manifestée : les résultats du vote en personne, comptabilisés en premier, étaient favorables à Trump, tandis que le dépouillement des bulletins envoyés par correspondance, majoritairement démocrates, allait progressivement inverser la tendance dans plusieurs États clés. Trump a utilisé cet écart temporaire pour affirmer qu'on lui volait la victoire, semant le doute sur la légitimité du processus démocratique auprès de millions de ses partisans.
Dans les semaines qui ont suivi le 3 novembre, l'équipe juridique de Trump a intenté plus de soixante recours devant des tribunaux américains pour contester les résultats dans plusieurs États. La quasi-totalité de ces actions ont été rejetées, souvent par des juges nommés par Trump lui-même, faute de preuves suffisantes de fraude. La Cour suprême, dont Trump avait lui-même nommé trois membres, a également refusé d'intervenir pour renverser les résultats certifiés par les États.
Le 6 janvier 2021, jour prévu par la Constitution pour la certification du vote électoral par le Congrès, Trump a rassemblé ses partisans devant la Maison-Blanche lors d'un grand meeting. Devant la foule, il a exhorté les manifestants à « marcher vers le Capitole », puis à « marcher sur le Capitole » pour « arrêter le vol », leur enjoignant de « se battre comme des diables » pour « reprendre leur pays ». Peu après, des milliers de personnes ont envahi et saccagé le siège du Parlement américain, provoquant plusieurs morts et blessés et interrompant temporairement la certification des résultats électoraux.
La réaction politique a été rapide et sans précédent. Moins d'une semaine après les événements, dix républicains ont rejoint l'ensemble des démocrates à la Chambre des représentants pour voter l'impeachment de Trump, soit la mise en accusation la plus bipartisane de l'histoire américaine pour un président sortant. L'acte d'accusation reposait sur le chef unique d'« incitation à l'insurrection ».
Le procès en destitution devant le Sénat a débuté le 9 février 2021, plusieurs semaines après que Trump avait quitté la Maison-Blanche et que Joe Biden et Kamala Harris avaient été investis le 20 janvier. La question de la constitutionnalité de juger un ancien président a été au cœur des débats préliminaires, le Sénat tranchant par cinquante-six voix contre quarante-quatre en faveur de la légitimité de la procédure. L'enjeu n'était plus la destitution, désormais impossible, mais l'interdiction éventuelle pour Trump d'exercer toute fonction fédérale future, notamment la présidence en 2024.
Le 13 février 2021, le Sénat a acquitté Donald Trump. Cinquante-sept sénateurs ont voté pour la culpabilité — dont sept républicains, soit un nombre inédit de sénateurs du même parti qu'un président en procédure d'impeachment — et quarante-trois ont voté contre. Mais le seuil des deux tiers requis pour la condamnation, soit soixante-sept voix, n'a pas été atteint. Mitch McConnell, chef de la minorité républicaine, a voté non coupable pour des raisons de procédure tout en condamnant fermement Trump dans un discours virulent, estimant que la justice pénale devait désormais se saisir de l'affaire.

