Née le 13 janvier 1982 à Ashford dans le Surrey, Ruth Wilson s'est imposée comme l'une des actrices britanniques les plus respectées et les plus polyvalentes de sa génération. Élevée dans le Middlesex, fille de Nigel Wilson et sœur cadette de trois frères, elle grandit dans un environnement familial marqué par un secret qui influencera profondément sa vision du monde et sa manière d'aborder les personnages complexes.
Ce secret, elle l'apprend à l'âge de dix-huit ans de sa grand-mère Alison : son grand-père Alexander Wilson, mort à Ealing en 1963, était officier au MI6 et auteur d'une vingtaine de romans d'espionnage, dont les protagonistes le maître espion Leonard Wallace et l'agent Hugh Shannon préfigurent les figures de M et de James Bond. Mais la réalité dépasse la fiction : Alexander Wilson avait mené une double vie digne de ses propres personnages. Reconnu polygame avec quatre épouses, il avait été arrêté pour fraude, vol et port de fausses décorations. Cette révélation tardive confère à Ruth Wilson une sensibilité particulière pour les personnages aux identités multiples et aux vérités cachées.
Après des études d'histoire à l'université de Nottingham, elle intègre la prestigieuse London Academy of Music and Dramatic Art, dont elle sort diplômée en 2005. Sa formation théâtrale rigoureuse et sa passion pour la scène orienteront toute sa carrière vers une approche exigeante et minutieuse de chaque rôle. Dès ses premières années professionnelles, elle fonde une compagnie avec des amis et monte des pièces classiques, dont Macbeth. Pour Philistines de Gorki en 2007, elle apprend le piano ; pour Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams en 2009, elle s'immerge dans l'atmosphère du Deep South américain pour incarner Stella Kowalski, rôle qui lui vaut le prestigieux Laurence Olivier Award du meilleur second rôle.
Ses débuts à la télévision remontent à 2006, lorsqu'elle incarne Jane Eyre dans la mini-série de la BBC, une interprétation qui révèle immédiatement l'étendue de ses capacités expressives. Elle participe ensuite à diverses fictions britanniques avant d'être choisie pour le remake américain du Prisonnier, où elle campe le personnage de No. 313. Son retour en Angleterre se fait avec la série policière Luther produite par la BBC, aux côtés d'Idris Elba et Indira Varma : elle y interprète Alice Morgan, personnage magnétiquement trouble, durant les deux premières saisons, avec une réapparition dans le dernier épisode de la saison 3 en 2013 et le premier de la saison 4 en 2015.
En 2012, son talent est consacré sur grand écran lorsqu'elle apparaît dans la fresque Anna Karénine de Joe Wright, puis tourne avec Johnny Depp et Helena Bonham Carter dans l'adaptation de The Lone Ranger, qui sort en 2013 mais constitue un échec commercial cinglant. Cette même année marque cependant deux succès notables : elle joue aux côtés de Tom Hanks et Emma Thompson dans le biopic Dans l'ombre de Mary, et prête sa voix au polar indépendant Locke, porté par Tom Hardy.
C'est néanmoins la télévision qui lui offre la consécration mondiale avec le rôle d'Alison Lockhart dans The Affair, série diffusée de 2014 à 2018. Dès la première saison, elle décroche le Golden Globe 2015 de la meilleure actrice dans une série télévisée dramatique, récompense qui confirme ce que la critique pressentait depuis plusieurs années. Entre deux saisons de la série, elle multiplie les projets : en 2016, elle tient le premier rôle du thriller horrifique I Am the Pretty Thing That Lives in the House pour Netflix, réalisé par Oz Perkins, et incarne le rôle-titre de la pièce Hedda Gabler diffusée en direct à la télévision anglaise. Son départ de The Affair est officialisé au cours de la quatrième saison, la comédienne ayant elle-même demandé la suppression de son personnage.
Elle s'engage alors simultanément sur deux mini-séries majeures : Mrs. Wilson, production historique de 2018 dans laquelle elle incarne le rôle-titre — une œuvre particulièrement résonnante au regard de l'histoire de son propre grand-père — et la série fantastique His Dark Materials. Son registre couvre ainsi aussi bien les drames psychologiques que les fictions historiques ou fantastiques, témoignant d'une amplitude rare.
Le cinéma continue de l'appeler avec des projets ambitieux. En 2017, elle est tête d'affiche du drame britannique Dark River de Clio Barnard. En 2018, elle partage l'affiche du thriller fantastique The Little Stranger avec Domhnall Gleeson et Charlotte Rampling, deux pointures du cinéma européen. En 2024, son rôle dans le film Emilia Pérez lui vaut, avec trois autres comédiennes du film, le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes, consécration internationale qui couronne une carrière déjà exceptionnelle.
Ruth Wilson incarne une certaine idée du jeu d'actrice : une artiste qui refuse les facilités et cherche dans chaque rôle une profondeur psychologique, un ancrage dans la réalité humaine. Son grand-père espion polygame, ce fantôme familial révélé à dix-huit ans, semble avoir inscrit en elle une fascination durable pour les êtres qui portent plusieurs visages, pour les vérités enfouies sous les apparences. Cette dimension particulière nourrit chacune de ses performances et fait d'elle une présence inoubliable à l'écran comme sur scène.