biografias

Patrick McGoohan

Acteur et réalisateur irlando-américain, XXe siècle

6 min01/01/2024
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Patrick McGoohan naquit le 19 mars 1928 dans le quartier d'Astoria, dans le Queens à New York, de parents irlandais immigrés aux États-Unis, Rose Fitzpatrick et Thomas McGoohan. Lorsque Patrick eut huit ans, la famille retourna vivre en Irlande, à Mullaghmore dans le comté de Leitrim, avant de déménager à nouveau, sept ans plus tard, à Sheffield en Angleterre. Ces déplacements successifs entre trois pays contribuèrent à forger une personnalité complexe, inclassable, marquée par un sentiment d'étrangeté que l'on retrouverait plus tard dans ses créations les plus ambitieuses. Il poursuivit ses études au Ratcliffe College dans le Leicestershire, établissement catholique où sa sensibilité artistique et philosophique commença à s'affirmer.

Le 19 mai 1951, il épousa Joan Drummond, avec qui il demeura marié jusqu'à la fin de sa vie. Ensemble, ils eurent trois filles : Catherine McGoohan, née le 31 mai 1952, qui devint actrice à son tour, Frances McGoohan, née en 1959, et Anne McGoohan, née en 1960. Cette vie familiale stable contrastait avec les tempêtes créatives et les controverses publiques qui allaient jalonner sa carrière.

Les premières années de sa vie professionnelle furent celles d'une ascension rapide sur les scènes de théâtre britanniques, où son charisme et sa présence imposèrent rapidement le respect. Mais c'est la télévision qui allait lui offrir une notoriété internationale. Au début des années 1960, il incarna l'espion John Drake dans la série Destination Danger, qu'il défendit pendant quatre saisons et quatre-vingt-six épisodes. Ce rôle fit de lui une vedette incontestée du petit écran britannique, et lui valut une célébrité qui allait bien dépasser les frontières de l'Angleterre.

C'est dans ce contexte de gloire naissante qu'on lui proposa le rôle de James Bond dans l'adaptation cinématographique de Docteur No, réalisée par Terence Young. McGoohan refusa le rôle, en raison de son refus de travailler avec une personne appartenant à l'équipe technique du film. Ce rejet d'une proposition qui aurait pu lui ouvrir les portes du succès mondial révèle un aspect fondamental de sa personnalité : McGoohan était un artiste intransigeant, guidé par ses principes plutôt que par les calculs de carrière.

Au lieu de cela, il investit son énergie dans un projet autrement plus ambitieux et personnel : la série Le Prisonnier, dont il fut le cocréateur, le scénariste pour deux épisodes, le réalisateur de trois d'entre eux, et l'acteur principal sous les traits du Numéro Six. Cette série de dix-sept épisodes, qui raconte l'histoire d'un agent secret démissionnaire retenu prisonnier dans un village mystérieux et kafkaïen, constitue l'une des œuvres les plus originales et les plus audacieuses de l'histoire de la télévision.

Dès sa diffusion, Le Prisonnier connut un succès considérable en Angleterre. Le public britannique, fasciné par l'atmosphère onirique et oppressante du Village, attendait avec une impatience grandissante la révélation finale : qui était le Numéro Un ? Cette question, posée à chaque épisode comme un horizon indépassable, cristallisait l'attention de millions de téléspectateurs. Mais le dernier épisode, délibérément allégorique et ambigu, refusa de livrer une réponse claire et simple. Ce choix artistique radical provoqua un scandale retentissant.

McGoohan devint du jour au lendemain l'objet de l'hostilité d'une partie de son public. Il fut physiquement agressé dans les rues de Londres par des téléspectateurs furieux de se sentir trahis ou floués. Comprenant qu'il lui fallait s'éloigner pour un moment, il quitta l'Angleterre et s'installa à Hollywood. Dans une interview accordée en décembre 1969 au Pace Magazine, il expliqua ses motivations avec une clarté désarmante : Le Prisonnier était, selon ses propres mots, une tentative de faire quelque chose de légèrement différent à la télévision, tout en exprimant sa position sur la transformation des individus en numéros, la médiocrité et le nivellement des gens par la soumission. Il reconnut que cette tentative avait échoué au sens commercial du terme, mais affirma que la vraie rébellion était de se rebeller contre l'acceptation.

En 1995, il apporta un éclairage supplémentaire sur la genèse du dernier épisode : il avait délibérément rejeté un script trop facile à comprendre, preferant proposer au public quelque chose de plus oblique, un allegorical conundrum, laissant à chacun la liberté de forger sa propre interprétation. Cette posture, qui peut sembler arrogante, révèle en réalité un artiste profondément respectueux de l'intelligence de son public, refusant de lui mâcher le travail.

À Hollywood, McGoohan connut une seconde carrière fructueuse, notamment grâce à sa participation répétée à la série Columbo, dans laquelle il joua le rôle du meurtrier à quatre reprises et réalisa lui-même plusieurs épisodes. Ces apparitions constituaient un clin d'œil savoureux pour un acteur dont la carrière avait été marquée par l'incarnation d'agents et d'hommes de pouvoir. Il prêta également sa voix dans un épisode de la saison 12 des Simpsons, où il incarnait son propre personnage du Prisonnier.

McGoohan caressa le projet d'adapter Le Prisonnier au cinéma, mais le temps lui manqua pour mener ce projet à son terme. Patrick McGoohan mourut le 13 janvier 2009 à Santa Monica, en Californie, à l'âge de quatre-vingts ans. Son œuvre, en particulier Le Prisonnier, continue d'exercer une influence considérable sur la culture populaire, et la série est aujourd'hui unanimement considérée comme un chef-d'œuvre de la télévision mondiale, d'une modernité stupéfiante.

La trajectoire de Patrick McGoohan incarne une forme rare de fidélité à soi-même : celle d'un artiste qui préféra la singularité à la célébrité facile, la complexité à la satisfaction du public, et l'intégrité créatrice au confort d'une carrière bien huilée. En cela, il ressembla étrangement au personnage qu'il avait lui-même créé et incarné : un homme qui refusait obstinément de se laisser réduire à un numéro.

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