biografias

Chiang Ching-kuo

Homme d'État taïwanais

7 min01/01/2024
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Chiang Ching-kuo, dont le nom s'écrit en chinois traditionnel 蔣經國 et se translittère en pinyin Jiǎng Jīngguó, naquit le 27 avril 1910 dans le district de Fenghua, province du Zhejiang, en Chine. Fils du général Tchang Kaï-chek et de sa première épouse Mao Fumei, il allait devenir l'un des hommes d'État les plus importants de l'histoire taïwanaise du vingtième siècle, incarnant à la fois la continuité d'un régime autoritaire hérité de la guerre civile et le courage politique nécessaire à sa démocratisation progressive.

Ses premières années furent marquées par l'absence d'un père entièrement absorbé par ses activités politiques à Shanghai. De 1916 à 1919, il fréquenta un cours élémentaire privé à Wushan, Xikou. En 1921, à la mort de sa grand-mère, Tchang Kaï-chek le fit venir à Shanghai, où il l'initia à l'anglais et lui imposa une discipline intellectuelle rigoureuse, notamment la rédaction d'une lettre hebdomadaire en chinois. Le jeune Chiang Ching-kuo manifesta très tôt un intérêt précoce pour les affaires publiques : en 1924, il soumit ainsi un projet de gestion de la population rurale de Xikou incluant l'instauration d'une éducation publique gratuite.

En 1925, il entra au collège Pudong de Shanghai, mais des troubles politiques le firent rapidement transférer à Pékin. Là, il se rapprocha de groupes étudiants de sensibilité communiste et se définit comme un révolutionnaire progressiste. Il conçut alors le projet de poursuivre ses études à l'université Sun Yat-sen de Moscou, établissement qui formait des cadres révolutionnaires sélectionnés conjointement par le Kuomintang et le Parti communiste chinois. Malgré ses convictions politiques personnellement de droite, Tchang Kaï-chek donna son accord sur le conseil de Chen Guofu.

Chiang Ching-kuo arriva donc à Moscou en 1925 et fut rebaptisé Nikolaï Vladimirovitch Elizarov pour ses études soviétiques. À l'université Sun Yat-sen, il eut pour camarade nul autre que Deng Xiaoping, futur dirigeant de la République populaire de Chine. Il devint un trotskiste convaincu, position qu'il serait plus tard contraint de renier sous la pression des Grandes Purges staliniennes. Il rejoignit également la ligue de la jeunesse communiste chinoise et le Komsomol.

En avril 1927, lorsque Tchang Kaï-chek expurga les communistes du gouvernement nationaliste et renvoya ses conseillers soviétiques, Chiang Ching-kuo ne fut pas rapatrié en Chine comme les autres étudiants du KMT, mais retenu en URSS sous surveillance en tant qu'hôte de l'Union soviétique. Dans ce contexte, il signa un éditorial critiquant publiquement et vigoureusement la décision de son père, acte remarquable de courage politique pour un fils en pleine époque stalinienne. Il fut assigné à l'usine Ouralmach de Sverdlovsk, où il effectua un travail manuel dans des conditions éprouvantes.

C'est à Sverdlovsk qu'il rencontra Faïna Ipatevna Vakhreva, jeune femme d'origine biélorusse qu'il épousa le 15 mars 1935. Elle prit le nom chinois de Chiang Fang-liang. Leur premier fils, Xiaowen, naquit en décembre de la même année, suivi d'une fille, Xiaozhang, l'année suivante. Ces années soviétiques, mêlant formation idéologique, travail industriel et vie familiale, façonnèrent profondément la personnalité de Chiang Ching-kuo, lui conférant une compréhension intime des mécanismes du communisme soviétique qui allait lui être précieuse dans ses fonctions futures.

Il put finalement rentrer en Chine en 1937, après de longues années de retenue. Membre du Kuomintang à partir de 1938, il occupa à partir de 1939 différents postes dans l'administration et le gouvernement de la République de Chine. Au fil des années, il s'imposa comme l'un des hommes forts du régime, en particulier dans le domaine de la sécurité et de l'organisation du parti. Après la défaite des nationalistes face aux communistes et le repli du gouvernement de Tchang Kaï-chek à Taïwan en 1949, Chiang Ching-kuo joua un rôle déterminant dans la mise en place d'un régime autoritaire et policier sur l'île.

Il accéda au poste de Premier ministre de 1972 à 1978, puis fut élu président de la République de Chine, fonction qu'il exerça de 1978 jusqu'à sa mort en 1988. Sous sa présidence, Taïwan connut un développement économique remarquable, le fameux miracle taïwanais, qui transforma l'île en l'une des économies les plus dynamiques d'Asie. Mais c'est dans le domaine politique que son héritage s'avéra le plus complexe et le plus décisif.

Formé dans les structures soviétiques et rompu aux méthodes autoritaires, Chiang Ching-kuo entreprit paradoxalement une libéralisation progressive du régime qu'il avait lui-même contribué à instaurer. Il encouragea la participation des Taïwanais de souche à l'administration et au KMT, jusqu'alors dominés par les continentaux venus avec Tchang Kaï-chek en 1949 et leurs descendants. Il favorisa la levée de la censure des médias et de l'expression publique. Et surtout, le 14 juillet 1987, il leva la loi martiale qui était en vigueur depuis le 19 mai 1949, geste symbolique d'une portée considérable qui signalait le début des réformes démocratiques à Taïwan.

Cette décision ouvrit la voie à une transition démocratique qui allait aboutir, sous la présidence de son successeur Lee Teng-hui, à la tenue des premières élections présidentielles libres à Taïwan. Chiang Ching-kuo mourut le 13 janvier 1988 à Taipei, laissant derrière lui un bilan ambigu mais finalement positif : celui d'un homme qui avait eu le courage de transformer le système dont il était issu, traçant pour Taïwan un chemin vers la démocratie que peu auraient prévu en voyant ses débuts soviétiques.

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