biografias

1956

Année du XXe siècle

4 min01/01/2024
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L'année 1956 est une année bissextile qui commence un dimanche. Elle occupe une place charnière dans le calendrier du vingtième siècle, marquant à la fois des ruptures politiques fondamentales et l'accélération de processus historiques qui allaient redessiner durablement la carte du monde. C'est la cinquante-sixième année du vingtième siècle et la septième de la décennie 1950-1959, période de reconstruction d'après-guerre et de montée des tensions de la Guerre froide.

Sur le plan de la construction européenne, l'année 1956 s'inscrit dans un contexte de maturation institutionnelle. Depuis la création en 1951 de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, qui réunissait six pays fondateurs — la France, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg —, le projet d'intégration européenne avait progressé lentement mais sûrement. L'année 1956 constitue l'antichambre d'une étape décisive : la signature, l'année suivante, du Traité de Rome, qui établirait la Communauté économique européenne et poserait les bases d'une union économique et politique appelée à s'élargir progressivement jusqu'en 1986 avec l'adhésion de l'Espagne et du Portugal.

Entre le 14 et le 25 février 1956, le vingtième congrès du Parti communiste de l'Union soviétique fut le théâtre d'un événement qui allait ébranler le monde communiste jusqu'en ses fondements. Nikita Khrouchtchev y prononça son célèbre rapport secret dénonçant les crimes de Staline, donnant le coup d'envoi du processus de déstalinisation. Ce discours, qui circula rapidement au-delà des frontières soviétiques, alimenta les espoirs de réforme dans les pays satellites d'Europe de l'Est et contribua à créer les conditions des soulèvements qui allaient suivre.

Les 18, 19 et 20 juillet 1956 se tinrent à Brioni, en Yougoslavie, les retrouvailles des principaux leaders du mouvement des pays non alignés : Nasser, Nehru, Soekarno et Tito. Cette rencontre symbolisait la montée en puissance d'un tiers bloc qui entendait refuser l'alignement sur l'un ou l'autre des deux camps de la Guerre froide, affirmant une voie autonome pour les nations nouvellement indépendantes ou aspirant à l'être.

Le 23 octobre 1956 éclata l'insurrection de Budapest, l'un des épisodes les plus dramatiques de la Guerre froide. La population hongroise, galvanisée par les espoirs suscités par la déstalinisation, se souleva contre le régime communiste et l'occupation soviétique. Pendant plusieurs jours, il sembla que la révolution pourrait triompher, mais les chars soviétiques intervinrent massivement. L'insurrection fut écrasée dans le sang entre le 23 octobre et le 10 novembre, faisant des milliers de morts et de blessés, et contraignant des centaines de milliers de Hongrois à l'exil.

Presque simultanément, du 29 octobre au 6 novembre 1956, se déroula la crise de Suez. L'Égypte du président Nasser ayant nationalisé le canal de Suez en juillet, Israël, la France et le Royaume-Uni lancèrent une offensive militaire pour reprendre le contrôle de cette voie stratégique. Mais les États-Unis et l'URSS, pour des raisons différentes, firent pression sur les agresseurs pour qu'ils se retirent, infligeant une humiliation diplomatique cinglante aux puissances coloniales européennes et signalant le basculement du centre de gravité mondial vers les deux superpuissances.

Le 26 octobre 1956, une institution d'importance mondiale vit le jour à Vienne : l'Agence internationale de l'énergie atomique, dont la vocation était de surveiller les activités nucléaires des États et de promouvoir les usages pacifiques de l'atome. En cette décennie marquée par la prolifération nucléaire et la peur de la bombe, la création d'un tel organe international répondait à une nécessité urgente. La même année fut institué le Club de Paris, mécanisme de traitement des dettes dues à des créanciers gouvernementaux, inauguré à l'occasion de la première restructuration de la dette de l'Argentine en accord avec le FMI.

En Afrique, l'année 1956 fut riche en événements significatifs. Le 1er janvier, le Soudan accéda à l'indépendance, accordée par le Royaume-Uni, avant d'être admis à l'ONU le 6 février. Le 2 janvier, le Rassemblement démocratique africain remporta une victoire écrasante aux législatives en Afrique occidentale française et en Afrique-Équatoriale française, et son président Félix Houphouët-Boigny entra dans le gouvernement Guy Mollet le 1er février, témoignant de la montée en puissance des élites africaines dans la sphère politique française. Ces semaines virent également la tenue du congrès constitutif de la Confédération générale des travailleurs africains à Saint-Louis, entre les 14 et 15 janvier.

La reine Élisabeth II du Royaume-Uni effectua une visite au Nigeria entre le 28 janvier et le 17 février, illustrant les liens complexes qui persistaient entre la couronne britannique et ses anciens territoires coloniaux. Cette visite symbolisait à la fois la continuité des liens impériaux et l'inéluctable mouvement vers les indépendances qui allait s'accélérer dans les années suivantes. Le 19 mai, fut également signée la convention relative au contrat de transport international de marchandises par route, étape importante dans la normalisation des échanges commerciaux internationaux.

L'année 1956 apparaît ainsi comme un moment de convergence exceptionnelle de crises et de mutations qui allaient durablement remodeler l'ordre mondial. De la déstalinisation aux indépendances africaines, de Suez à Budapest, des nouvelles institutions internationales à la montée du tiers-monde, 1956 fut une année-charnière, dense d'événements dont les conséquences se firent sentir bien au-delà de ses douze mois.

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