Michael Brecker naquit le 29 mars 1949 à Philadelphie, en Pennsylvanie, dans une famille où la musique occupait une place centrale. Son père, Bob Brecker, était avocat de profession mais pianiste de jazz passionné dans ses heures de loisirs, et sa mère Sylvia était portraitiste. Cet environnement familial cultivé et ouvert à l'art allait profondément marquer les deux fils Brecker, Michael et son frère aîné Randy, qui deviendraient tous deux des figures majeures du jazz de leur génération. La famille vivait dans la banlieue de Cheltenham Township, en Pennsylvanie, où les deux garçons grandirent et reçurent leurs premières leçons de musique.
Michael Brecker commença l'étude de la clarinette à l'âge de six ans, initié très tôt à la pratique musicale par un père qui connaissait l'importance d'une éducation instrumentale solide. Il adopta ensuite le saxophone alto à l'école, avant de choisir définitivement le saxophone ténor comme instrument principal lors de sa deuxième année de lycée. Ce choix allait s'avérer décisif : l'instrument, dans les mains de Brecker, atteindrait des sommets expressifs rarement égalés dans l'histoire du jazz moderne. Il fut diplômé de la Cheltenham High School en 1967, puis passa l'été suivant au Berklee College of Music à Boston, premier contact avec une institution de référence pour les musiciens de jazz.
À l'automne 1967, il suivit son frère Randy à l'université de l'Indiana à Bloomington, où les deux frères formèrent des groupes et développèrent leur langage musical. C'est là que Michael constitua le Mrs. Seamon's Sound Band avec le trompettiste Randy Sandke, formation au nom espiègle inspiré par un responsable de dortoir qui n'appréciait guère les étudiants aux cheveux longs. Le groupe fut finaliste du concours de printemps 1968 au Notre Dame Collegiate Jazz Festival, mais se vit disqualifié pour avoir interprété Light My Fire, le célèbre titre des Doors. L'ensemble se produisit également en plein air sur le campus au profit du candidat à la présidence Eugene McCarthy, au cours de la tumultueuse élection de 1968.
La suite des événements prit une tournure dramatique. Le groupe accepta une proposition de management et s'installa à Chicago, où il fut bientôt frappé par une série de tragédies : les drogues, un triangle amoureux et un suicide conduisirent la police de Chicago à l'appartement du manager, où la majorité des membres du groupe furent arrêtés. Michael Brecker et Randy Sandke, absents au moment des faits, échappèrent à cette arrestation, mais selon le témoignage de Sandke, ces événements traumatisants laissèrent sur Brecker des cicatrices psychologiques profondes qui l'entraîneraient plus tard vers la toxicomanie.
Il abandonna ses études avant la fin du semestre et, après un mois passé au Mexique, retourna à Philadelphie où il joua avec Eric Gravatt, Billy Paul et d'autres musiciens. En 1969, il prit la décision de s'installer définitivement à New York, ville dans laquelle il allait construire l'une des carrières les plus prolifiques de l'histoire du jazz. À vingt ans à peine, il rejoignit le groupe Dreams, formation de jazz-rock fondée avec son frère Randy, le tromboniste Barry Rogers, le batteur Billy Cobham, le claviériste Jeff Kent et le bassiste Doug Lubahn. Miles Davis lui-même fut vu à certains concerts de Dreams, avant son propre tournant vers le jazz-rock et l'enregistrement de l'album A Tribute to Jack Johnson.
Dreams ne dura que de 1969 à 1972, mais son influence sur le développement du jazz-rock fut réelle. Michael Brecker se forgea dans ce creuset une approche stylistique singulière, nourrie autant par la guitare rock et le saxophone R&B que par les traditions du jazz. Il travailla ensuite avec Horace Silver puis Billy Cobham, avant de s'associer à nouveau avec son frère Randy pour fonder les Brecker Brothers, l'un des groupes fusion jazz-funk les plus innovants et les plus populaires des années 1970. La formation conjuguait avec bonheur l'énergie du funk, la sophistication harmonique du jazz et l'électricité du rock, proposant un son immédiatement identifiable qui trouva un large public.
Parallèlement à ses activités de leader et de co-leader, Michael Brecker développa une carrière d'accompagnateur et de sessionman d'une ampleur proprement phénoménale. Sa discographie compte au total plus de sept cents participations à des enregistrements d'artistes aussi divers que James Taylor, Paul Simon, Joni Mitchell, Frank Zappa, Aerosmith ou encore John Lennon, couvrant un spectre allant du jazz le plus exigeant au pop-rock grand public. Cette polyvalence exceptionnelle, loin de diluer son identité artistique, témoignait au contraire d'une maîtrise technique et d'une musicalité suffisamment robustes pour s'adapter à tous les contextes sans jamais perdre leur singularité.
En dehors de la scène et du studio, Michael Brecker lutta pendant de nombreuses années contre la toxicomanie, fléau qui toucha de nombreux musiciens de jazz de sa génération. Sa guérison, difficile et progressive, lui permit de revenir à la musique avec un souffle renouvelé et une maturité artistique encore plus affirmée. Sa carrière en solo prit de l'ampleur à partir des années 1980 et 1990, lui valant quinze Grammy Awards en tant qu'interprète et compositeur, une distinction sans équivalent dans l'histoire du saxophone ténor jazz.
En 2004, il reçut un doctorat honorifique du Berklee College of Music, la même institution où il avait étudié pendant l'été de ses dix-huit ans. En 2007, il fut intronisé au Jazz Hall of Fame du magazine DownBeat, consécration suprême d'une vie vouée à l'excellence musicale. Michael Brecker mourut le 13 janvier 2007 à New York, d'une leucémie, à l'âge de cinquante-sept ans. Sa disparition prématurée priva le monde du jazz d'une voix irremplaçable, mais son œuvre immense continue d'irriguer la musique contemporaine et d'inspirer des générations de saxophonistes.


